"Environnement Développement Action pour la Protection Naturelle des Terroirs"
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25 Avr 2020

Rapport annuel 2017 : Rapport d’activités 2017

I. Contexte

    1.1. Politique

Parmi les nombreuses réformes entamées (des institutions, fiscale, décentralisation,...) depuis l’accès de Macky Sall au pouvoir, celle sur le foncier a été marquée en 2017, au grand regret de la société civile,par l’arrêt du processus inclusif et participatif adopté par le gouvernement sénégalais depuis 2015.

Au niveau du secteur agricole, les différentes politiques et stratégies agricoles nationales qui se sont succédé, depuis l’indépendance, indiquent la ferme volonté politique de faire de l’agriculture un secteur prioritaire. Toutefois, elles n’ont jusque là pas entraîné d’améliorations durables dans les conditions d’existence des ruraux.

Depuis 2014, le PRACAS est articulé à la LOASP et au PNIA dont il hiérarchise, à moyen terme, les actions du volet agriculture, en ciblant les filières porteuses (riz, oignon, arachide, fruits et légumes). Adossé aux objectifs du PSE, le PRACAS poursuit 4 objectifs stratégiques, parmi lesquels l’intensification de la production et l’émergence d’un entreprenariat agricole et rurale basée sur une synergie «intelligente»entre l’agro-business et l’agriculture familiale.

Ainsi, en dépit de la forte mobilisation de la société civile ces dernières années et de la reconnaissance de «nouveaux droits»aux citoyens sur «leurs patrimoines fonciers et leurs ressources naturelles»depuis 2016(referendum constitutionnel), le gouvernement sénégalais continu d’octroyer de grandes superficies de terres arables à des agro-industriels sous prétexte qu’ils seraient des projets «d’utilité publique». Se fut notamment le cas dans la commune de Dodel (au Fouta),en 2017,avec l’attribution par décret présidentiel de 10 000 hectares à une société marocaine.

Néanmoins, à moins de 18 mois des prochaines élections présidentielles, l’Etat du Sénégal a su garder une oreille attentive aux revendications de la société civile et des populations victimes de cet accaparement de terres, en annulant finalement ce projet agro-industriel.La société civile, à travers le CRAFS,espère vivement que les élections à venir seront également une opportunité pour forcer l’Etat à reprendre le processus inclusif et participatif de réforme foncière et l’interpeler sur une nouvelle loi votée «en silence» en janvier 2017 qui menace les droits fonciers des sociétés paysannes. Il s’agit de la loi n°2017-06du 06 janvier 2017 portant sur les zones économiques spéciales (ZES),notamment celles orientées vers le développement de l’agrobusiness, qui sont créées par décret après la réalisation d’une étude d’opportunité initiée par le Ministre chargé de la Promotion des Investissements. Cette loi constitue une menace dès lors qu’elle vise la privatisation des terres des ZES et leur administration par l’Agence nationale chargée de la promotion de l'investissement et des grands travaux (APIX) qui sera chargée d’attribuer des baux emphytéotiques aux privés désirant investir.

    1.2. Economique et social

La campagne agricole 2017-2018 a été jugée plus favorable que la précédente sur l’ensemble du pays en dépit d’un arrêt précoce des pluies dans la partie du nord du Sénégal qui, dès lors,fait face à une situation de crise humanitaire. La période de soudure sera précoce, frappant les familles les plus vulnérables dès le mois de mars 2018. Le fait de sécheresse est aggravé par le manque de crue annuelle dans le fleuve Senégal et ses affluents où l’on observe un niveau bas record. Ce niveau extrême est dû à la politique favorisant la production du courant à partir du barrage de Manantali au lieu de rendre l’eau disponible pour la production agricole.

Au niveau national, les enquêtes nutritionnelles réalisées fin 2017 montrent une certaine amélioration de la situation nutritionnelle,mais celle-ci reste encore précaire. Dans les 5 régions les plus affectées(Partie Est du Sénégal), plus de 484 000 personnes auront besoin d’assistance nutritionnelle en 2018.

Le taux de la pauvreté reste élevé, notamment en raison du faible taux de croissance du PIB (3.3% en moyenne sous le régime de Macky Sall). Et même si on a constaté un envol depuis2016, les retombés de cette croissance n’arrive guère aux couches sociales défavorisées, notamment aux exploitations familiales en milieu rural.

25 Avr 2020

Rapport annuel de 2018

I. Context

    1.1. Politique

Le Sénégal est l’un des pays les plus stables d’Afrique. Son président actuel, Macky Sall dirige le pays depuis mars 2012. Cependant, selon l’opposition politique, cette année est marquée, par un équilibre démocratique fragilisé, suite à des arrestations ou condamnations d’opposants politiques. Après la condamnation pour « détournement de deniers publics » de Khalifa Sall, député et maire de Dakar, figure de proue de l’opposition emprisonné depuis le 7 mars 2017, c’est au tour du maire Barthélémy Dias d’être condamné pour « outrage à magistrat » du fait de sa vive contestation de ladite décision de justice.

Le climat politique a été encore plus tendu lorsque les candidats à la présidentielle au Sénégal ont été tenus d’obtenir le parrainage de 0,8% des citoyens inscrits au fichier électoral et répartis dans au moins 6 régions du pays. La loi sur le parrainage fut votée le 19 avril, dans un climat de tension aux abords de l’Assemblée nationale. Les leaders opposants n’ont pu cependant empêcher l’application de cette loi qui a écarté nombre d’entre eux de ce suffrage national. Ainsi, seuls 5 candidats ont pu se présenter aux élections présidentielles.

Parmi eux, le président Macky Sall, a proclamé, le 2 décembre 2018, lors de son discours d’investiture à la coalition au parti Benno Bokk Yaakaar, sa ferme intention de soutenir la transition agroécologique avec une vision sectorielle : « La quatrième initiative nationale, que je vais lancer, porte sur la transition agro-écologique que nous devons entreprendre pour sécuriser, je dirais même sanctuariser, l’alimentation des générations futures. Nos ressources forestières ont diminué de moitié en soixante ans. Chaque année, nous perdons 40.000 hectares de forêts... La reforestation et la gestion durable de nos forêts apparaissent dès lors comme une exigence nationale. Je leur consacrerai une haute priorité. »

Ainsi, le contexte politique sénégalais n’a jamais été aussi favorable pour le passage à l’échelle de la transition agroécologique. D’ailleurs, le Sénégal a été sélectionné comme pays pilote de l’initiation de passage à l’échelle supérieure de l’agroécologie, dans le cadre de la stratégie de coopération de la FAO avec le Sénégal.

Cependant, en dépit de ces facteurs favorables, la politique de développement agricole et rural reste orientée vers un modèle d’agro-industrialisation qui est basé sur les capitaux privés ; ce qui entraîne le transfert des terres des producteurs ruraux vers les entreprises agricoles et l’accroissement de la vulnérabilité des communautés paysannes. Or, depuis plusieurs décennies, ce modèle n’est pas parvenu à répondre aux multiples défis que le pays doit relever, notamment : (i) la réduction de la dépendance vis-à-vis des importations de denrées alimentaires ; (ii) l’intégration dans les stratégies de développement agricole des besoins d’adaptation et du potentiel d’atténuation des impacts du changement et de la variabilité climatique ; (iii) la préservation de la base des ressources naturelles ; et (vi) la fourniture d’une alimentation saine, nutritive et équilibrée pour l’ensemble de la population.

 

25 Avr 2020

Rapport annuel 2019 : Synthèse des résultats 2016-2019

II. Synthèse des principaux résultats de 2016 à 2019

C’est dans cette situation sociale et économique difficile, dans laquelle on ressent de plus en plus une disparité des richesses, que nous avons poursuivi notre programme qui vise à renforcer la réappropriation de la gouvernance locale par les populations pour la reconquête de leur souveraineté alimentaire à partir d'une approche agro-écologique globale. Cette approche s’appuie sur un plaidoyer pour que l’Etat s’oriente enfin vers des politiques agricoles viables et durables.

La reconquête de la souveraineté alimentaire repose fortement sur les dynamiques locales engagées dans une optique d’un développement durable à l’échelle du terroir. Ce sont les habitants des terroirs (les communautés locales) qui ont le plus d’intérêt à gérer et développer les ressources locales et leurs potentialités pour satisfaire les besoins immédiats et ceux des générations futures alors qu’ils ne possèdent pas encore ou que partiellement ou de manière inéquitable le contrôle sur ces ressources. Et ce sont eux qui doivent être engagés au premier plan dans la recherche des solutions à la fois équitable et démocratique.

Cette approche terroir vise à ce que les communautés locales parviennent à changer les modes de gestion des ressources locales à travers notamment l’élaboration de politiques territoriales cohérentes et arrivent à les défendre au niveau local et national comme un projet de société. Cette gestion écologique et les principes de l’agroécologie en particulier devraient donc se traduire par le développement d’organisations sociales et d’économie durables pour améliorer le bien-être des sociétés paysannes. Tout cela, doit être accompagné par un plaidoyer politique porté à terme parles communautés de base, et en premier lieu par les organisations paysannes partenaires d’Enda Pronat.

De façon générale, depuis mars 2016, nous avons pu avancer avec les communautés de base au niveau principalement des objectifs qui concernent la réappropriation de la gouvernance locale et le plaidoyer pour influencer les politiques publiques et la promotion de l’agro écologie, notamment auprès des institutions de formation et du Ministère de l’Agriculture.

En effet, les activités de plaidoyer pour l’intégration de l’agroécologie dans les politiques agricoles ont commencé à porter leurs fruits, tant au niveau du discours du Ministre de l’Agriculture et de l’Equipement Rural lors des deux dernières éditions des Journées de l’Agroécologie (2018 et 2020) que dans le document du nouveau Programme d’Investissement Agricole pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition (PNIASAN 2018-2025) auquel la société civile, en particulier Enda Pronat, a contribué dans le cadre du Groupe de Dialogue Social et Politique (GDSP). Mais le résultat le plus important du programme est que le Président de la République a, en 2019, intégré la transition agroécologique (TAE) dans le plan d’action prioritaire du PSE 2019-20232.

L’année 2019 a été particulièrement marquée par la mise en place, au niveau national et sous l’impulsion d’Enda Pronat, de la Dynamique pour la Transition Agroécologique au Sénégal (DyTAES) qui a produit, à partir de consultation menées dans les 6 zones écogéographiques du pays, un document de contribution politique sur la TAE qui a été remis au président de la République en janvier 2020 lors des Journées de l’agroécologie.