I. Contexte

    1.1. Politique

Parmi les nombreuses réformes entamées (des institutions, fiscale, décentralisation,...) depuis l’accès de Macky Sall au pouvoir, celle sur le foncier a été marquée en 2017, au grand regret de la société civile,par l’arrêt du processus inclusif et participatif adopté par le gouvernement sénégalais depuis 2015.

Au niveau du secteur agricole, les différentes politiques et stratégies agricoles nationales qui se sont succédé, depuis l’indépendance, indiquent la ferme volonté politique de faire de l’agriculture un secteur prioritaire. Toutefois, elles n’ont jusque là pas entraîné d’améliorations durables dans les conditions d’existence des ruraux.

Depuis 2014, le PRACAS est articulé à la LOASP et au PNIA dont il hiérarchise, à moyen terme, les actions du volet agriculture, en ciblant les filières porteuses (riz, oignon, arachide, fruits et légumes). Adossé aux objectifs du PSE, le PRACAS poursuit 4 objectifs stratégiques, parmi lesquels l’intensification de la production et l’émergence d’un entreprenariat agricole et rurale basée sur une synergie «intelligente»entre l’agro-business et l’agriculture familiale.

Ainsi, en dépit de la forte mobilisation de la société civile ces dernières années et de la reconnaissance de «nouveaux droits»aux citoyens sur «leurs patrimoines fonciers et leurs ressources naturelles»depuis 2016(referendum constitutionnel), le gouvernement sénégalais continu d’octroyer de grandes superficies de terres arables à des agro-industriels sous prétexte qu’ils seraient des projets «d’utilité publique». Se fut notamment le cas dans la commune de Dodel (au Fouta),en 2017,avec l’attribution par décret présidentiel de 10 000 hectares à une société marocaine.

Néanmoins, à moins de 18 mois des prochaines élections présidentielles, l’Etat du Sénégal a su garder une oreille attentive aux revendications de la société civile et des populations victimes de cet accaparement de terres, en annulant finalement ce projet agro-industriel.La société civile, à travers le CRAFS,espère vivement que les élections à venir seront également une opportunité pour forcer l’Etat à reprendre le processus inclusif et participatif de réforme foncière et l’interpeler sur une nouvelle loi votée «en silence» en janvier 2017 qui menace les droits fonciers des sociétés paysannes. Il s’agit de la loi n°2017-06du 06 janvier 2017 portant sur les zones économiques spéciales (ZES),notamment celles orientées vers le développement de l’agrobusiness, qui sont créées par décret après la réalisation d’une étude d’opportunité initiée par le Ministre chargé de la Promotion des Investissements. Cette loi constitue une menace dès lors qu’elle vise la privatisation des terres des ZES et leur administration par l’Agence nationale chargée de la promotion de l'investissement et des grands travaux (APIX) qui sera chargée d’attribuer des baux emphytéotiques aux privés désirant investir.

    1.2. Economique et social

La campagne agricole 2017-2018 a été jugée plus favorable que la précédente sur l’ensemble du pays en dépit d’un arrêt précoce des pluies dans la partie du nord du Sénégal qui, dès lors,fait face à une situation de crise humanitaire. La période de soudure sera précoce, frappant les familles les plus vulnérables dès le mois de mars 2018. Le fait de sécheresse est aggravé par le manque de crue annuelle dans le fleuve Senégal et ses affluents où l’on observe un niveau bas record. Ce niveau extrême est dû à la politique favorisant la production du courant à partir du barrage de Manantali au lieu de rendre l’eau disponible pour la production agricole.

Au niveau national, les enquêtes nutritionnelles réalisées fin 2017 montrent une certaine amélioration de la situation nutritionnelle,mais celle-ci reste encore précaire. Dans les 5 régions les plus affectées(Partie Est du Sénégal), plus de 484 000 personnes auront besoin d’assistance nutritionnelle en 2018.

Le taux de la pauvreté reste élevé, notamment en raison du faible taux de croissance du PIB (3.3% en moyenne sous le régime de Macky Sall). Et même si on a constaté un envol depuis2016, les retombés de cette croissance n’arrive guère aux couches sociales défavorisées, notamment aux exploitations familiales en milieu rural.