"Environnement Développement Action pour la Protection Naturelle des Terroirs"
54, Rue Carnot , Immeuble Cheikh Hamidou KANE Dakar , Plateau
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BP
3370

Enda Pronat (« Environnement Développement Action pour la Protection Naturelle des Terroirs ») est une ONG membre du réseau international Enda Tiers Monde. Elle est née du constat fait par Enda Tiers Monde sur la situation de dégradation de l’environnement liée à plusieurs phénomènes dont :
 l’introduction des pesticides et engrais chimiques qui présentent des dangers en termes de santé animale et humaine et affectent fortement les sols des zones de culture ;
 la coupe abusive du bois pour faire du charbon
 le développement des monocultures d’arachide dans le bassin arachidier, de coton dans le Sénégal oriental, et de riz dans la Vallée du fleuve Sénégal avec l’exploitation abusive de la forêt de gonakier ;
 les effets des barrages de Diama et Manantali au niveau du bassin du fleuve Sénégal qui ont modifié l’hydrographie du milieu, et ont engendré la disparition des systèmes de production naturels à partir des décrues.
Les populations font donc face à des terres fortement déboisées et dégradées et dans un contexte où les conditions de production ne sont plus à leur portée.
Cette situation a été rendue plus difficile par des années de sécheresses très longues depuis 1973, au Sénégal et dans tous les pays du Sahel, qui ont entrainé une baisse de la production agricole, de la biomasse et des ressources en eau, affectant l’élevage et occasionnant de plus en plus de conflits entre les différents acteurs pour l’accès aux ressources naturelles. De plus, les impacts de l’évolution de la démographie sur les ressources naturelles n’ont pas été bien gérés, alors que celles-ci sont de plus en plus affectées par la salinisation et l’acidification des terres, ou encore la rareté des pluies. Ceci ajouté à la baisse de la fertilité a poussé les acteurs ruraux à se désengager de plus en plus de l’agriculture et à favoriser l’exode rural vers les villes, créant une urbanisation agressive envers l’environnement.
Le Sénégal se retrouve ainsi avec deux situations : un milieu rural très affecté par les effets des changements climatiques et par la pauvreté, et un monde urbain relativement prospère mais avec une forte concentration humaine (notamment avec des jeunes venant des villages) et des pollutions de toute sorte qui affectent le bien-être des citadins, plus particulièrement à Dakar .
C’est ce contexte difficile qui a poussé Enda Pronat à s’inscrire depuis le début des années 80 dans une démarche de recherche-action avec les communautés locales rurales sur la préservation de l’environnement et des stratégies d’adaptation aux changements climatiques pour une maitrise de la souveraineté alimentaire et la lutte contre la pauvreté en milieu rural notamment.
Au fil des années, Enda a réfléchi avec les acteurs de base sur un projet de société qui met en avant la promotion de l’agro-écologie perçue comme un projet alternatif au modèle convention de production et de consommation.
Enda a élaboré en 2016 un plan stratégique décennal qui décline les grands axes de ce programme. Entretemps, le contexte a évolué avec notamment une meilleure reconnaissance au niveau internationale de l’Agroécologie comme solution au défi de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle et aux impacts des changements climatiques (source), de même que son adoption politique par les décideurs au national avec la transition agroécologique qui est désormais citée comme axe majeure dans les politiques politiques.
C’est pourquoi Enda pronat a jugé nécessaire de réactualiser le plan stratégique pour une meilleure prise en compte des de ces évolutions.

I. Evolution et identité d’Enda Pronat : de la lutte contre les pesticides à la promotion d’une Agriculture Saine et Durable

Créé en 1982, à la suite d’une étude révélant les impacts négatifs de la révolution verte sur l’environnement et la santé des populations, Enda Pronat a développé une recherche-action avec des communautés paysannes au Sénégal, en vue de promouvoir un projet de société alternatif, intégré, sain et durable. Cette démarche l’a conduite à développer une stratégie d’appui à l’émergence d’organisations paysannes capables de s’approprier et de mettre en pratique le concept d’agroécologie comme alternative au modèle agricole productiviste et comme solution de résilience aux changements climatiques. Le schéma ci-dessous retrace la trajectoire d’évolution d’Enda Pronat depuis sa création.
Il met en relief les grandes étapes au cours desquelles on est passé de la sensibilisation sur les dangers des pesticides comme porte d’entrée démarche d’accompagnement des dynamiques paysannes pour intervenir dans les terroirs, vers une diversité de thématiques qui ensemble constitue le modèle intégré de développement que les paysans de la fédérations des agropasteurs de Diender ont baptisé ASD. Ce concept a été enrichi par une diversité d’acteurs lors de l’atelier national multi acteurs de 2008 à Mbour (cf. Définition ASD) et correspond à la conception que nous et nos partenaires avons de l’agroécologie.
L’Agriculture Saine et Durable (ASD) est une agriculture paysanne productive, rentable et respectueuse de
l’environnement et de la santé humaine et animale qui repose sur :
– des techniques de production agro écologiques ;
– la protection de l’environnement ;
– la présence d’organisations paysannes solides qui rendent service à leurs membres ;
– la valorisation locale des produits (autoconsommation, transformation, marchés de proximité) ;
– une politique de gouvernance locale transparente qui implique toutes les couches sociales ;
– une rentabilité économique basée sur des filières équitables ;
– une jeunesse citoyenne éduquée, formée, sensible à la gestion durable des ressources naturelles.
Définition issue de l’atelier national de Mbour co-organisé avec le Ministère de l’Agriculture, août 2008
Figure 1 : Trajectoire historique de Enda Pronat
L’action de Pronat s’est illustrée au niveau local, à travers des expérimentations menées avec des organisations paysannes (OP) dans quatre des zones agroécologiques du Sénégal les plus affectées par l’utilisation des produits agrochimiques : la Fédération des Agro-Pasteurs de Diender et Woobin dans les Niayes, Ngatamaaré Tooro dans la moyenne vallée du fleuve Sénégal, Yakaar Niani Wulli dans le Sénégal Oriental et l’Union des Collectivités de Tattaguine dans le bassin arachidier.
Les résultats de ces expérimentations alimentent le plaidoyer à travers des réseaux au niveau national et international pour la sécurisation des ressources naturelles et l’intégration de l’Agroécologie dans les politiques et stratégies de développement agricole.
L’adoption de comportement agro écologiques par les producteurs/trices ; l’émergence d’OP fortes ; le développement d’un leadership féminin
(Réseau National des Femmes Rurales) ; l’émergence de réseaux nationaux et sous régionaux (COPAGEN, FENAB et CRAFS) et leur mobilisation pour la sécurisation des ressources naturelles, et du foncier en particulier, sont les changements les plus significatifs qui marquent l’intervention de Enda Pronat dans ses différents lieux sociaux.

Toute cette trajectoire a été capitalisée et diffusée à travers deux publications : : « Des pesticides à une Agriculture Saine et Durable –La Souveraineté des Peuples » 2010 et : « Et si on écoutait la terre, pour une agriculture paysanne durable » 2016.

La recherche-action menée par Enda Pronat et ses partenaires depuis 1986 a évolué progressivement d’une échelle assez réduite autour de quelques individus à l’échelle parcelle ou exploitations familiales pour aller vers des dynamiques plus collectives (des groupements, fédrations de producteurs/trices) et déboucher vers une approche plus intégrée à une échelle plus élargies: village, terroir et territoire et impliquant toutes les composantes des communautés locales.

L’expérimentation d’outils comme le champ école paysan (CEP) et l’approche village ont favorisé l’apprentissage en groupe et la diffusion des résultats des expérimentations et leur mise en pratique. La mise en œuvre des pratiques agroécologiques à l’échelle des exploitations familiales et des groupements est en train d’être renforcée et pérennisée par l’élaboration et la mise en œuvre, avec tous les autres acteurs des communautés (élu-e-s, enseignant-e-s, services techniques, etc.), de mécanismes et d’outils de gouvernance locale et durable des ressources naturelles. Ce processus prend de plus en plus forme dans 10 communes ciblées à travers la mise en place de cadres de concertations multi-acteurs, de conventions locales ou de plans de gestion écologique des terroirs. Il a mobilisé jusqu’en 2019 plus de 80 villages, constituant ainsi, une première étape de mise à l’échelle de la transition agroécologique. Parmi les résultats phares récents, on peut citer l’engagement des autorités locales dans les communautés partenaires de Enda Pronat et l’émergence d’un Réseau d’une trentaine de communes et villes vertes du Sénégal (REVES) qui a pour objectif de contribuer au développement de politiques territoriales fondées sur les principes de l’agro-écologie surtout en terme de bonne gouvernance des ressources naturelles.
Le plaidoyer envers l’Etat porté depuis le début des premières expérimentations par Enda pronat et ses partanaires s’est muée progressivement en un véritable dialogue politique surtout depuis 2008 avec l’organisation conjointe d’ateliers de bilans et de réflexions qui ont abouti à la mise en œuvre partielle d’un programme et d’une ligne budgétaire dédiée à l’agro-écologie au niveau du MAER. Mais suite à des remaniements ministériels, ce dialogue politique a été rompu.
Enda Pronat et les autres partenaires ont tout de même poursuivi le processus en cherchant à tisser des liens avec plusieurs instituts de recherche comme le (Laboratoire Mixte d’Intensification Ecologique qui réunit des institutions de recherche nationales et internationales), les universités et centre de formation dans le but de coordonner leurs efforts, d’élaborer conjointement des stratégies d’action, et co-concevoir de nouvelles méthodes de travail sur la base des expériences pour faciliter la mise à l’échelle d’une transition agroécologique au Sénégal.

Pour renforcer la dynamique de plaidoyer au niveau national et sous-régional, Enda Pronat a contribué à la création de plusieurs réseaux comme le Cadre de Réflexion et d’Action sur le Foncier au Sénégal (CRAFS) et la Coalition pour la protection du Génétique Africain (COPAGEN). Elle est également membre fondateur de l’Alliance pour l’Agroécologie en Afrique de l’Ouest (3AO). Ainsi, au niveau local, national et sous-régional, Enda Pronat anime plusieurs dynamiques multi acteurs sur la TAE et participe à des cadres de dialogue politique au niveau national (sur les investissements agricoles, la biosécurité et la gouvernance foncière,…) dans le cadre des coalitions nationales d’organisations de la société civile (OSC) telles que le Groupe de Dialogue Social et Politique (GDSP), Ces espaces constituent également des opportunités pour Enda Pronat d’animer le dialogue au sein des OSC et y inclure progressivement les décideurs en vue de les convaincre de la nécessité de soutenir la TAE.
Ces alliances et coalitions ont permis d’intensifier le plaidoyer politique et de renouer le dialogue avec les décideurs à travers notamment l’organisation des journées agroécologiques dont la première édition qui a eu lieu en 2016 a été co-organiser avec le Ministère de l’Agriculture et de l’Equipement Rural.
Depuis lors, le dialogue avec les décideurs a permis un certain nombre d’avancées en 2018, puisque :
– la capacité de l’agroécologie à répondre aux défis de la souveraineté alimentaire et de la promotion de moyens d’existence résilients a été reconnue publiquement par les autorités politiques, en l’occurrence, le Ministre chargé de l’agriculture à l’occasion des journées de l’agroécologie (JAE) ;
– les jalons ont été posés pour l’institutionnalisation de la transition agroécologique, à travers l’intégration de cette exigence dans le Programme National d’Investissement Agricole et de Souveraineté alimentaire et Nutritionnelle (PNIASAN) 2018-2022;
– le Sénégal a été choisi comme l’un de 4 pays pilotes au niveau mondial dans le cadre du programme « Scaling-Up Agroecology » de la FAO ;
– la transition agroécologique constitue le 4ième axe du Président de la République, Macky Sall, dans son programme politique (à revoir)

Ce contexte favorable constitue une opportunité inédite pour une véritable mise à l’échelle de la transition agroécologique et lui donne le caractère d’un projet sociétal, mais cela nécessite une organisation et un travail méthodique que seule une démarche intersectorielle et un engagement de l’ensemble des acteurs à travers un partenariat solide peuvent impulser.
C’est dans ce sens qu’Enda Pronat a initié la mise en place, en mai 2019, de la Dynamique sur la Transition Agroécologique au Sénégal (DyTAES) qui est composée de faitières paysannes engagées dans l’agroécologie (FENAB, CNCR) et d’autres acteurs qui peuvent appuyer politiquement ou sur le plan de la recherche la transition agroécologique (TAE) au Sénégal, comme le Réseau des Communes et Villes Vertes (REVES), des ONG locales et internationales, l’Académie des Sciences et Techniques du Sénégal (ANSTS), le Centre International de Recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD).
Ces acteurs ont pris l’engagement de conduire un processus de co-construction d’un document de contribution aux politiques nationales sur la TAE en partant des préoccupations de la base. C’est dans ce sens qu’entre aout et novembre 2019, ont été organisés des ateliers de consultation dans les 6 zones éco-géographiques du Sénégal et un atelier national de restitution. Le document de contribution politique validé a été remis au Chef de l’Etat du Sénégal lors des journées de l’Agroécologie de janvier 2020.