"Environnement Développement Action pour la Protection Naturelle des Terroirs"
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13 Mai 2020

Le monde rural á l’agonie

La propagation du Covid 19 au Sénégal est entrain de dévaster les communautés rurales notamment les exploitations familiales (agriculteurs, éleveurs, pêcheurs) et le secteur informel (commerçants, tailleurs, mécaniciens, menuisiers…) qui souffraient déjà de faibles revenus, des effets du changement climatique, de la dégradation des ressources naturelles (eau, foncier et forêts…), de la concurrence des multinationales… Et pourtant, le SENEGAL, dépend de ces populations rurales pour assurer une bonne partie de sa souveraineté et de sa sécurité alimentaire. Or, la pandémie et les perturbations qui en découlent sur le plan des échanges commerciaux et des marchés réduisent considérablement la création de revenus.

Les mesures de prévention au niveau du transport prises par l’État du Sénégal pour limiter la propagation du Covid-19 ont des impacts économiques et sociaux. Des mesures venues au moment où toutes les spéculations horticoles, notamment l’oignon, la carotte, le chou, la tomate, etc. sont au pic de la production. Des milliers de tonnes pourrissent dans les mains des paysans par faute de marchés. Cependant, il est encore trop tôt me semble-t-il pour percevoir tous les effets de la pandémie, mais nous constatons déjà que l’interruption des chaînes d’approvisionnement met à mal les activités du monde rural.

Toutes les activités sont à l’agonie mettant ainsi des milliers de familles dans des situations de précarité extrêmement difficiles à surmonter.  Certes, nous devons appliquer toutes les mesures barrières pour éviter la propagation du virus Covid 19, mais nous devons aussi réfléchir à des stratégies d’adaptation afin que les activités économiques puissent continuer à faire vivre les populations rurales.  Si certains peuvent rester des mois sans travailler tout en continuant d’assurer leur sécurité alimentaire, ou ont la possibilité d’adapter leur façon de travailler (télétravail par exemple), d’autres n’ont pas ces possibilités. Le Sénégal, dans sa majorité, est constitué de « Goorgoorlu » et de « Fatou-Fatou » , c’est-à-dire de « Papas » et de « Mamans » qui gagnent leurs repas au quotidien. Il faut aller au marché, aux champs, au quai de pêche…récolter et vendre un produit pour pouvoir assurer le repas familial de 13 heures.

Comment-on peut envisager de confiner de telle catégories de familles sans pouvoir les nourrir ? La mort c’est la mort. Soit la covid 19 vous tue, soit la faim ou la famine vous tue. Entre ces deux options, je choisis de ne pas rester chez moi et de prendre toutes les mesures idoines contre tout risque de contamination pour ne pas mourir de la faim. Ce n’est pas que je suis insouciant du danger qui me guette, mais c’est tout simplement une question de survie.

L’heure est à la solidarité. Que les plus forts financièrement soutiennent les plus faibles. L’État ne peut pas tout faire, la solidarité nationale est devenue une condition sine qua non.

En effet, face aux insuffisances et à l’inadaptation des systèmes de solidarité, il devient urgent de concevoir et de mettre en place un mécanisme plus approprié et efficace, capable de trouver des solutions idoines à une demande sociale sans cesse croissante, conséquence de l’état de pauvreté dans lequel est plongé une frange importante de la population sénégalaise.

Il s’agit dès lors, d’apporter des réponses immédiates aux situations de crise et d’urgence mais également de revoir notre système de production et de consommation. Il est temps d’aller vers des modèles et des politiques qui nous mèneront vers la souveraineté alimentaire de façon durable, juste et équitable.

 

05 Mai 2020

Sénégal : La société civile s’engage pour la promotion d’un modèle agricole durable

La Dynamique pour une transition agroécologique au Sénégal (DyATES) a organisé une série d’ateliers de consultation sur l’ensemble du territoire pour dresser un état des lieux du secteur agricole sénégalais dans le but d’accompagner le gouvernement dans sa mise en œuvre d’une transition agroécologique au Sénégal.
Depuis plusieurs décennies, au Sénégal, des organisations de la société civile, des institutions de recherche, certaines communes et l’Etat portent diverses initiatives pour développer l’agroécologie. Plus récemment, l’Etat sénégalais a placé la transition agroécologique (TAE) parmi les cinq initiatives majeures du Plan d’Action Prioritaire de la deuxième phase du Plan Sénégal Emergent (2019-2014).
Ainsi, dans l’optique de soutenir le gouvernement du Sénégal dans son ambition, en mai 2019, les acteurs de l’agroécologie se sont engagés au sein d’une Dynamique pour une Transition Agroécologique au Sénégal (DyTAES) en vue d’engager un dialogue avec l’Etat afin de l’accompagner dans la mise en œuvre d’un modèle agricole durable.
Face à une démographie galopante, à un modèle agricole mondial à bout de souffle, aux effets croissants du réchauffement climatique : comment parvenir à assurer la sécurité alimentaire des populations de manière durable ?
Cette question d’ordre mondial est devenue d’autant plus préoccupante dans un contexte de pandémie du COVID-19 qui remet plus que jamais en question nos systèmes alimentaires. Cela l’est d’autant plus dans les pays africains qui sont en première ligne face aux changements climatiques. En Afrique de l’Ouest et notamment au Sénégal, ces enjeux interpellent de nombreux acteurs engagés dans l’expérimentation locale de modèles agricoles durables. Cependant, la société civile est consciente qu’une mise à l’échelle de ces techniques n’est possible sans une impulsion politique.
Le Plan Sénégal Emergent Vert du gouvernement du Président Macky Sall, mettant la sécurité alimentaire au cœur de ses préoccupations, nous fait comprendre que le Sénégal est sur la bonne voie vers l’engagement de la TAE dans le pays. Cette volonté est soutenue par une société civile engagée qui s’active depuis plus de 30 ans dans la recherche d’alternatives agroécologiques. Unis au sein de la DyTAES, cette diversité d’acteurs (paysans, ONG, chercheurs, élus, institutions internationales) a mis en commun ses connaissances pour co-construire un document de contribution politique pour une transition agroécologique au Sénégal.
Ce document a été enrichi via un processus de consultation de la DyTAES qui a mobilisé plus d’un millier de personnes, pendant près de 5 mois dans les 6 zones éco-géographiques du pays incluant l’ensemble des parties prenantes, allant des organisations internationales jusqu’aux organismes communautaires de base.
Dans ce document sont présentés 15 principaux défis du secteur agricole sénégalais et des recommandations politiques en faveur de la TAE donnant des résultats à court et long terme.
De ces recommandations, la DyTAES en retient 3 immédiates :
1) Mettre en place un cadre national de dialogue regroupant tous les acteurs pour la TAE
2) Encourager et appuyer financièrement des expérimentations impliquant la mise en œuvre de changements coordonnés et simultanés dans plusieurs secteurs d’activités (éducation, agriculture, alimentation, énergie, habitat, forêt…) à l’échelle de communes ou départements pour mettre en œuvre un plan territorial
3) Identifier des priorités pouvant avoir un effet de levier pour la TAE et les valoriser dans les expérimentations
Ce document et ses recommandations, constituent le premier pas d’un long cheminement avec l’Etat, dans le cadre d’un dialogue politique multiacteur auquel la DyTAES appelle afin de créer un sursaut national décisif pour une transition agroécologique irréversible.

Télécharger les deux versions de la contribution

03 Mai 2020

Contribution aux politiques nationales pour une TAE au Sénégal – DyTAES – Avril 2020

Contribution aux politiques nationales pour une transition agroécologique au Sénégal

        Note de synthèse à l’attention des décideurs

La population du Sénégal estimée à plus de 16 millions connait une augmentation rapide et devrait dépasser les 25 millions en 2035 pour se rapprocher des 55 millions en 2063. Nourrir cette population se pose aujourd’hui et se posera dans les années à venir comme un défi majeur difficile à relever. Cet enjeu s’accentue si l’on veut fournir de manière durable à cette population, de la nourriture saine, en quantité suffisante et économiquement accessible. Le défi devient encore plus aigu si l’on prend en compte le contexte d’intensification des changements climatiques et de leurs effets, de l’urbanisation accélérée, des enjeux d’accès à l’emploi, de la multiplication des problèmes de santé liés en grande partie aux modes de consommation et aux systèmes alimentaires de manière générale.

Avec l’initiative « PSE vert » inscrit dans le Plan Sénégal Émergent (PSE), référentiel de la politique économique et sociale à moyen et long terme, l’Etat du Sénégal prend bien en compte le défi de sécuriser l’alimentation des générations actuelles et futures.

Présenté comme l’expression de la nécessité d’une transition agroécologique (TAE) avec comme impératif, le reverdissement du Sénégal, le PSE vert traduit une volonté politique forte en faveur d’un développement fondé sur des modes de production et des systèmes alimentaires plus durables.

Se saisissant de cette volonté politique affichée, différents acteurs de l’agroécologie ont décidé de se réunir au sein d’un seul cadre pour contribuer aux réflexions de l’Etat sur la question de la transition agroécologique. Dénommé « Dynamique pour une Transition Agro-Ecologique au Sénégal » (DyTAES), ce cadre regroupe une diversité d’acteurs comprenant des paysans, des organisations communautaires de base, des collectivités territoriales, des organisations non-gouvernementales, des chercheurs et des entreprises privées.

La DyTAES vise, dans le domaine de l’agroécologie, à accompagner l’Etat dans sa mission régalienne d’élaborer les politiques publiques. Elle est en effet convaincue que la traduction d’une volonté politique en actions se nourrit, au-delà de l’Etat, de la contribution de divers acteurs. La DYTAES a lancé cette initiative afin d’alimenter les réflexions, en se basant sur l’expérience concrète de ses différents membres, afin d’en partager les enseignements et formuler à partir de ces acquis certaines recommandations.

Issu d’un large processus de consultation dans les différentes régions du Sénégal, le document de contribution aux politiques nationales de transition agroécologique élaboré par la DYTAES, constitue un premier investissement collectif pour une transition agroécologique dont la nécessité fait, sans nul doute, l’objet de consensus entre l’Etat et les autres acteurs impliqués dans le développement et la gestion durables des ressources naturelles du Sénégal.

La transition agroécologique, un choix conforme au cadre politique et stratégique national dans un contexte qui appelle à un changement de paradigme

Renforcés par les actions anthropiques relatives à l’exploitation irrationnelle des ressources naturelles agro-sylvo-pastorales et halieutiques, les changements climatiques accroissent et rendent complexes les défis que doivent relever nos systèmes de production. Les manifestations les plus marquantes de ces phénomènes se traduisent, entre autres, par l’irrégularité de la pluviométrie, l’augmentation de la désertification, un déséquilibre croissant de la biodiversité et des services écosystémiques.

Ces différents phénomènes entrainent une baisse des rendements des productions agro-sylvo-pastorales et halieutiques, à laquelle les solutions apportées restent majoritairement inspirées de la Révolution Verte et contribuent dans le long terme, à impacter négative-ment l’environnement. Aussi, elles ont des incidences négatives sur l’alimentation et la santé des consommateurs, des producteurs et des animaux.

Dans ce contexte, l’agroécologie constitue une voie crédible pour relever les défis alimentaires et environnementaux de notre pays. En effet, l’agroécologie propose des systèmes de production alternatifs qui s’inspirent du fonctionnement des écosystèmes pour préserver la biodiversité et optimiser les relations entre agriculture, élevage, foresterie, environnement, systèmes alimentaires et sociétés.

En cela, l’agroécologie est bien en phase avec les orientations des agendas 2030 sur les Objectifs de Développement Durable (ODD) et 2063 de l’Union Africaine. Elle est aussi en conformité avec le Plan Sénégal Emergent dans ses orientations traduites dans le Plan d’Action Prioritaire 2019-2023 (PAP2/PSE) qui vise entre autres, à établir des modes de production et de consommation durables. En effet, le PAP2 s’est proposé de promouvoir les bonnes pratiques en matière de production et de consommation, d’améliorer le contrôle de la qualité et de l’hygiène des produits et de soutenir le verdissement de la croissance de l’économie. Ces propositions cadrent bien avec l’ODD 12 qui incite les producteurs, les consommateurs, les communautés et les gouvernements à améliorer les pratiques en matière de production, de mise en marché et de consommation des produits au niveau de tous les maillons des chaînes de valeurs.

Par ailleurs, l’agroécologie et ses métiers connexes constituent une opportunité par rapport aux défis de l’accès à l’emploi. Elle peut permettre au secteur agricole d’absorber une bonne partie des jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi et ainsi contribuer à apporter des solutions aux préoccupations de l’Etat en matière d’emploi et d’insertion professionnelle.

Partant de ces considérations et en faisant sienne l’idée des 10 éléments (1) de l’Agroécologie définis par la FAO, l’action et la vision de la DyTAES s’intègrent bien dans les orientations stratégiques et politiques de l’Etat du Sénégal.

(1) La FAO a mis en avant 10 éléments caractéristiques des systèmes de production agroécologiques : la diversification des systèmes de production, la coconstruction des connaissances, les synergies eau-sol-arbres-animaux-plantes, l’efficience d’utilisation des ressources, le recyclage de la biomasse et de l’eau, la résilience des systèmes de production, les valeurs humaines et sociales, les cultures et traditions alimentaires, la gouvernance responsable et enfin l’économie circulaire et solidaire.

Bâtir la transition agroécologique au Sénégal sur les acquis d’hier et d’aujourd’hui

Soutenir l’élaboration d’une politique nationale pour la transition agroécologique ne laisse pas entendre que la transition n’est pas encore prise en compte par l’Etat et les acteurs.

En effet, le Sénégal ne part pas de « zéro » sur le chemin de la transition agroécologique. Il existe de nombreux acquis dans des initiatives portées par l’Etat ou d’autres acteurs qui pourraient constituer le socle de la transition.

Si le terme « agroécologie » n’apparait que tardive-ment dans certaines de ces initiatives, les principes et les pratiques de l’agroécologie y sont bien présents.

Une dynamique collective sur la transition agroécologique aurait surtout pour intérêt de mieux organiser ces initiatives en créant des liens entre elles, pour renforcer leurs acquis, s’appuyer sur leurs leviers et travailler à lever les freins matériel, social, économique, environnemental et politique pour une mise à l’échelle.

Les initiatives portées par l’Etat : une bonne fondation pour impulser la transition agroécologique

Depuis quatre décennies, l’Etat du Sénégal prend des initiatives allant dans le sens d’une transition agroécologique avec des instruments réglementaires, des cadres politiques et des plans et programmes. Déjà en matière de réglementation plusieurs textes comme le Code forestier, le Code de l’eau, le Code de l’environnement, la Loi d’orientation agro-sylvo-pastorale ont instauré des règles et donné des orientations pour la gestion et la préservation de l’environnement et des ressources naturelles. Les différents ministères prennent de plus en plus en compte la question de la durabilité des systèmes de production dans leurs différentes actions et programmes.

En plus de cette option des secteurs ministériels, plusieurs instruments politiques se sont succédé et ont permis de travailler sur une diversité de questions : la restauration de la fertilité des sols, la restauration des terres salées et leur mise en valeur, la lutte contre l’érosion hydrique, la réhabilitation du couvert végétal, l’utilisation rationnelle de l’eau et la protection des aires marines. Il s’agit notamment du Plan National pour l’Environnement (PNAE), du Plan d’Action National pour l’Adaptation au Changement Climatique (PANA), de la Stratégie Nationale de Développement Durable (SNDD), du Cadre National d’Investissement Stratégique pour la Gestion Durable des Terres (CNIS/G-DT), de l’Initiative de la Grande Muraille Verte et d’un ensemble de politiques de gestion des ressources naturelles portés par le ministère de l’environnement.

Aussi, des acquis importants sont issus des initiatives comme le Projet de Gestion et de Restauration des Terres dégradées du bassin arachidier (PROGERT), le Projet de Renforcement de la Gestion des Terres et des Ecosystèmes dans les Niayes et en Casamance (PRGTE) et les projets d’aires marines protégées.

L’Etat dispose par ailleurs d’institutions et de services qui s’investissent dans des initiatives en lien avec la transition agroécologique avec un rôle central et des acquis importants. Au-delà des universités publiques, de l’ISRA et de ses démembrements, l’Etat a créé des structures qui jouent des rôles importants en rapport avec la transition agroécologique. Il s’agit entre autres :

  • (i) du Centre de Suivi Ecologique (CSE) qui a pour mission d’effectuer des veilles environnementales et climatiques ;
  • (ii) de la Direction de la Protection des Végétaux (la DPV qui développe et diffuse des techniques de lutte biologique) et les différentes directions et services des ministères de l’agriculture, de la pêche, de l’élevage et de l’environnement ;
  • (iii) du laboratoire Ceres Locustox qui analyse les résidus de pesticides, métaux lourds et autres polluants dans les produits agricoles et halieutiques et dans l’eau, le sol et les sédiments. Le laboratoire offre un service de conseil aux décideurs, distributeurs, producteurs et exportateurs sur l’usage rationnel et sécurisé des pesticides.

Fort de cela, l’Etat incarne bien avec ses services, le leadership pour une TAE en impulsant une bonne dynamique nationale, adossée à une synergie multisectorielle efficace.

Les initiatives portées par des acteurs non étatiques avec un rôle moteur des exploitations familiales et des femmes : un acquis majeur sur le chemin de la TAE

A côté de l’Etat, divers acteurs développent des initiatives dans le domaine de l’agroécologie. Il s’agit en particulier d’Organisations Communautaires de Base (OCB), de faitières d’Organisations Paysannes (OP), d’Organisations Non Gouvernementales (ONG), d’élus et de collectivités territoriales, d’entreprises et de structures de recherche engagées.

Ces initiatives tournent autour de :

  • (i) la gestion des ressources naturelles : gestion communautaire des forêts, restauration de la fertilité des terres, régénération naturelle assistée des arbres (RNA), protection des ressources halieutiques via les aires marines protégées, gestion communautaire des ressources pastorales, gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) ;
  • (ii) l’intensification écologique de l’agriculture : agroforesterie, association diversification de cultures, compostage, production de biopesticides et de biofertilisants liquides, intensification écologique des systèmes rizicoles, lutte biologique ; intégration agriculture élevage/pisciculture ;
  • (iii) la valorisation et la mise en marché de produits agroécologiques ;
  • (iv) le portage des préoccupations des consommateurs ;
  • (v) la recherche, formation-insertion ;
  • (vi) des projets holistiques par terroir.

Ces initiatives sont menées à petite échelle, notamment au niveau des exploitations familiales dans les terroirs, mais elles font la démonstration que l’agroécologie apporte des réponses convaincantes aux défis des systèmes de production et d’alimentation.

Les femmes, actrices incontournables de ces initiatives, font preuve de leadership et sont dotées de capacités organisationnelles remarquables. Elles sont actives non seulement dans la production agricole, mais aussi dans la transformation et la valorisation des produits agro-alimentaires.

Ces acteurs et les enseignements issus des succès et manquements de leurs différentes initiatives sont d’un grand intérêt pour une marche vers la transition agroécologique.

Les opportunités offertes par un contexte international favorable à la TAE

Depuis 2017, l’engagement des acteurs internationaux et régionaux pour l’agroécologie s’est accéléré. Les sphères politiques et les partenaires techniques et financiers affichent leur volonté d’intervention coordonnée en Afrique autour des pratiques et des valeurs de l’agroécologie.

Ainsi, plusieurs initiatives ont été lancées, notamment en Afrique de l’Ouest, par différents bailleurs et partenaires techniques et financiers. Que ce soit dans le domaine de la recherche, des actions de terrain ou de programmes mixtes portés par les Etats ou par des acteurs non étatiques, les initiatives se multiplient et les partenaires techniques et financiers soutiennent de plus en plus des actions en faveur de la transition écologique en Afrique.

Parmi ces initiatives, on peut citer le Projet d’Appui à la Transition Agroécologique en Afrique de l’ouest (PATAE ) coordonné par l’Agence régionale pour l’agriculture et l’alimentation (ARAA). Ce projet vise à accompagner la transition agroécologique en Afrique à travers le financement d’actions de terrain soutenant l’intensification agroécologique et les échanges d’expériences. Sa finalité est de contribuer à l’élaboration de politiques publiques qui soutiennent l’agroécologie.

L’initiative de l’Agriculture Ecologique et Biologique (AEB ) en Afrique est une autre action qui vise à soutenir et à mettre en œuvre la décision de l'Union Africaine sur l'agriculture biologique. Elle cherche à intégrer l'agriculture écologique et biologique dans les systèmes nationaux de production agricole d'ici 2025. L’objectif est d'améliorer la productivité agricole, la sécurité alimentaire, l'accès aux marchés et le développement durable en Afrique. C’est dans cette même perspective que l’initiative développent Smart Initiative for Research in Agriculture » (DESIRA FAIR ) est mise en œuvre. Son but est d'accompagner l'agriculture et les systèmes alimentaires au Sud par la recherche et l’innovation pour les rendre plus résilients aux effets du changement climatique.

Par ailleurs, le bureau de la FAO à Dakar a inscrit la gestion durable de l'environnement et des ressources naturelles, et le soutien de la mise à l’échelle et l'institutionnalisation de l’agroécologie, parmi ses domaines prioritaires pour la période de 2019 à 2023.
Toutes ces initiatives pourraient être valorisées par le Sénégal qui peut aussi être le réceptacle d’expérimentations pour les partenaires techniques et financiers et autres acteurs qui souhaiteraient mettre en place ou renforcer des initiatives de transition agroécologique.

Les défis majeurs qui ont inspiré les orientations proposées par la DyTAES

Entre le 05 aout et le 11 novembre 2019, la DyTAES a conduit un vaste processus de consultation ayant impliqué plus d’un millier d’acteurs. Des ateliers zonaux multi acteurs se sont tenus les 6 zones éco-géographiques du Sénégal. Ces consultations avaient pour objectifs :

  • (i) d’établir pour chaque zone un diagnostic des enjeux majeurs en matière d’agriculture, d’élevage, de développement rural et de sécurité alimentaire ;
  • (ii) d’identifier et documenter des initiatives agroécologiques prometteuses ;
  • (iv) de comprendre pour chaque zone les freins et leviers à la transition agroécologique ;
  • (v) de recueillir les propositions politiques des acteurs en lien avec les enjeux majeurs identifiés. Un atelier spécifique de consultation a également été organisé à Dakar avec les consommateurs et leurs associations pour prendre en compte leurs visions de la transition agroécologique.

Le diagnostic participatif mené par la DyTAES lors des consultations, couplé à une analyse de la littérature existante, a montré que les systèmes de production actuels sont marqués par : une dépendance élevée aux intrants exogènes, une faible résilience face aux aléas climatiques et aux bio-agresseurs et une utilisation excessive et non durable des ressources telles que l’eau, le sol et la forêt. Les systèmes de production agro-sylvo-pastoraux demeurent fragiles et coexistent de plus en plus mal en raison de la pression sur les ressources et des multiples transformations en cours dans les territoires (dégradation des forêts, salinisation des nappes et des sols, pollutions des mers, réduction des ressources fourragères et de la mobilité du bétail). Ces déséquilibres résultent en partie de processus globaux sur lesquels les systèmes de production locaux n’ont aucune prise, tels que les mutations démographiques, l’urbanisation rapide, le changement climatique, la surexploitation des ressources ou encore l’exploitation minière. Les populations rurales qui dépendent de l’agriculture et des ressources naturelles pour leur sécurité alimentaire paient un lourd tribut face à cette dégradation généralisée de leur environnement.

Dans ce diagnostic, l’analyse de l’aval des filières a révélé une forte extraversion des modèles de consommation qui rassure peu les consommateurs sur la qualité et l'origine des produits. Cette situation est accentuée par un système de distribution qui ne donne pas de visibilité aux produits issus de l’Agroécologie qui restent financièrement peu accessibles.

Cette accessibilité financière et géographique étriquée confine ces produits à une consommation militante ou ciblée sur un marché de niche accessible uniquement à une certaine classe de la société, en plus des expatriés. Pourtant, pour des raisons nutritionnelles et de santé, les citoyens-consommateurs affirment en grande partie leur volonté d’inverser leur modèle de consommation en faveur de ces produits. Ce qui veut dire que si des efforts sont faits pour lever les contraintes liées aux coûts de production et à l'information des consommateurs, les produits agroécologiques pourront être disponibles dans les marchés de masse et par conséquent accessibles à la majorité des citoyens-con-sommateurs.

Globalement, le diagnostic a permis d’identifier 15 défis majeurs pour l’agriculture sénégalaise. Ces défis sont liés à la promotion d’une agriculture familiale (défis 1 à 5), à la gestion durable des ressources productives (défis 6 à 11) et à la résilience des systèmes agricoles et alimentaires (défis 12 à 15). Ces défis sont fortement liés entre eux. Aussi, pour les relever, est-il requis d’agir autant que possible de manière simultanée et coordonnée sur les différents défis et de construire des synergies.

Des recommandations pour des options politiques fortes vers une transition agroécologique centrée d’abord sur les exploitations familiales agro-sylvo-pastorales sénégalaises

Les résultats du processus de concertation engagé par la DyTAES révèlent que pour réussir, la transition agroécologique devra nécessairement s’appuyer sur des changements profonds dans l’organisation des filières et des territoires, ainsi que dans l’ensemble du système d’appui aux productions agro-sylvo-pastorales (accès aux services, appui-conseil, formation, subvention, financement, recherche etc.). C’est pour cette raison que la DyTAES appelle à la construction d’une politique intégrée et holistique, reposant sur une intervention coordonnée dans plusieurs secteurs et capable de prendre en compte le caractère multidimensionnel et transversal de la transition agroécologique. Une telle politique pourrait être orientée autour de quatre axes essentiels :

  • (i) l’amélioration et la sécurisation des bases productives ;
  • (ii) l’accroissement durable de la productivité et des productions agro-sylvo-pastorales et halieutiques ;
  • (iii) la promotion des produits issus de l’agroécologie dans les chaînes de valeur ;
  • (iv) l’amélioration de la gouvernance, des conditions cadres et du financement du passage à l’échelle de la transition agroécologique à l'horizon 2035.

Suite à son processus de consultation, la DyTAES a formulé douze (12) orientations politiques reliées à quatre (4) axes stratégiques.

Axe 1 Amélioration et sécurisation des bases productives

  • 1- Améliorer l’accès équitable des exploitations familiales à l'eau productive et une utilisation durable par tous (et pour tous)
  • 2- Renforcer en priorité les stratégies nationales de gestion durable des ressources naturelles
  • 3- Renforcer le capital semencier (végétal, animal, halieutique et forestier) des exploitations familiales en veillant à la préservation de la biodiversité

Axe 2 Accroissement durable de la productivité et des productions ASPH

  • 1- Renforcer la résilience des systèmes de production agro-sylvo-pastoraux et halieutiques (ASPH) via l'adoption de pratiques agroécologiques.
  • 2- Faciliter l'accès des exploitations familiales à des intrants organiques et du matériel de qualité et adapté pour accroître la productivité ASPH.
  • 3- Prioriser l'AE dans les programmes de recherche, de formation et de conseil des différents secteurs de la production ASPH

Axe 3 Promouvoir les produits AE dans les chaînes de valeur ASPH au niveau post-production

  • 1- Limiter les pertes post-production, améliorer la qualité sanitaire des produits ASPH et diversifier l'offre en produits transformés en renforçant les unités artisanales.
  • 2- Promouvoir la consommation des produits issus de l'AE pour leur appropriation par les citoyens-consommateurs informés et rassurés de leur innocuité, de leur valeur nutritive et des conditions de durabilité dans lesquelles ils sont produits
  • 3- Faciliter l'accès des exploitations familiales à des marchés qui valorisent les produits AE

Axe 4 Améliorer les conditions cadres, le financement et la gouvernance pour une transition agroécologique à grande échelle

  • 1- Instaurer un cadre de concertation intersectoriel, participatif et inclusif pour faciliter la mise en œuvre et le suivi des orientations pour une TAE réussie
  • 2- Améliorer, adopter et faire appliquer les lois, codes et règlements cohérents et favorables à la TAE
  • 3- Assurer le financement de la transition agroécologique en priorisant le soutien aux EF et l’accessibilité aux consommateurs

Les quatre axes d’orientations politiques proposés par la DyTAES pour une transition agroécologique au Sénégal.

Les recommandations de la DyTAES pour le court terme et le moyen terme

Quarante et une (41) recommandations sont issues des orientations politiques et axes stratégiques définies par la DyTAES. La prise en charge de ces recommandations prendra du temps parce que cela concerne une batterie de mesures politiques et réglementaires concernant différents domaines et impliquant divers secteurs et services ministériels.

C’est pour cette raison que la DyTAES propose de prendre en charge dans un premier temps, des recommandations dont le traitement pourrait être engagé dans le court terme.

Celles-ci sont globalement de 2 natures :

  • (i) celles qui visent à renforcer les initiatives des acteurs déjà engagés dans l’agroécologie ;
  • (ii) celles concernant la création des conditions de mise en marche de la dynamique nationale.

Comme cela a été souligné précédemment, les acteurs engagés dans l’agroécologie se heurtent à des contraintes auxquelles il faut apporter des solutions qui ne dépendent pas forcément de la mise en marche du processus national tel que proposé.

Pour les prendre en charge, la DyTAES formule les recommandations suivantes :

  • Veiller à la cohérence politique et une prise en compte plus accrue d’activités en lien avec la transition agroécologique dans les actions du gouvernement (cadres institutionnels et légaux, orientations budgétaires, politique de consommation et stratégies commerciales) ;
  • Subventionner et rendre visibles et accessibles les biofertilisants et les bio pesticides pour les paysans engagés dans l’agroécologie ;
  • Réduire le prix de l’eau productive ;
  • Créer les conditions d’une bonne application de la GIRE, notamment au niveau local ;
  • Réglementer l’utilisation de produits chimiques notamment pour préserver la qualité de l’eau ;
  • Soutenir dans les stratégies de reverdissement, la régénération naturelle des essences forestières par des mises en défense au-delà de l’application des sanctions du Code forestier et des initiatives de reboisement ;
  • Promouvoir la simplification des plans d’aménagement pour donner plus de place aux collectivités territoriales et aux communautés dans la gouvernance des forêts ;
  • Accompagner les exploitations familiales qui souhaitent s'engager dans la TAE à travers des mesures incitatives (produits d’assurance agricole adaptés, amortissement des risques, infrastructures de stockage et conservation, etc.) ;
  • Soutenir toutes les initiatives de valorisation des ressources alimentaires pour le bétail et de production de cultures fourragères pour favoriser la complémentarité agriculture-élevage ;
  • Voter après avoir pris en charge les recommandations de la société civile, vulgariser et faire appliquer le Code pastoral ;
  • Adopter une loi foncière qui sécurise d’abord les droits des sociétés paysannes et des générations futures ;
  • Garantir la prise en compte des semences paysannes dans les politiques nationales, les droits des paysans à les échanger (application du TIRPAA) et le maintien du principe de précaution face aux OGM dans la loi sur la biosécurité.

Pour ce qui est de la marche de la dynamique nationale souhaitée, la DyTAES est consciente que la transition agroécologique telle qu’elle la perçoit, est un processus qui s’inscrit dans le long terme et qui nécessite la conjugaison des efforts de l’ensemble des acteurs. Ce qui veut dire que la mise en marche des orientations devra prendre du temps.

A ce titre, les membres de la DyTAES demandent à l’Etat du Sénégal de considérer à court terme les trois priorités suivantes pour mettre à l’échelle la transition agroécologique :

Mettre en place un cadre de dialogue multi-acteurs national pour la transition agroécologique, regroupant les institutions publiques compétentes, les collectivités territoriales, les organisations de la société civile, les institutions de recherche, les organisations de producteurs, le secteur privé et les consommateurs pour :

  • (i) définir le contenu et les modalités d’opérationnalisation d’une politique nationale de transition agroécologique prenant en compte les orientations politiques identifiées par la DyTAES ;
  • (ii) établir les rôles et responsabilités de chacune des parties prenantes ;
  • (iii) tirer des enseignements des expériences locales pour élaborer la politique de transition agroécologique.

Encourager et appuyer financièrement des expérimentations holistiques à l’échelle de communes ou de départements, où les acteurs locaux co-conçoivent et mettent en œuvre un plan territorial de transition agroécologique. De tels plans se baseraient sur les principes suivants :

  • (i) la prise en compte et l’intégration opérationnelle des 4 axes d’orientation politique de la DyTAES ;
  • (ii) la mise en œuvre de changements coordonnés et simultanés dans plusieurs secteurs d’activité (éducation, agriculture, alimentation, énergie, habitat, forêt, etc.) ;
  • (iii) le renforcement et la mise en synergie des initiatives agroécologiques existantes dans les territoires ;
  • (iv) une démarche de suivi-évaluation capable de documenter chaque expérimentation, d’en mesurer les impacts et de tirer des enseignements utiles dans la perspective d’une mise à l’échelle ;
  • (v) le dialogue avec une instance nationale multi-acteurs chargée d’appuyer les différentes expérimentations locales, de garantir leur cohérence et de définir les conditions de leur mise à l’échelle.

Au cours de la première phase de dialogue politique, procéder avec les acteurs, à l’identification des priorités pouvant avoir un effet de levier pour la transition agroécologique et prendre des mesures pour bien les valoriser dans les expérimentations pilotes et tout le processus de la transition agroécologique.

CONCLUSION

A l’instar des autres pays d’Afrique, l’Etat du Sénégal est conscient de la nécessité de relever le défi de la transformation des modes de production pour une croissance économique inclusive et durable. Les problèmes concernant les changements climatiques, la baisse de la pluviométrie, la dégradation des ressources naturelles et la santé publique liée à la consommation, rappellent cette impérieuse nécessité.

Pour relever ce défi, l’Etat sénégalais au plus haut sommet, affiche une volonté politique d’aller vers une transition agroécologique. Cependant, le caractère multidimensionnel de la transition agroécologique requiert que la traduction d’une telle volonté en action se fasse avec la contribution d’une diversité d’acteurs.

L’Histoire du dialogue entre les décideurs et les acteurs non étatiques au Sénégal révèle que le plus souvent, c’est l’Etat qui lance les processus d’élaboration de politique publique et invite, au besoin, les autres acteurs à participer aux réflexions.

Cette fois-ci, la DyTAES a pris l’initiative de proposer une contribution pour insuffler une dynamique de coconstruction avec l’Etat. La démarche participative de consultation qu’elle a menée a abouti à un document de contribution avec des propositions d’orientations politiques et des recommandations.

La dynamique ne s’arrête pas à ce stade car elle ne fait que commencer avec ce document. Pour la suite, les membres de la DyTAES réaffirment leur volonté de continuer le dialogue avec les différents acteurs et l’Etat pour un engagement national vers une transition agroécologique.

La DyTAES encourage les partenaires techniques et financiers à appuyer l’Etat du Sénégal dans l’élaboration et la mise en œuvre d’une politique de transition agroécologique, et dans la conduite des expérimentations pilotes.

25 Avr 2020

Rapport annuel 2017 : Rapport d’activités 2017

I. Contexte

    1.1. Politique

Parmi les nombreuses réformes entamées (des institutions, fiscale, décentralisation,...) depuis l’accès de Macky Sall au pouvoir, celle sur le foncier a été marquée en 2017, au grand regret de la société civile,par l’arrêt du processus inclusif et participatif adopté par le gouvernement sénégalais depuis 2015.

Au niveau du secteur agricole, les différentes politiques et stratégies agricoles nationales qui se sont succédé, depuis l’indépendance, indiquent la ferme volonté politique de faire de l’agriculture un secteur prioritaire. Toutefois, elles n’ont jusque là pas entraîné d’améliorations durables dans les conditions d’existence des ruraux.

Depuis 2014, le PRACAS est articulé à la LOASP et au PNIA dont il hiérarchise, à moyen terme, les actions du volet agriculture, en ciblant les filières porteuses (riz, oignon, arachide, fruits et légumes). Adossé aux objectifs du PSE, le PRACAS poursuit 4 objectifs stratégiques, parmi lesquels l’intensification de la production et l’émergence d’un entreprenariat agricole et rurale basée sur une synergie «intelligente»entre l’agro-business et l’agriculture familiale.

Ainsi, en dépit de la forte mobilisation de la société civile ces dernières années et de la reconnaissance de «nouveaux droits»aux citoyens sur «leurs patrimoines fonciers et leurs ressources naturelles»depuis 2016(referendum constitutionnel), le gouvernement sénégalais continu d’octroyer de grandes superficies de terres arables à des agro-industriels sous prétexte qu’ils seraient des projets «d’utilité publique». Se fut notamment le cas dans la commune de Dodel (au Fouta),en 2017,avec l’attribution par décret présidentiel de 10 000 hectares à une société marocaine.

Néanmoins, à moins de 18 mois des prochaines élections présidentielles, l’Etat du Sénégal a su garder une oreille attentive aux revendications de la société civile et des populations victimes de cet accaparement de terres, en annulant finalement ce projet agro-industriel.La société civile, à travers le CRAFS,espère vivement que les élections à venir seront également une opportunité pour forcer l’Etat à reprendre le processus inclusif et participatif de réforme foncière et l’interpeler sur une nouvelle loi votée «en silence» en janvier 2017 qui menace les droits fonciers des sociétés paysannes. Il s’agit de la loi n°2017-06du 06 janvier 2017 portant sur les zones économiques spéciales (ZES),notamment celles orientées vers le développement de l’agrobusiness, qui sont créées par décret après la réalisation d’une étude d’opportunité initiée par le Ministre chargé de la Promotion des Investissements. Cette loi constitue une menace dès lors qu’elle vise la privatisation des terres des ZES et leur administration par l’Agence nationale chargée de la promotion de l'investissement et des grands travaux (APIX) qui sera chargée d’attribuer des baux emphytéotiques aux privés désirant investir.

    1.2. Economique et social

La campagne agricole 2017-2018 a été jugée plus favorable que la précédente sur l’ensemble du pays en dépit d’un arrêt précoce des pluies dans la partie du nord du Sénégal qui, dès lors,fait face à une situation de crise humanitaire. La période de soudure sera précoce, frappant les familles les plus vulnérables dès le mois de mars 2018. Le fait de sécheresse est aggravé par le manque de crue annuelle dans le fleuve Senégal et ses affluents où l’on observe un niveau bas record. Ce niveau extrême est dû à la politique favorisant la production du courant à partir du barrage de Manantali au lieu de rendre l’eau disponible pour la production agricole.

Au niveau national, les enquêtes nutritionnelles réalisées fin 2017 montrent une certaine amélioration de la situation nutritionnelle,mais celle-ci reste encore précaire. Dans les 5 régions les plus affectées(Partie Est du Sénégal), plus de 484 000 personnes auront besoin d’assistance nutritionnelle en 2018.

Le taux de la pauvreté reste élevé, notamment en raison du faible taux de croissance du PIB (3.3% en moyenne sous le régime de Macky Sall). Et même si on a constaté un envol depuis2016, les retombés de cette croissance n’arrive guère aux couches sociales défavorisées, notamment aux exploitations familiales en milieu rural.

25 Avr 2020

Rapport annuel de 2018

I. Context

    1.1. Politique

Le Sénégal est l’un des pays les plus stables d’Afrique. Son président actuel, Macky Sall dirige le pays depuis mars 2012. Cependant, selon l’opposition politique, cette année est marquée, par un équilibre démocratique fragilisé, suite à des arrestations ou condamnations d’opposants politiques. Après la condamnation pour « détournement de deniers publics » de Khalifa Sall, député et maire de Dakar, figure de proue de l’opposition emprisonné depuis le 7 mars 2017, c’est au tour du maire Barthélémy Dias d’être condamné pour « outrage à magistrat » du fait de sa vive contestation de ladite décision de justice.

Le climat politique a été encore plus tendu lorsque les candidats à la présidentielle au Sénégal ont été tenus d’obtenir le parrainage de 0,8% des citoyens inscrits au fichier électoral et répartis dans au moins 6 régions du pays. La loi sur le parrainage fut votée le 19 avril, dans un climat de tension aux abords de l’Assemblée nationale. Les leaders opposants n’ont pu cependant empêcher l’application de cette loi qui a écarté nombre d’entre eux de ce suffrage national. Ainsi, seuls 5 candidats ont pu se présenter aux élections présidentielles.

Parmi eux, le président Macky Sall, a proclamé, le 2 décembre 2018, lors de son discours d’investiture à la coalition au parti Benno Bokk Yaakaar, sa ferme intention de soutenir la transition agroécologique avec une vision sectorielle : « La quatrième initiative nationale, que je vais lancer, porte sur la transition agro-écologique que nous devons entreprendre pour sécuriser, je dirais même sanctuariser, l’alimentation des générations futures. Nos ressources forestières ont diminué de moitié en soixante ans. Chaque année, nous perdons 40.000 hectares de forêts... La reforestation et la gestion durable de nos forêts apparaissent dès lors comme une exigence nationale. Je leur consacrerai une haute priorité. »

Ainsi, le contexte politique sénégalais n’a jamais été aussi favorable pour le passage à l’échelle de la transition agroécologique. D’ailleurs, le Sénégal a été sélectionné comme pays pilote de l’initiation de passage à l’échelle supérieure de l’agroécologie, dans le cadre de la stratégie de coopération de la FAO avec le Sénégal.

Cependant, en dépit de ces facteurs favorables, la politique de développement agricole et rural reste orientée vers un modèle d’agro-industrialisation qui est basé sur les capitaux privés ; ce qui entraîne le transfert des terres des producteurs ruraux vers les entreprises agricoles et l’accroissement de la vulnérabilité des communautés paysannes. Or, depuis plusieurs décennies, ce modèle n’est pas parvenu à répondre aux multiples défis que le pays doit relever, notamment : (i) la réduction de la dépendance vis-à-vis des importations de denrées alimentaires ; (ii) l’intégration dans les stratégies de développement agricole des besoins d’adaptation et du potentiel d’atténuation des impacts du changement et de la variabilité climatique ; (iii) la préservation de la base des ressources naturelles ; et (vi) la fourniture d’une alimentation saine, nutritive et équilibrée pour l’ensemble de la population.

 

25 Avr 2020

Rapport annuel 2019 : Synthèse des résultats 2016-2019

II. Synthèse des principaux résultats de 2016 à 2019

C’est dans cette situation sociale et économique difficile, dans laquelle on ressent de plus en plus une disparité des richesses, que nous avons poursuivi notre programme qui vise à renforcer la réappropriation de la gouvernance locale par les populations pour la reconquête de leur souveraineté alimentaire à partir d'une approche agro-écologique globale. Cette approche s’appuie sur un plaidoyer pour que l’Etat s’oriente enfin vers des politiques agricoles viables et durables.

La reconquête de la souveraineté alimentaire repose fortement sur les dynamiques locales engagées dans une optique d’un développement durable à l’échelle du terroir. Ce sont les habitants des terroirs (les communautés locales) qui ont le plus d’intérêt à gérer et développer les ressources locales et leurs potentialités pour satisfaire les besoins immédiats et ceux des générations futures alors qu’ils ne possèdent pas encore ou que partiellement ou de manière inéquitable le contrôle sur ces ressources. Et ce sont eux qui doivent être engagés au premier plan dans la recherche des solutions à la fois équitable et démocratique.

Cette approche terroir vise à ce que les communautés locales parviennent à changer les modes de gestion des ressources locales à travers notamment l’élaboration de politiques territoriales cohérentes et arrivent à les défendre au niveau local et national comme un projet de société. Cette gestion écologique et les principes de l’agroécologie en particulier devraient donc se traduire par le développement d’organisations sociales et d’économie durables pour améliorer le bien-être des sociétés paysannes. Tout cela, doit être accompagné par un plaidoyer politique porté à terme parles communautés de base, et en premier lieu par les organisations paysannes partenaires d’Enda Pronat.

De façon générale, depuis mars 2016, nous avons pu avancer avec les communautés de base au niveau principalement des objectifs qui concernent la réappropriation de la gouvernance locale et le plaidoyer pour influencer les politiques publiques et la promotion de l’agro écologie, notamment auprès des institutions de formation et du Ministère de l’Agriculture.

En effet, les activités de plaidoyer pour l’intégration de l’agroécologie dans les politiques agricoles ont commencé à porter leurs fruits, tant au niveau du discours du Ministre de l’Agriculture et de l’Equipement Rural lors des deux dernières éditions des Journées de l’Agroécologie (2018 et 2020) que dans le document du nouveau Programme d’Investissement Agricole pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition (PNIASAN 2018-2025) auquel la société civile, en particulier Enda Pronat, a contribué dans le cadre du Groupe de Dialogue Social et Politique (GDSP). Mais le résultat le plus important du programme est que le Président de la République a, en 2019, intégré la transition agroécologique (TAE) dans le plan d’action prioritaire du PSE 2019-20232.

L’année 2019 a été particulièrement marquée par la mise en place, au niveau national et sous l’impulsion d’Enda Pronat, de la Dynamique pour la Transition Agroécologique au Sénégal (DyTAES) qui a produit, à partir de consultation menées dans les 6 zones écogéographiques du pays, un document de contribution politique sur la TAE qui a été remis au président de la République en janvier 2020 lors des Journées de l’agroécologie.

24 Fév 2020

Expérimentation de mécanismes et d’outils intégrés de gouvernance locale des ressources naturelles au Sénégal Oriental

 Depuis la fin des années 90, Enda Pronat accompagne des communautés du département de Tambacounda dans la promotion d’une agriculture saine et durable. Dans la continuité de ces actions et face au niveau avancé de dégradation de la forêt et des cas d’accaparement des terres, depuis 2017, Pronat expérimente avec la mairie et les populations de Ndoga Babacar des mécanismes et outils intégrés pour une gouvernance participative, équitable et durable des ressources naturelles.

Dans un contexte où la sécheresse des années 70-80 a fragilisé l’écosystème sahélien, l’action anthropique renforcée par des politiques agricoles basées sur les principes de la Révolution verte ont conduit à une forte dégradation des ressources naturelles qui accroit la situation d’insécurité alimentaire au Sénégal. Malgré le transfert de compétences aux communes rurales en matière de gestion des ressources naturelles, ces dernières manquent de moyens pour jouer leur rôle et impliquer les communautés de base.

Ces constats sont particulièrement visibles au Sénégal Oriental, notamment dans la commune de Ndoga Babacar, où l’implication des populations dans la gouvernance locale est très faible et le niveau de dégradation des ressources naturelles élevé. Les ménages pauvres ne parviennent, avec leur production, qu’à couvrir 6 à 7 mois de consommation. Ceux qui tentent de diversifier leur production rencontrent des difficultés liées au sous-équipement agricole.

Face à toutes les contraintes précitées, et dans la continuité du processus d’accompagnement mené avec la commune depuis plus de 20 ans, Enda Pronat s’est fixée pour défis de i) Promouvoir l’instauration de mécanismes et d’outils propices à une gouvernance participative, équitable et durable des ressources naturelles, ii) Soutenir le développement de systèmes de production alternatifs dans une perspective de contribuer à l’atteinte de la sécurité alimentaire et nutritionnelle de manière durable, iii) Poursuivre le plaidoyer auprès de l’Etat pour l’adoption de politiques agricole et foncière cohérentes qui permettent aux exploitations familiales d’améliorer leur accès sécurisé aux ressources productives.

Pour relever ces défis et accélérer la prise de conscience et les transformations, Enda Pronat mène des activités de sensibilisation et d’information des populations de la commune, met en place des mesures d’accompagnement et des alternatives, et soutient le plaidoyer au niveau national, pour une gestion plus durable et équitable des ressources naturelles.

Sensibilisations sur la gestion durable des ressources naturelles

C’est dans ce contexte qu’Enda Pronat s’est engagée à travailler avec la commune de Ndoga Babacar avec l’objectif principal d’appuyer la mairie et les populations à s’inscrire dans une dynamique de gestion durable des ressources naturelles.

  • Sessions de formation et de sensibilisation de l’ensemble des acteurs

Plusieurs sessions de sensibilisation/formation ont ainsi été organisées en 2019, pour une meilleure prise de conscience et un engagement citoyen pour la défense et la restauration de l’écosystème. Ces ateliers, organisés au niveau de la commune et portés par le conseil municipal, se sont déroulés dans une dynamique inclusive avec le Sous-Préfet et les agents du service des Eaux et Forêts, des experts foncier et forestier, les chefs de villages, notables, présidents d’associations d’agriculteurs, d’éleveurs, d’exploitants forestiers, de femmes et de jeunes, les animateurs de la commune et autres personnes ressources. Les formations ont porté sur les enjeux fonciers, la législation foncière, la gestion forestière et le nouveau code forestier, notamment les opportunités qu’il offre pour une participation citoyenne à la gouvernance des ressources forestières. 

Partant du principe que seul un travail à la base peut conduire à des changements et garantir la durabilité de ses actions, Enda Pronat a fondé sa stratégie d’intervention sur l’approche-village pour s’étendre progressivement à l’échelle du terroir. Ainsi, c’est suite aux ateliers de formation que les animateurs de la commune, spécifiquement renforcés par les experts, sont descendus dans les villages. Accompagnés par l’équipe locale d’Enda Pronat, ils ont animé des réunions thématiques villageoises avec la participation de l’ensemble des catégories sociales (hommes, femmes, jeunes, autorités religieuses et politiques, etc.).

C’est ainsi que 1300 personnes ont été sensibilisés dans 26 villages de la commune (sur un total de 107 villages et hameaux), avec l’appui d’Enda Pronat et du service des Eaux et forêts. Ces sensibilisations ont permis de : (i) mieux comprendre les causes des problèmes de gouvernance; (ii) vulgariser les textes législatifs auprès des populations notamment le code forestier et la loi sur le domaine national ; (iii) réfléchir avec les populations sur les solutions à adopter.

  • Classes d’alphabétisation fonctionnelle

Parallèlement à ces actions, Enda Pronat a mis en place 4 classes d’alphabétisation fonctionnelle dans la commune. Appliquée à la gouvernance locale des ressources naturelles, ce programme d’alphabétisation permet de préparer des jeunes hommes et femmes déscolarisés de 18 à 35 ans environ à participer de façon significative à la gestion de leur terroir, notamment en leur permettant de lire les documents écrits en Puhlar concernant la gestion des ressources naturelles et la gouvernance locale et en devenant de futurs animateurs et/ou conseillers municipaux.

Mesures d’accompagnement et alternatives pour une gestion durable des ressources naturelles

  • Vulgarisation de la Régénération Naturelle Assistée

La régénération naturelle assistée (RNA) consiste à protéger et gérer les repousses naturelles (pousses) que produisent les souches d’arbres et arbustes dans les champs. C’est une stratégie alternative agro forestière développée par Enda Pronat dans plusieurs de ses zones d’intervention, considérée à la fois comme une pratique agroécologique pour faire face à la baisse de la fertilité des sols, mais aussi comme une mesure d’accompagnement bien plus efficace que le reboisement pour améliorer la gestion des ressources forestières en luttant contre la forte régression de la densité et de la diversité végétale. Une bonne gestion des ressources naturelles est essentielle au développement de l’agriculture saine et durable promue depuis plus de 20 ans dans la zone par Enda Pronat.

Les 6 animateurs de la commune de Ndoga Babacar ont reçu une formation et intègrent la RNA dans les sensibilisations qu’ils mènent dans l’ensemble des villages de la commune. La formation et l’accompagnement des producteurs volontaires devraient être étendus progressivement à l’ensemble des villages de la commune.

  • Commissions domaniales et environnementales élargies

On dit qu’une commission qu’elle est élargie lorsqu’elle associe dans ses travaux d’autres personnes non élues et initialement non prévues par les textes.

Par exemple une commission domaniale est composée des conseillers élus dont un président, un secrétaire, un rapporteur et éventuellement un membre simple, accompagnés des services techniques (chef CADL), et le chef du village dans lequel se déroule la mission de la commission (celui-ci est membre d’office de la commission).

Mettre en place une commission domaniale élargie consiste à décider que désormais, en plus de ces membres, la commission est ouverte.

  • Soit à des personnes ressources issues de la commune, identifiées en fonction des particularités et besoins spécifiques de la commune Il peut s’agir du représentant communal des agriculteurs, des femmes, des jeunes, des éleveurs, un religieux, …
  • Soit aux représentants des villages concernés par l’opération foncière, regroupés au sein des comités villageois. Le comité villageois est alors le répondant de la commission domaniale au niveau du village et peut, au même titre que les autres membres de la commission, signer le procès-verbal.

Suite aux sensibilisations avec les élus sur la gouvernance foncière et forestière, la commune de Ndoga Babacar a choisi d’adopter des commissions environnementales et domaniales élargies. La mise en place des comités villageois n’étant qu’à un stade expérimental dans deux villages pilotes de la commune, il a été décidé que les commissions seraient désormais ouvertes aux comités villageois là où il y en a, et à toute autre personnes ressources déléguée par les villageois dans les villages où les comités villageois n’ont pas encore été mis en place. L’arrêté officialisant les comités villageois a déjà été publié, et celui concernant les commissions élargies le sera prochainement

  • Comités villageois paritaires

Le Cadre de Réflexion et d’Action sur le Foncier (CRAFS), dont Enda Pronat est membre active, recommande dans son document de position[1] l’institutionnalisation d’Instances Villageoises Paritaires, espace de dialogue et de concertation sur le foncier à l’échelon le plus proche des populations. Des comités villageois sont ainsi mis en place dans deux villages pilotes de la commune, d’une part pour favoriser un rééquilibrage des relations de pouvoir entre acteurs des communautés en améliorant la participation des femmes et de l’ensemble des catégories socio professionnelles dans la prise de décision, et d’autre part pour renforcer équitablement et durablement le contrôle citoyen sur la gestion des ressources naturelles.

Le comité villageois est ainsi un intermédiaire entre la commune et les populations. Dorénavant, les commissions municipales (dont la commission domaniale), ne pourront plus dialoguer uniquement avec le chef de village, elles devront s’adresser aux comités, garantissant une meilleure circulation de l’information et plus de transparence au sein du village, renforçant la prévention des conflits, prévenant les accaparements de terres, et préservant ainsi les ressources naturelles pour les générations actuelles et futures.

Un arrêté a été signé par le maire, pour officialiser la mise en place des comités. Il envisage également d’associer les comités villageois à certaines réunions du conseil municipal. Une formation de renforcement organisationnel et renforcement de capacités sur la gouvernance des ressources naturelles sera organisée pour préciser le rôle du comité, l’articulation avec le travail du conseil municipal, et garantir la meilleure gestion possible des ressources naturelles des villages concernés.

  • Caisses autogérées villageoises

La problématique de la déforestation ne pourrait se régler qu’à travers la sensibilisation. En effet, les populations qui sont confrontées à une pauvreté extrême sont contraintes de se rabattre sur les ressources naturelles. Ainsi, il est aussi nécessaire de soutenir des alternatives économiques génératrices de revenus. C’est dans ce sens qu’Enda Pronat soutient la mise en place de caisses autogérées villageoises pour faciliter l’accès des populations aux moyens de production (matériel agricole, semences,…). Les caisses sont une composante des comités villageois, elles viennent les renforcer en offrant la possibilité aux populations d’accéder à du crédit pour développer des activités économiques autres que la coupe du bois.

Témoignage du chef de village de Sinthiou Alhadji Mody Ba : « Je porte un intérêt important pour cette caisse, parce que nous sommes fatigués par les problèmes forestiers et ce serait difficile de faire fonctionner le comité sans ça. Quand il y a un besoin tu peux aller à la caisse et rembourser ensuite, ça va aider les gens à s’engager dans la lutte contre la déforestation. »

Les comités de gestion des caisses sont composés d’environ deux tiers de membres du comité villageois pour former les comités de crédit et de recouvrement, et un tiers de villageois extérieurs au comité pour former un conseil de surveillance, avec une répartition équitable entre hommes et femmes.

Les membres des comités de gestion des caisses des deux villages pilotes ont bénéficié d’une formation afin de définir les règles de fonctionnement de leur caisse, leur politique de crédit et de recouvrement, les rôles et responsabilités des différents comités internes. Ces comités de gestion seront accompagnés par les animateurs de la commune et l’équipe locale d’Enda Pronat.

Perspectives

  • Au niveau local

L’expérimentation de ces différents outils et mécanismes au niveau des villages pilotes, dans un premier temps, devrait permettre par la suite une mise à l’échelle dans l’ensemble des villages de la commune, et l’intégration de ces outils et mécanismes au sein d’un mécanisme plus global : une convention locale de gestion des ressources de la commune.

Dès les premières sensibilisations, la convention locale avait été identifiée comme étant l’outil le plus pertinent pour régler les problèmes de la commune en lien avec la gestion des ressources naturelles.

Le travail de construction de cette convention a commencé avec un diagnostic. Les animateurs ont profité de leurs sensibilisations pour identifier les modes d’organisation des villages, les éventuelles difficultés dans la gestion des ressources naturelles, les règles déjà mises en place par les communautés, et les propositions des populations pour renforcer durablement la gestion des ressources naturelles de leur terroir. Une cartographie des ressources de la commune est en cours.

L’ensemble de ces actions articulées et cohérentes contribuera directement à l’atteinte des ODD 2, 13 et 15, et formera un modèle de gouvernance des ressources naturelles qui pourra être adapté et reproduit dans l’ensemble des communes du pays.

  • Plaidoyer au niveau national

Les résultats des expérimentations menées dans le cadre de la gouvernance locale permettront de nourrir le plaidoyer mené au niveau national en faveur d’une gouvernance durable des ressources naturelles. Au cœur du plaidoyer, l’institutionnalisation des outils de gouvernance, telles que les conventions locales, sera prioritaire.

Enda Pronat et ses partenaires cherchent à faire porter le plaidoyer par la base, avec l’accompagnement de scientifiques et de leaders paysans du terroir. Le plaidoyer est principalement structuré autour de journées de sensibilisation des parlementaires, de visites de terrain avec les scientifiques et d’ateliers d’échange au niveau national avec l’ensemble des acteurs (OP, ONG, institutions de recherche et de formation, décideurs, etc.).

Le plaidoyer est renforcé par une forte médiatisation à travers la réalisation d’émissions radiophoniques pour informer les populations rurales et d’émissions télévisées en direction des décideurs qui sont alimentées par les vidéos réalisées sur le terrain.

Enda Pronat développe ainsi un plaidoyer fondé sur un argumentaire, la mobilisation d’alliances et le renforcement d’espaces de plaidoyer comme CRAFS, qui a eu une influence notable dans le processus de réforme foncière du Sénégal de 2014 à 2016 et dans la défense de victimes de l’accaparement des terres (ex. Dodel, Diokoul,…), et qui interpelle l’Etat pour la reprise du processus inclusif et participatif de la réforme foncière, et sur la loi n° 2017-06 portant sur les Zones Economiques Spéciales (ZES) qui menacent les droits, notamment fonciers, des sociétés paysannes.

[1] http://www.endapronat.org/wp-content/uploads/2018/06/Position-Crafs.pdf

 

30 Sep 2019

La Dynamique pour la Transition Agroécologique au Sénégal reçue par le Ministre de l’agriculture et de l’équipement rural

Reçue en audience par le Ministre Moussa Baldé le lundi 23 septembre 2019, une délégation de la Dynamique pour la Transition Agroécologique au Sénégal (DyTAES) a présenté la feuille de route de ce groupe multi acteurs engagé pour la transition agroécologique du Sénégal.

Cette délégation était composée entre autres de représentants de faitières paysannes (CNCR, Réseau National des Femmes Rurales du Sénégal), d’ONGs nationales comme Enda Pronat, du Réseau des villes et communes vertes et écologiques du Sénégal (REVES), de l’association de consommateurs CICODEV, de la Coalition sous régionale pour la protection du patrimoine génétique africain (COPAGEN), de l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ou encore du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD). L’objet de l’audience était de présenter la dynamique au sein de laquelle ce groupe d’acteurs est engagé pour la contribution à la transition agroécologique au Sénégal, ainsi que sa feuille de route, et de trouver chez le ministre et l’Etat un interlocuteur pour travailler ensemble à la mise en œuvre de cette vision forte.

En effet, depuis plusieurs années, ces organisations ont initié une diversité d’activités pour la promotion de l’agroécologie au Sénégal, telles que des sensibilisations, des expérimentations de terrain, la diffusion des bonnes pratiques et le plaidoyer envers les décideurs, notamment à travers l’organisation des Journées de l’agroécologie organisées avec l’implication du MAER depuis 2008. L’agroécologie est aujourd’hui reconnue comme un moyen de lutter contre les changements climatiques, de restaurer les sols, de fournir des produits de qualité, de créer des emplois et de la richesse.

Et lorsqu’en début d’année, le Président de la République avait affirmé sa volonté de faire de la transition agroécologique un axe prioritaire de son quinquennat, au sein du PSE Vert, les acteurs de l’agroécologie avaient décidé de se rassembler au sein de la Dynamique sur la Transition Agroécologique au Sénégal (DyTAES). Dans un souci de soutenir le gouvernement dans son ambition, et conscient que la Transition Agroécologique est un projet de société qui nécessite la mise en synergie de tous les acteurs, ce groupe multi acteurs avait alors pris l’engagement de conduire un processus de co-construction d’un document de contribution aux politiques nationales sur la transition agroécologique, en partant des préoccupations de la base, pour donner une contribution forte à cette vision en vue de faire du Sénégal un pays pilote dans la mise à l’échelle de l’agroécologie.

C’est dans ce sens qu’une série d’ateliers de consultation sont organisés entre aout et octobre 2019 dans les 6 zones éco-géographiques du Sénégal. Ces ateliers seront sanctionnés par un atelier national de validation du document de contribution aux politiques nationales sur la transition agroécologique, les 4 et 5 novembre 2019. L’idée étant de remettre ensuite ce document validé au Chef de l’Etat du Sénégal lors de la 3eme édition des Journées de l’Agroécologie qui devrait se tenir fin janvier 2020 en présence d’experts sous-régionaux et internationaux.

04 Sep 2018

Journées de reboisement dans les écoles des villages d’intervention de Enda Pronat dans la commune de Koussanar.

Ces journées entrent dans le cadre de la campagne nationale de reboisement lancée depuis le 5 Aout 2018. A l’image de beaucoup d’autres contrées au Sénégal, la commune de Koussanar est confrontée à des problèmes de gestion de ses ressources naturelles. En effet, la coupe du bois est très intense dans cette commune, encouragée surtout par l’exploitation abusive du charbon. En réaction à ce problème, Enda Pronat, en collaboration avec la fédération de producteurs-trices Yakaar Niani Wulli, intervient au niveau de l’éducation environnementale dans les écoles de la commune, pour initier les plus jeunes au respect de l’environnement et éveiller leur conscience. Des activités de sensibilisation sur les bonnes pratiques agroécologiques ont ainsi été initiées, au sein desquelles on compte ces journées de reboisement. L’implication des enseignant-e-s a permis de mettre en place un système de suivi de l’entretien des arbres et d’assurer une sensibilisation en continu. D’autres activités sont ainsi prévues durant l’année scolaire au niveau des écoles pour partager avec les élèves sur des sujets qui portent sur la gouvernance des ressources ainsi que sur d’autres sujets liés à la gestion de l’environnement ou à l’agriculture saine et durable