Enda Pronat a participé au quatrième Congrès Mondial de l’Agroforesterie à Montpellier au Palais des congrès Le Corum, du 20 au 25 mai 2019, avec 1200 participant-e-s, 600 posters et 200 communications. Cet événement, qui a lieu tous les cinq ans, était organisé pour la première fois en Europe, par le Cirad et l’Inra, en partenariat avec Agropolis International et l’Université de Montpellier d’Excellence. Ayant réuni un nombre égal de participants de régions tropicales et tempérées où le regain d’intérêt pour l’agroforesterie est plus récent, le congrès avait pour objectif général de renforcer les liens entre la science, la société et les politiques publiques et de combler le fossé entre la recherche et les politiques publiques.

L’agroforesterie est un système de gestion des ressources qui est dynamique, écologique et naturel et qui par l’intégration des arbres dans le paysage, permet une production durable et diversifiée, procurant aux paysan-ne-s des bénéfices sociaux, économiques et environnementaux (Leakey, 1996). Elle apparait dès lors comme un outil précieux permettant de concilier développement socioéconomique et la gestion durable des ressources naturelles, et fait appel à une diversité d’acteurs. C’est ainsi que ce quatrième Congrès Mondial de l’Agroforesterie a vu la participation de chercheurs, décideurs, acteurs de développement et étudiants, afin de discuter sur toutes les grandes questions de recherche en agroforesterie.

Des sessions parallèles en plénières se sont tenues sur des thématiques diverses et interconnectées. Il a été rappelé que l’agroforesterie consiste à protéger, conserver les arbres dans les parcs agroforestiers et introduire des espèces ligneuses afin de répondre aux défis agroenvironnementaux relatifs à la baisse des rendements agricoles, l’érosion du sol, les effets des changements climatiques, la problématique de la gestion de l’eau, la perte de biodiversité des espèces végétales et fauniques, etc.

De nombreux témoignages ont porté sur les avancées notées dans la recherche en agroforesterie et son expansion au niveau mondial. De plus, des communications en plénière ont également montré la contribution de l’agroforesterie dans les défis actuels du monde. Pour preuve, le Directeur du centre de recherche Start international[1] a affirmé que l’« agroforesterie ne doit pas être une agriculture pour les pauvres. Elle doit être une agriculture qui fait face au défi actuel de l’Afrique notamment l’emploi des jeunes. Pour cela, la création des entreprises agroforestières est nécessaire à la base pour la valorisation des Produits Forestiers Non Ligneux (PFNL) ».

Enda Pronat, en tant qu’ONG active dans le reverdissement et dans l’agroécologie, a fait une communication sur « Natural Assisted Regeneration of woody species in agrosystems of Senegal: agroecological advantages and constraints » pour la session Agroforestery and agroecology : Challenges and opportinuty. Dans cette communication, Enda Pronat a mis en avant :

  • La contribution positive des pratiques agro écologiques sur le développement de la régénération naturelle assistée (RNA) : par exemple, l’épandage de fumier organique améliore la faculté germinative des graines à dormance tégumentaire une fois prétraitées dans le tube digestif des animaux lors du transit. Les espèces dont les graines sont le plus prétraitées sont Faidherbia albida, Balanites aegytiaca Zizyphus mauritiana et Sclerocarya birrea.
  • Les potentiels avantages agro écologiques de la pratique : d’abord, les jeunes pousses des espèces comme Piliostigma reticulatum, Faidherbia albida, Leucena leucocephala et Guiera senegelensis sont protégées par les producteurs au plan agronomique dans le but de fertiliser et d’augmenter la diversité microbienne du sol. Ensuite, au plan pastoral, des espèces comme Acacia raddianna, Faidherbia albida et Adansonia digitata sont maintenues pour l’alimentation du bétail et la santé animale. Enfin, des espèces en voie de disparition comme Lepisanthes Senegalensis, Acacia werek, Cordyla pinnata sont maintenues pour leur rareté.
  • Les contraintes à la mise à l’échelle de la RNA. La divagation animale, les coupes liées aux activités humaines (les transhumants à la recherche d’alimentation pour leurs troupeaux, les femmes à la recherche du bois et les tradipraticiens), la salinisation des terres, le manque de technicité des producteurs pour les opérations de la RNA et la participation partielle des populations perturbent la mise à l’échelle de la RNA.

La conférence a aussi été l’occasion de visiter les Terres de Roumassouze, principal site d’expérimentation du projet de recherche participative «ARBRATATOUILLE », initié par la SCOP Agroof[2], qui a pour objectif d’améliorer les itinéraires techniques des systèmes agroforestiers maraichers.

Une des principales recommandations de cette conférence a été « reverdir notre planète avec l’agroforesterie ». Et pour y arriver, il est mentionné dans la Déclaration finale intitulée « notre planète a besoin d’arbres », quelques recommandations à l’endroit des décideurs publics et privés et des institutions de recherche :

  • Les décideurs politiques mondiaux, les dirigeants d’entreprises et responsables financiers, ainsi que les principales institutions de recherche doivent s’engager rapidement dans un processus de transformation en profondeur afin de promouvoir les avantages de l’agroforesterie auprès des propriétaires et des gestionnaires de terres de la planète ;
  • Les décideurs, gouvernements et régulateurs de l’économie mondiale doivent également accélérer la conception et la mise en place de mécanismes légaux, réglementaires et de soutien afin d’encourager l’adoption généralisée de l’agroforesterie ;
  • Le secteur privé doit élaborer des modèles financiers et d’investissement permettant de mobiliser les ressources en capital nécessaires pour appuyer la transformation des systèmes agricoles en agroforesterie ;
  • Les instituts de recherche doivent continuer à considérer comme prioritaire l’amélioration continue des systèmes agroforestiers à haute performance, adaptés à toutes les tailles d’exploitations agricoles, zones climatiques et niveaux de revenus ;
  • La collaboration avec les universités est nécessaire pour donner la priorité au développement et à la mise en place de modules pédagogiques destinés aux propriétaires et aux gestionnaires de terres afin de les aider à adopter les solutions agroforestières adaptées à leurs contextes.

[1] https://start.org/

[2] https://www.agroof.net/