"Environnement Développement Action pour la Protection Naturelle des Terroirs"
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Disparition des sociétés paysannes, une tendance lourde

Malgré les efforts de l’Etat et l’appui non négligeable des partenaires au développement et des organisations de la société civile, la pauvreté du monde rural demeure une réalité visible à tous les niveaux. Un manque de vision et de volonté politique a contribué à dévaloriser progressivement l’agriculture et le métier de paysan. Au niveau des politiques publiques, on note un déséquilibre manifeste en termes d’investissements entre le rural et l’urbain. La dégradation progressive des ressources naturelles contribue à rendre encore les zones rurles plus vunérables. L’exode des ruraux, notamment chez les jeunes, vers la ville et l’extérieur reste l’alternative et l’espoir pour les masses rurales désœuvrée, malheureusement cet espoir se transformes souvent en désillusions…
Le principe de la décentralisation qui en est à son troisième acte et l’orientation agro-sylvo-pastorale pour 20 ans telle que posée par la LOASP de 2004 pouvaient être des instruments et une opportunité pour un développement participatif et la réappropriation de la gouvernance et de la souveraineté par les populations à travers une véritable territorialisation des politiques publiques et une revalorisation de la chaine de métiers issus du secteur primaire. Malheureusement, la décentralisation n’a pas eu les effets escomptés du fait d’un manque de ressources à la fois financières et humaines. La politisation de la sphère publique a limité les effets escomptés de la décentalisation en ce sens que le conseil local, une fois élu, priorise les intérêts de son parti politique au détriment de ceux de son terroir. Dans un tel contexte, seule la prise en compte d’une vision collective consensuelle par des conseillers choisis pour leurs compétences et leur attachement à leur terroir permettra une utilisation efficace des instruments de la décentralisation. C’est dans cette démarche qu’ils pourront élaborer des plans locaux de développement qui prennent en compte les préoccupations et besoins des populations. Ils pourront développer leurs compétences en concevant la communauté comme une communauté éducative qui évolue dans une démarche de recherche action pour trouver une issue à la tendance lourde.

Souveraineté alimentaire : une priorité menacée par l’accaparement des terres

La monétarisation de l’économie et la priorisation des cultures de rente (arachique, coton, etc.) au détriment des cultures vivrières avait fortement entamé la souveraineté alimentaire des populations durant la période coloniales et postes coloniales. Le phénomène d’accaparement des terres constitue une nouvelle menace de perte de souveraineté. Des investisseurs essaient de s’emparer de terres agricoles en Asie, en Afrique et en Amérique latine, sous prétexte d’apporter une réponse aux crises alimentaires. Plusieurs nations se sont lancées à la recherche de vastes étendues de terres cultivables à acquérir pour y faire pousser du riz, dans le but de nourrir leurs populations en plein essor. Plus de 40 millions d’hectares ont déjà fait l’objet de transactions foncières (dont 850 000 au Sénégal, source : COPAGEN, 2013). En contrepartie de contrats fonciers, ces Etats promettent de mettre en place une coopération politique, économique et financière en faveur des pays en développement. En réalité, même si les gouvernements facilitent les accords, ce sont des entreprises privées qui prennent le contrôle de la terre. Et leurs intérêts ne sont tout simplement pas les mêmes que ceux des gouvernements. La recherche de profits à court terme les pousse à adopter des pratiques qui détruisent les sols (utilisations abusives de produits chimiques), pollue l’eau et l’environnement et créent la pauvreté en milieu rural à travers des modèles d’affaires qui place les populations locales au rang d’ouvriers agricoles.
Les investisseurs privés considèrent les terres arables dans les pays émergents comme une nouvelle source de revenus garantis compte tenu de l’augmentation du prix des denrées alimentaires. Les petits agriculteurs se voient privés de l’accès indispensable à la terre et à l’eau et les communautés locales auront encore moins accès à l’alimentation. Et pourtant, le plus souvent, ils ne sont même pas tenus au courant de ces accords ni impliqués dans des décisions qui vont affecter des terres qu’ils cultivent depuis des générations.
L’agriculture sénégalaise est en crise dans un contexte d’insécurité alimentaire, tant au niveau de la quantité que de la qualité. Il est impératif que les ONGS, les OP et leurs alliés accompagnent les communautés pauvres dans la protection de leurs droits d’accès à la terre pour jeter les bases de leur souveraineté alimentaire et assurer un avenir aux générations futures.

Changements climatiques et dégradation des ressources naturelles, un défi majeur

Les crises répétées créées par la mondialisation interrogent la pertinence des modèles de production et de consommation dévastatrices sur l’environnement. Après la révolution verte des années 60 qui a permis l’introduction des pesticides et engrais chimiques dans la vie des paysans et la désillusion qui s’en est suivie, les multinationales font aujourd’hui pression sur les Etats pour introduire les OGM en Afrique ; encore une stratégie pour rendre les producteurs plus dépendants du système et réduire à néant l’agriculture paysanne.
Le Sénégal fait face à une insécurité alimentaire liée au statut de pauvreté des ménages qui subissent des conditions économiques et environnementales défavorables (sècheresse, dégradation des 2/3 des terres arables ,…) et à des politiques publiques nationales, sous régionales et internationales inadaptées.
Il devient urgent de revoir les systèmes de production car le stock d’énergie et de matières premières diminue, alors que la consommation ne cesse d’augmenter. Le seul moyen de garantir la paix, la démocratie et la solidarité est donc de partager équitablement ces ressources limitées.
Au niveau paysan, l’adaptation aux changements climatiques a toujours existé. Elle se matérialise à travers la gestion de la biodiversité par la production et la conservation de variétés de semences paysannes capables de s’adapter à la sécheresse ou au retour des pluies. Mais aussi, par des mobilisations villageoises autour de la lutte antiérosive, la construction d’aménagements qui permettent de freiner l’eau de ruissellement et de réalimenter les nappes d’eau souterraines. Ou encore, à travers des activités de reboisement qui permettent de récupérer les terres salinisées.
II a été démontré que les systèmes de production agro écologique portés par les agriculteurs locaux sont capables d’assurer et de maintenir la souveraineté alimentaire locale, la souveraineté, les services écosystémiques et la biodiversité. Malgré son fort potentiel et les multiples initiatives en cours, l’alternative agroécologique peine à prendre de l’essor en Afrique de l’Ouest du fait des verrous structurels qui favorisent l’industrialisation du système de production agroalimentaire.
Aujourd’hui il existe au niveau local des modèles de réussite en matière d’agroécologie à l’échelle locale en terme d’expérimentation technique et de cadre sur la gouvernance des ressources. Au niveau national et sous-régional également plusieurs dynamiques multi acteurs sont mises en place avec une diversité d’acteurs.
Cependant, le plus grand défi à lever reste : l’engagement et la coordination de l’ensemble des acteurs pour la mise à l’échelle de la transition agro écologique.