"Environnement Développement Action pour la Protection Naturelle des Terroirs"
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30 Sep 2019

La Dynamique pour la Transition Agroécologique au Sénégal reçue par le Ministre de l’agriculture et de l’équipement rural

Reçue en audience par le Ministre Moussa Baldé le lundi 23 septembre 2019, une délégation de la Dynamique pour la Transition Agroécologique au Sénégal (DyTAES) a présenté la feuille de route de ce groupe multi acteurs engagé pour la transition agroécologique du Sénégal.

Cette délégation était composée entre autres de représentants de faitières paysannes (CNCR, Réseau National des Femmes Rurales du Sénégal), d’ONGs nationales comme Enda Pronat, du Réseau des villes et communes vertes et écologiques du Sénégal (REVES), de l’association de consommateurs CICODEV, de la Coalition sous régionale pour la protection du patrimoine génétique africain (COPAGEN), de l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ou encore du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD). L’objet de l’audience était de présenter la dynamique au sein de laquelle ce groupe d’acteurs est engagé pour la contribution à la transition agroécologique au Sénégal, ainsi que sa feuille de route, et de trouver chez le ministre et l’Etat un interlocuteur pour travailler ensemble à la mise en œuvre de cette vision forte.

En effet, depuis plusieurs années, ces organisations ont initié une diversité d’activités pour la promotion de l’agroécologie au Sénégal, telles que des sensibilisations, des expérimentations de terrain, la diffusion des bonnes pratiques et le plaidoyer envers les décideurs, notamment à travers l’organisation des Journées de l’agroécologie organisées avec l’implication du MAER depuis 2008. L’agroécologie est aujourd’hui reconnue comme un moyen de lutter contre les changements climatiques, de restaurer les sols, de fournir des produits de qualité, de créer des emplois et de la richesse.

Et lorsqu’en début d’année, le Président de la République avait affirmé sa volonté de faire de la transition agroécologique un axe prioritaire de son quinquennat, au sein du PSE Vert, les acteurs de l’agroécologie avaient décidé de se rassembler au sein de la Dynamique sur la Transition Agroécologique au Sénégal (DyTAES). Dans un souci de soutenir le gouvernement dans son ambition, et conscient que la Transition Agroécologique est un projet de société qui nécessite la mise en synergie de tous les acteurs, ce groupe multi acteurs avait alors pris l’engagement de conduire un processus de co-construction d’un document de contribution aux politiques nationales sur la transition agroécologique, en partant des préoccupations de la base, pour donner une contribution forte à cette vision en vue de faire du Sénégal un pays pilote dans la mise à l’échelle de l’agroécologie.

C’est dans ce sens qu’une série d’ateliers de consultation sont organisés entre aout et octobre 2019 dans les 6 zones éco-géographiques du Sénégal. Ces ateliers seront sanctionnés par un atelier national de validation du document de contribution aux politiques nationales sur la transition agroécologique, les 4 et 5 novembre 2019. L’idée étant de remettre ensuite ce document validé au Chef de l’Etat du Sénégal lors de la 3eme édition des Journées de l’Agroécologie qui devrait se tenir fin janvier 2020 en présence d’experts sous-régionaux et internationaux.

25 Sep 2019

Ouvrages Biologiques pour renforcer la lutte contre l’érosion hydrique des sols

ENDA Pronat et la fédération Woobin accompagnent les populations de la commune Keur Moussa au Sénégal depuis une dizaine d’années, dans le développement d’une agriculture saine et durable, à travers des formations sur les techniques de productions agroécologiques, mais aussi des techniques de récupération des terres agricoles fortement dégradées et incultes, par la mise en place d’ouvrages de lutte anti-érosive et le reboisement.

La fédération paysanne Woobin est née en 2007, avec l’appui d’Enda Pronat, à partir de Comités Villageois de Développement des 36 villages de la Communauté Rurale de Keur Moussa (Région de Thiès) pour promouvoir une Agriculture Saine et Durable et notamment régénérer les ressources naturelles (sols, eau, végétation) de leur terroir. Depuis lors, Enda Pronat et Woobin mettent en œuvre un programme de renforcement de capacités des communautés de la zone afin de contribuer à l’atteinte de leur sécurité alimentaire et nutritionnelle. Cet accompagnement est axé principalement sur l’appui à la production agroécologique et la lutte anti érosive accompagnée de reboisement.

En effet, alors que le Centre et le Nord de la commune où l’eau d’irrigation est accessible, sont caractérisés par l’arboriculture et le maraichage principalement, les premiers diagnostics menés par les populations ont montré que la zone Sud, où les nappes d’eaux sont profondes, est soumise à une forte érosion hydrique qui emporte toutes les couches fertiles des terres et menace les villages.

Des formations et appui techniques et matériels sont fournis aux populations pour mettre en place des ouvrages antiérosifs mécaniques tels que des diguettes, fascines, demi-lunes, ponts filtrants et d’autres ouvrages.

De 2007 à 2017, ces actions ont contribué à la réduction du ruissellement, au retour de la végétation et à la récupération de 114,47 ha de terres dégradées dans sept villages. En 2015, une étude commanditée au cabinet GEODEF a montré dans son plan d’aménagement global des ouvrages de LAE qu’il ne suffisait pas seulement des ouvrages mécaniques pour lutter contre l’érosion mais aussi des ouvrages biologiques pour renforcer ces derniers.

Or, en parallèle de la mise en place des ouvrages, des comités observatoires composés des membres des villages qui interviennent dans les activités de lutte anti érosive (LAE), avaient été mis en place pour assurer le suivi des impacts de la LAE. Ces comités ont donc été formés par l’agent du Service des Eaux et Forêts de Pout sur les techniques de pépinières forestières. De 2014 à 2016, les membres des comités ont ainsi reboisé 28 675 plants d’acacia mellifera et acacia senegal, choisis par les comités pour leur résistance au stress hydrique. Ces arbres ont permis de contribuer à la préservation des sols mais aussi de sécuriser les exploitations agricoles des producteurs dans les villages.

Plus de 200 ouvrages antiérosifs ont été réalisés de 2007 à 2017, et plus de 80 supplémentaires de 2017 à nos jours. En 2019, les comités ont décidé de mettre en place 29 877 plants (d’acacia mellifera, acacia senegal, acacia nilotica, anacardier, moringa oleifera, prosopis juliflora, leuceana leucocephala).

Les populations ont pu constater elles-mêmes que les plants reboisés ont une action protectrice contre le vent et la pluie. La présence de racines abondantes dans le sol permet de fixer et de retenir les parties désagrégées de la roche, et donc de limiter considérablement l’érosion mécanique des sols. Les arbres permettent aussi qu’une partie de l’eau de pluie s’infiltre directement dans le sol pour alimenter les nappes phréatiques, mais aussi la production de litière pour la fertilité des sols. Grâce au phénomène de l’évapotranspiration, les arbres contribuent enfin à transférer de l’eau vers l’atmosphère, et participent ainsi pleinement au cycle de l’eau. Outre ces éléments positifs, l’aménagement des haies vives au niveau des exploitations agricoles réduit également les risques de conflits entre éleveurs et agriculteurs dans la zone, limitant les risques d’intrusion des troupeaux dans les champs.

 

 

05 Août 2019

4e édition du sommet international Désertif’actions à Ouagadougou

Du 19 au 22 juin 2019, Enda Pronat a participé au sommet international Désertif’actions à Ouagadougou au Burkina Faso. Cet événement, co organisé par l’ONG CARI[1], le SPONG[2] et la CNULCD[3], a regroupé environ 370 participant-e-s (ONG, scientifiques, collectivités locales, institutions internationales, acteurs des secteurs privés et publics…) de 40 pays du monde. Les échanges ont porté sur la problématique de la dégradation des terres, à travers les prismes de la désertification, de la protection de la biodiversité, de l’adaptation au changement climatique et de leurs conséquences au Nord comme au Sud.

Cette 4e édition du Sommet Désertif’actions était organisée pour la première fois sur le continent africain. Elle a vu la participation d’éminentes personnalités dont :

  1. Batio Bassiere, Ministre de l’environnement, de l’économie verte et du changement climatique du Burkina Faso, qui a présidé le sommet et a évoqué l’engagement du Burkina Faso à soutenir les acteurs de désertif’actions dans le plaidoyer pour la reconnaissance de leurs recommandations, notamment lors de la prochaine COP.

M Ibrahima Thiaw, Secrétaire Exécutif de la CNULCD, qui a interpelé l’assistance en ces termes : « Notre génération fait face à un défi existentiel. Le monde n’a jamais accumulé autant de richesses matérielles, mais il n’a jamais été aussi pauvre moralement. Nous n’avons jamais accumulé autant de connaissances, mais nous n’avons jamais autant ignoré les résultats de la science. Pourquoi marchons-nous sur la tête alors que nous avons des pieds ? »

M Patrice Burger, Président de l’ONG CARI qui a déclaré sur un ton grave que « Nous sommes à un point de basculement du changement climatique. Nous devons apprendre à vivre avec les mauvaises nouvelles, et questionner de manière critique l’avenir probable pour essayer de faire en sorte qu’un autre avenir soit possible. L’agroécologie porte des promesses importantes. » Il a conclu en scandant : « Nous sommes la terre qui se bat contre la désertification ! »

Les participant-e-s ont également eu le privilège d’échanger avec des militants et praticiens de l’agroécologie.

Ainsi, une grande variété d’acteurs a pu, pendant 4 jours, débattre et réfléchir sur l’enjeu majeur et mondial de la désertification. Les exposés et travaux de groupe ont porté sur la place des terres dans les initiatives en Afrique, l’agroécologie face à la désertification, l’Initiative de la Grande Muraille Verte, le pastoralisme en zone aride, la mise en œuvre de la neutralité en matière de dégradation des terres et en lien avec la gestion foncière, les multi-usages et la gestion intégrée des ressources en eau, ou encore les financements de la lutte contre la désertification. Enda Pronat a eu à partager son expérience notamment en termes de reverdissement à travers la pratique de la RNA, d’agroécologie, de gouvernance des ressources naturelles et de plaidoyer.

[1] http://www.cariassociation.org/

[2] http://www.spong.bf/

[3] https://www.unccd.int/ – La Convention des Nations Unies de Lutte Contre la Diversification a été adoptée le 17 juin 1994, suite au Sommet de la Terre de Rio. Elle vise à « l’amélioration de la productivité des terres ainsi que sur la remise en état, la conservation et une gestion durable des ressources en terres et en eau, et aboutissant à l’amélioration des conditions de vie, en particulier au niveau des collectivités ». En 2017, elle compte 197 Etats partis. La Conférence des Parties (COP) en est l’organe suprême décisionnel.

 

29 Juil 2019

La résistance paysanne à l’accaparement des terres et le processus de la réforme foncière au Sénégal

Depuis 2012, les organisations de la société civile sénégalaise se battent aux côtés des paysans pour une réforme foncière inclusive. L’objectif est de sécuriser les droits d’accès et d’utilisation du foncier par les communautés rurales. Des propositions de réforme formulées par la population avec l’appui de la société civile ont été intégrées dans le document de politique foncière qui a été remis en 2017 au Président Macky Sall par la CNRF. Depuis, les choses n’ont pas beaucoup évolué – jusqu’à la venue d’une délégation de la Banque mondiale en mai 2019. Celle-ci disposait d’un plan prévoyant une privatisation complète des droits fonciers ignorant les propositions des communautés locales.

Ce n’est qu’en avril de cette année qu’un succès historique a été noté dans la lutte contre l’accaparement des terres au Sénégal : un décret de mars 2017, qui avait attribué au groupe marocain Afri-Partners 10 000 hectares à Dodel pour un projet de riziculture, a été annulé par la cours supême. Déjà en novembre 2018, le Président Macky Sall avait retiré son décret en raison de la résistance massive de la population locale. Le projet aurait empêché l’accès à la terre pour quelque 36 000 agriculteurs, éleveurs et pêcheurs et mis en péril leurs moyens de subsistance.

Après l’élection de Sall en 2012, la question de la réforme foncière avait été inscrite sur l’agenda politique. L’exode rural et l’urbanisation, les dégâts causés par le changement climatique et le déclin des terres arables ont changé les conditions d’accès et d’utilisation des terres. Une mise à jour de la loi foncière existante était devenue nécessaire. La Loi sur le Domaine national (LDN), qui existe depuis 1964, n’a pas été modifiée jusqu’à présent et devrait être adaptée au contexte actuel, en particulier pour sécuriser les droits fonciers des communautés rurales. À part les terres qui appartiennent à l’État ou aux privés, une troisième catégorie définit les autres terres comme celles du « domaine national » qui appartiennent donc à l’ensemble de la nation et peuvent être utilisées à condition d’être valorisées (toutefois cette “mise en valeur” n’est pas précisée par la loi). 95% des terres dans le pays sont définies par conséquent comme “domaine national” et ces terres ne peuvent être vendues, louées ou données à des personnes non-résidentes. Cependant, cette particularité du droit foncier sénégalais est de plus en plus érodée par l’État pour effectuer des transactions foncières à grande échelle sans informer et consulter les populations par avance bien que cela enfreint l’article 25 de la Constitution sénégalaise, qui été récemment réformée en 2016, et l’article 21 de la Charte de Banjul, « la Charte Africaine des Droits de l’Homme » ratifiée par le Sénégal. Les deux articles garantissent le droit à la souveraineté des peuples sur leurs ressources.

Accaparement des terres et contournement des lois foncières

Depuis 2008, la crise économique et financière mondiale a entraîné une ruée au niveau international vers les terres fertiles. C’est dans ce contexte qu’au Sénégal, les zones déclarées comme domaine national sont de plus en plus « occupées » par des investisseurs privés. L’indemnisation correspondante prévue selon l’article 21(2) de la Charte de Banjul est inappropriée ou ne s’effectue même pas. Pour contourner la LDN, les représentants de la communauté locale souffrent de pressions ou sont exclus de la prise des décisions. Dans certains cas, l’État change le statut d’un terrain par décret afin de le classifier comme propriété de l’État pour ensuite pouvoir le louer ou le vendre à des investisseurs étrangers. Cela constitue non seulement une violation de la loi foncière, qui oblige l’État de garantir l’utilité publique d’un projet pour pouvoir prendre les terres occupées de manière coutumière par les populations, mais également une violation de l’article 21(5) de la Charte de Banjul. Cet article oblige l’État à empêcher l’exploitation économique de la population par les investisseurs internationaux.

En 2013, cela concernait 840 000 hectares, soit 16% de la superficie agricole du Sénégal selon une étude de la COPAGEN. Les mobilisations de la société civile et des communautés locales ont toutefois eu pour conséquence qu’en 2018 environ la moitié des projets prévus avaient été annulés ou réalisés à une échelle plus petite. Cependant, les terres n’ont été pas intégralement restituées aux municipalités dans tous les cas : contrairement au cas de la société marocaine Afri Partners à Dodel, seulement la moitié des 20 000 hectares occupés à Ndiael par la société Senhuile-Senethanol, appartenant au groupe italien Tampieri Financial, ont été restitués à la population alors même que toutes les activités de la société étaient déjà suspendues depuis 2017 sur cet espace. La société prévoyait de cultiver sur ces terres, utilisées par 37 villages, des patates douces et de graines de tournesols pour la production d’agrocarburants destinés au marché européen.

Initiatives pour la souveraineté des populations sur leurs ressources naturelles

Pour lancer le processus de réforme foncière, la Commission Nationale de Réforme Foncière (CNRF) a été créée par le Président de la République en 2012. En même temps, la documentation des cas d’accaparement de terres et la mobilisation contre ce phénomène ont conduit à la création du Cadre de Réflexion et d’Action sur le Foncier au Sénégal (CRAFS), une alliance entre des organisations paysannes, des scientifiques et des ONG comme Enda Pronat. Dans le cadre d’un processus participatif et inclusif, le CRAFS a organisé une série d’ateliers avec les populations rurales dans tout le pays afin de discuter sur les questions clés en matière de droit foncier. Au cours de ce processus, les communautés locales se sont organisées pour mettre en place des plateformes de veille pour défendre leurs droits et pour se mobiliser en cas d’accaparements des terres. Par la suite, le CRAFS, en collaboration avec des scientifiques, a organisé des jeux de planification participative afin d’élaborer des propositions sur la réforme foncière avec les paysans. Le résultat de ces consultations inclusives était bien clair : la population rurale plaide pour le maintien du domaine national, c’est-à-dire, pour la gestion des ressources foncières au bénéfice des communautés. En plus, cette gestion doit être accompagnée d’une politique qui garantit l’assistance technique et financière pour le développement des exploitations familiales.

Le CRAFS a ensuite présenté les propositions paysannes dans le cadre du dialogue politique avec la CNRF et ainsi les propositions ont été menées de la base jusqu’au plus haut niveau institutionnel. La commission a intégré la plupart de ces recommandations, notamment la préservation du domaine national, dans son document final sur la politique foncière. Ce document a été présenté au Président de la République en avril 2017 en présence de la société civile, et la décision finale est encore attendue. Par la suite, la CNRF a été dissoute, et la mise en œuvre de la réforme est toujours en cours.

Promouvoir le développement rural intégré au lieu de l’investissement étranger

Tandis que la population continuait de se mobiliser contre l’accaparement des terres dans diverses régions du pays, le gouvernement a discrètement adopté un décret qui porte sur l’établissement des zones économiques spéciales (ZES) afin de pouvoir attirer plus d’investisseurs étrangers. La société civile l’a appris par hasard et développe depuis un argumentaire de plaidoyer pour prévenir les éventuelles dérives et préserver les droits des populations. Entre temps la vente aux investisseurs chinois a déjà commencé dans le parc industriel de Diamniadio près de Dakar. D’autres ZES sont déjà en cours de construction et plusieurs communautés doivent être déplacées. Derrière cette conduite politique il y la pression internationale renforcée par un document de politique de la Banque mondiale. Une délégation de Washington a effectué une mission dans le pays en mai pour lancer un nouveau projet visant à établir un cadastre rural pour privatiser les droits fonciers. En général, la mise en place d’un cadastre rural n’est pas défavorable si tous les acteurs y ont accès en tant qu’élément de planification au niveau municipal. Cependant, si un tel cadastre est utilisé pour la privatisation des droits fonciers, et la vente des terres aux plus offrants, les paysans en sortiront forcément perdant face aux agroindustriels et cela entraînerait des risques d’incidences négatives sur les droits de l’Homme et irait à l’encontre des principes intégrés dans la Charte de Banjul.

Le soutien public et international des investisseurs étrangers et le nouveau projet de la Banque Mondiale contrarient les efforts des organisations paysannes et de la société civile pour garantir la souveraineté alimentaire à long terme. Ces derniers essayent d’aider les communautés à reprendre le contrôle sur leurs ressources foncières et à développer une alternative à l’agriculture industrielle à travers la mise en place des pratiques agricoles durables. Les agriculteurs ont montré, avec le soutien de la société civile, qu’ils étaient capables d’augmenter leur production grâce aux pratiques agro-écologiques, à condition que la prise de décision et la gestion sur les ressources naturelles (terres, eaux, semences) leur soient garanties. Ce n’est que dans ce sens que la lutte contre les crises alimentaires, la faim et le changement climatique – en particulier dans les zones rurales – peut être menée de façon efficace.

Enda Pronat est membre fondateur du CRAFS et s’y implique pour une formulation de politiques et de droits fonciers qui sécurisent les sociétés paysannes dans leur diversité́ et qui tiennent compte des générations futures. Traduction à base d’un article publié par Enda Pronat dans l’édition actuelle du magazine « FoodFirst » de l’organisation internationale FIAN (Food First Information and Action Network) qui consacre son travail à la lutte pour la réalisation du droit à l’alimentation.  La version originale en allemand est disponible à travers les liens suivants :https://www.fian.de/fileadmin/user_upload/bilder_allgemein/Publikationen/FF_Magazin/FF_2019/FF_2019-2_Web_pdf-Leseprobe_Seiten-14-15.pdf

https://wfd.de/thema/landgrabbing

 

 

03 Juin 2019

Participation au quatrième Congrès Mondial de l’agroforesterie

Enda Pronat a participé au quatrième Congrès Mondial de l’Agroforesterie à Montpellier au Palais des congrès Le Corum, du 20 au 25 mai 2019, avec 1200 participant-e-s, 600 posters et 200 communications. Cet événement, qui a lieu tous les cinq ans, était organisé pour la première fois en Europe, par le Cirad et l’Inra, en partenariat avec Agropolis International et l’Université de Montpellier d’Excellence. Ayant réuni un nombre égal de participants de régions tropicales et tempérées où le regain d’intérêt pour l’agroforesterie est plus récent, le congrès avait pour objectif général de renforcer les liens entre la science, la société et les politiques publiques et de combler le fossé entre la recherche et les politiques publiques.

L’agroforesterie est un système de gestion des ressources qui est dynamique, écologique et naturel et qui par l’intégration des arbres dans le paysage, permet une production durable et diversifiée, procurant aux paysan-ne-s des bénéfices sociaux, économiques et environnementaux (Leakey, 1996). Elle apparait dès lors comme un outil précieux permettant de concilier développement socioéconomique et la gestion durable des ressources naturelles, et fait appel à une diversité d’acteurs. C’est ainsi que ce quatrième Congrès Mondial de l’Agroforesterie a vu la participation de chercheurs, décideurs, acteurs de développement et étudiants, afin de discuter sur toutes les grandes questions de recherche en agroforesterie.

Des sessions parallèles en plénières se sont tenues sur des thématiques diverses et interconnectées. Il a été rappelé que l’agroforesterie consiste à protéger, conserver les arbres dans les parcs agroforestiers et introduire des espèces ligneuses afin de répondre aux défis agroenvironnementaux relatifs à la baisse des rendements agricoles, l’érosion du sol, les effets des changements climatiques, la problématique de la gestion de l’eau, la perte de biodiversité des espèces végétales et fauniques, etc.

De nombreux témoignages ont porté sur les avancées notées dans la recherche en agroforesterie et son expansion au niveau mondial. De plus, des communications en plénière ont également montré la contribution de l’agroforesterie dans les défis actuels du monde. Pour preuve, le Directeur du centre de recherche Start international[1] a affirmé que l’« agroforesterie ne doit pas être une agriculture pour les pauvres. Elle doit être une agriculture qui fait face au défi actuel de l’Afrique notamment l’emploi des jeunes. Pour cela, la création des entreprises agroforestières est nécessaire à la base pour la valorisation des Produits Forestiers Non Ligneux (PFNL) ».

Enda Pronat, en tant qu’ONG active dans le reverdissement et dans l’agroécologie, a fait une communication sur « Natural Assisted Regeneration of woody species in agrosystems of Senegal: agroecological advantages and constraints » pour la session Agroforestery and agroecology : Challenges and opportinuty. Dans cette communication, Enda Pronat a mis en avant :

  • La contribution positive des pratiques agro écologiques sur le développement de la régénération naturelle assistée (RNA) : par exemple, l’épandage de fumier organique améliore la faculté germinative des graines à dormance tégumentaire une fois prétraitées dans le tube digestif des animaux lors du transit. Les espèces dont les graines sont le plus prétraitées sont Faidherbia albida, Balanites aegytiaca Zizyphus mauritiana et Sclerocarya birrea.
  • Les potentiels avantages agro écologiques de la pratique : d’abord, les jeunes pousses des espèces comme Piliostigma reticulatum, Faidherbia albida, Leucena leucocephala et Guiera senegelensis sont protégées par les producteurs au plan agronomique dans le but de fertiliser et d’augmenter la diversité microbienne du sol. Ensuite, au plan pastoral, des espèces comme Acacia raddianna, Faidherbia albida et Adansonia digitata sont maintenues pour l’alimentation du bétail et la santé animale. Enfin, des espèces en voie de disparition comme Lepisanthes Senegalensis, Acacia werek, Cordyla pinnata sont maintenues pour leur rareté.
  • Les contraintes à la mise à l’échelle de la RNA. La divagation animale, les coupes liées aux activités humaines (les transhumants à la recherche d’alimentation pour leurs troupeaux, les femmes à la recherche du bois et les tradipraticiens), la salinisation des terres, le manque de technicité des producteurs pour les opérations de la RNA et la participation partielle des populations perturbent la mise à l’échelle de la RNA.

La conférence a aussi été l’occasion de visiter les Terres de Roumassouze, principal site d’expérimentation du projet de recherche participative «ARBRATATOUILLE », initié par la SCOP Agroof[2], qui a pour objectif d’améliorer les itinéraires techniques des systèmes agroforestiers maraichers.

Une des principales recommandations de cette conférence a été « reverdir notre planète avec l’agroforesterie ». Et pour y arriver, il est mentionné dans la Déclaration finale intitulée « notre planète a besoin d’arbres », quelques recommandations à l’endroit des décideurs publics et privés et des institutions de recherche :

  • Les décideurs politiques mondiaux, les dirigeants d’entreprises et responsables financiers, ainsi que les principales institutions de recherche doivent s’engager rapidement dans un processus de transformation en profondeur afin de promouvoir les avantages de l’agroforesterie auprès des propriétaires et des gestionnaires de terres de la planète ;
  • Les décideurs, gouvernements et régulateurs de l’économie mondiale doivent également accélérer la conception et la mise en place de mécanismes légaux, réglementaires et de soutien afin d’encourager l’adoption généralisée de l’agroforesterie ;
  • Le secteur privé doit élaborer des modèles financiers et d’investissement permettant de mobiliser les ressources en capital nécessaires pour appuyer la transformation des systèmes agricoles en agroforesterie ;
  • Les instituts de recherche doivent continuer à considérer comme prioritaire l’amélioration continue des systèmes agroforestiers à haute performance, adaptés à toutes les tailles d’exploitations agricoles, zones climatiques et niveaux de revenus ;
  • La collaboration avec les universités est nécessaire pour donner la priorité au développement et à la mise en place de modules pédagogiques destinés aux propriétaires et aux gestionnaires de terres afin de les aider à adopter les solutions agroforestières adaptées à leurs contextes.

[1] https://start.org/

[2] https://www.agroof.net/

10 Mai 2019

Les femmes au cœur de pratiques agroécologiques dans la vallée du fleuve Sénégal

Le 06 Avril 2019, à Madina Fresbé, dans la commune de Guédé Village, un atelier de partage d’expériences sur les pratiques agro-écologiques a été organisé entre les femmes des groupements féminins accompagnés par Enda Pronat. Il avait pour objectif de renforcer les synergies entre trois groupements féminins (GPF) de la zone et de partager leurs connaissances sur la gestion des sols et des ravageurs des cultures.

La rencontre s’est tenue dans le jardin agroécologique du GPF de Madina Fresbé. Elle a été introduite par Mme Binta Diallo, Secrétaire du GPF, avec un rappel historique sur le groupement. Ce groupement, fondé en 2015, regroupe plus de 100 femmes, dont 84 sont actives dans un jardin agroécologique. Selon Binta Diallo, « c’est grâce à Enda Pronat que les femmes du groupement sont aujourd’hui bien structurées et qu’elles sont parvenues à obtenir une reconnaissance juridique de leur groupement ». Enda Pronat les appuie également sur les techniques de production agroécologique. En 2018, ce GPF a pu bénéficier d’une pompe solaire raccordée à un mini forage, un moyen d’exhaure fourni par Enda Pronat pour pallier aux difficultés d’eau du GPF qui dépendait jusqu’à présent totalement du casier agricole de Guédé Chantier alimenté en eau par la station de la SAED. Toujours d’après Binta Diallo, « l’arrivée de cette pompe solaire a complétement amélioré les conditions de travail du GPF. Désormais, elles ne dépendent plus des eaux du casier de Guédé, dont la qualité reste douteuse, et elles sont libérées des charges de carburant et de pompiste ; donc leurs frais de campagne sont réduits ».

Pour la contre saison froide, le GPF de Madina Fresbé est allé en campagne d’oignon associé au chou, à la laitue, à l’aubergine, au navet, à la carotte, au maïs, au manioc. Ceci témoigne de la forte diversification et associations culturales.

Le reste de la journée a été consacré à des démonstrations de fabrication de compost liquide et d’un bio-pesticide à base d’ail et de piment, efficace contre les pucerons. Cette prestation a été faite par Mme Cira Hameth Sow en tant que membre du GPF de Lérabé et animatrice de l’UJAK dans la zone. Le compost liquide a été élaboré à base de 6 kg de fumier pour 100 litres d’eau et de feuilles riches en azote et disponibles au niveau des champs (feuilles de niébé, de patate, de « peuf teun », de « guddy » et de leucéna). Le compost liquide vient en complément du fumier qui se fait de plus en plus rare dans certaines zones.

A l’issue de la journée, un temps d’échange a permis aux femmes de rassembler les principaux enseignements sur ce qu’elles venaient d’observer et de discuter, et une satisfaction pouvait se lire sur les visages. Elles ont pu constater l’efficacité et la pertinence de l’installation solaire, et exprimé le souhait d’en bénéficier également au niveau de leurs groupements. Elles ont également souhaité une continuité dans la tenue des rencontres inter-GPF afin de mieux se renforcer mutuellement. Elles ont enfin remercié Enda Pronat pour l’accompagnement technique, mais aussi Le Monde Selon les Femmes pour avoir bien appuyé la tenue de cet atelier qui leur a permis d’acquérir de nouvelles connaissances sur la gestion de la fertilité des sols et des ravageurs des cultures.

02 Mai 2019

Quand une commune décide de prendre en main la gestion de ses ressources naturelles

Les 31 mars et 1er avril, une centaine de représentants des communautés locales étaient rassemblées à la mairie de Ndoga Babacar dans le département de Tambacounda, à l’appel du maire Monsieur Oumar DEME et d’Enda Pronat, pour réfléchir sur les enjeux de la gouvernance foncière et forestière dans la commune et sur les actions à envisager pour plus de durabilité dans la gestion durable de ses ressources.

Pendant ces deux jours, des chefs de villages, présidentes de GPF, élus et jeunes, ont fait l’état des lieux de la gestion des ressources foncières et forestières, ont identifié les contraintes et difficultés pour une gestion durable de ces ressources, et ont proposé des solutions sous forme d’ébauche de plan d’action pour la commune.

Les principaux points de discussion ont porté notamment sur i) le manque d’implication et d’organisation des populations face aux feux de brousse, ii) la complicité des populations et leur faible maitrise des enjeux, le manque d’activités génératrices de revenus alternatives et le faible contrôle du trafic du bois, concernant le défrichement agricole et la coupe illicite du bois, iii) les conflits liés à l’accès à l’eau et à la gestion de l’espace avec les transhumants et les pasteurs, et enfin iv) le foncier avec les accaparements de terres et la problématique de l’accès des femmes à la terre.

Les discussions étaient facilitées par le maire de la commune lui-même, présent et impliqué tout au long des échanges. Il était accompagné par plusieurs experts : le chef de secteur de la brigade des Eaux et Forêts de l’arrondissement, un expert forestier venu spécialement pour l‘occasion avec la délégation d’Enda Pronat, et le coordinateur des programmes d’Enda Pronat, expert des problématiques foncières du Sénégal.

Pendant les échanges, ces trois intervenants ont eu l’occasion de revenir sur la gestion forestière et les innovations majeures du nouveau Code forestier actualisé en novembre 2018, et sur les procédures de sécurisation foncière des exploitations familiales.

L’intervention d’Enda Pronat dans le département de Tambacounda ne date pas d’hier. Cela fait maintenant 25 ans que l’organisation y intervient aux côtés de la fédération Yakaar Niani Wulli et des collectivités locales, pour le développement d’une agriculture saine et durable et la mise en place de mécanismes de gestion durable et participative des ressources naturelles.

Depuis 2017, Enda Pronat travaille avec le conseil municipal de Ndoga Babacar sur la gouvernance des ressources naturelles, particulièrement sur la sensibilisation pour une meilleure sécurisation des ressources foncières. A la demande de la commune, et face à l’ampleur des dégâts connus et constatés dans cette zone particulièrement affectée par l’exploitation du charbon et le trafic illégal du bois facilité par la porosité de la frontière gambienne située à une trentaine de kilomètres, il a paru indispensable d’intégrer également dans les sensibilisations et réflexions la gestion de la ressource forestière.

Les témoignages de certains participants ont particulièrement marqués les échanges, notamment celui du chef de village de Ndoga Babacar. Il est revenu sur les propos d’un de ses homologues qui a dit que si des étrangers viennent couper le bois dans son village, lui aussi ira couper le bois pour ne pas laisser tous les bénéfices aux étrangers. Le chef du village de Ndoga Babacar l’a interpelé en ces termes : « Si tu vois des personnes étrangères au village venir couper la forêt de ton village et que tu vas toi-même couper à côté d’eux pour gagner aussi ta part, finalement tu seras perdant. Car une fois sa besogne accomplie, l’étranger rentrera chez lui, alors que toi tu seras là et il ne te restera qu’un désert ».

Ces propos illustrent bien le fait que le chemin est encore long pour que les populations prennent en main la préservation de leurs forêts et de leurs terres, mais qu’il y a parmi elles des leaders éclairés et décidés à tout mettre en œuvre pour y parvenir. D’ailleurs il existe dans la zone un village que tous les participants y compris le chef de secteur du service des Eaux et Forêts ont cité comme exemple dans la lutte contre la coupe de bois et la gestion durable des ressources. Il s’agit du village de Saré Aladji à la frontière gambienne où le chef de village a mis en place un dispositif de veille en complicité avec les services des Eaux et Forêts pour préserver son village contre la coupe de bois.

Quelques actions ont été identifiées par les participants pour lutter contre la dégradation des ressources naturelles. Il s’agit entre autres de de poursuivre la sensibilisation à l’échelle villageoises / inter villageoise avec l’appui d’animateurs relais bien formés sur ces questions, de doter les comités villageois de petits matériels pour lutter contre les feux de brousse, de pousser les populations à définir des règles locales pour mieux lutter les dégradations en impliquant davantage les jeunes et les femmes. Sur le plan de la sécurisation foncière, les participants ont préconisé l’accompagnement des populations pour l’obtention des titres de délibérations et une meilleure implication des villages dans toute décision relative à leur espace foncier villageois.

Enda Pronat s’est engagée à accompagner la mairie de Ndoga dans ces actions aux côtés des services techniques et des autres partenaires au développement.

 

19 Avr 2019

Annulation de l’octroi de 10.000 ha à une agro-industrie, une victoire pour les populations de Dodel

Le 11 avril 2019, la Cour suprême a annulé l’arrêté préfectoral n°15/AGS/SP du 27 mars 2017 de l’arrondissement de Gamadji Saré qui octroyait 10.000 hectares au groupe agro-industriel Afri Partners, dans les communes de Dodel et Demette. Ce, à la suite du recours déposé par Me Assane Dioma Ndiaye au nom de 2543 habitant-e-s affectées. Sans jamais être écoutée par les autorités compétentes, une grande partie de la population n’a cessé d’alerter et de s’opposer à cette affectation massive aux conséquences désastreuses pour les populations.

Dès le 10 avril 2017, une pétition signée par une centaine de personnes est déposée à la mairie. En mai, les villages se sont constitués en Collectif et ont adressé une lettre à la brigade de gendarmerie de Ndioum, au maire de Dodel, au sous-préfet de Gamadji Saré, au gouverneur de Saint-Louis et au Ministre de l’Intérieur pour leur signifier leur opposition à ce projet. En juin, un huissier a constaté que la délibération de la commune affectant 10 000 hectares à Afri Partners n’a pas été affichée et l’adjoint au maire a refusé de lui remettre le document, ce qui constitue une violation du droit à l’information des populations garanti par la Constitution. Début juillet, des manifestations ont réuni plusieurs centaines de personnes des communes de Dodel, Démette et Aéré Lao[1]. En aout, l’avocat introduisait le recours en annulation de la délibération devant la Cour Suprême. Le 27 septembre, 11 personnes de la commune de Dodel ont été convoquées à la gendarmerie. Elles ont été accompagnées par plus de 2000 personnes. En outre, le Collectif a su mobiliser des organisations de la société civile, notamment Enda Pronat, pour l’accompagner dans sa noble lutte pour la défense des droits des populations locales.

Car en effet, cette attribution foncière a bafoué plusieurs principes des instruments internationaux[2], continentaux[3] et du dispositif juridique national. Le processus de décision n’a pas associé à la consultation toutes les personnes susceptibles d’être concernées de manière à obtenir de la part de ces communautés un consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause. Les populations ont donné leur accord sous la pression de l’administration territoriale. Les chefs de village de tous les villages impactés auraient du être systématiquement associés aux travaux (préalables) de la commission domaniale, conformément à l’art. 35 du décret du 22 mars 1996[4].

Une précipitation déconcertante et incompréhensible s’est opérée pour un projet d’une telle envergure. La convention d’investissement entre les communes et la société marocaine a été signée le 17 janvier 2017 pour une durée de 40 ans renouvelables. La réunion de délibération et la signature de la convention se sont tenues le même jour (24 mars) et l’approbation par le sous-préfet, seulement trois jours après. Selon l’art. 245 du Code Général des Collectivités Locale, le représentant de l’Etat aurait dû donner un délai d’un mois à compter de la date de réception de la délibération pour permettre éventuellement aux populations d’introduire un recours administratif pour contester la délibération. Dans cette affaire, le sous-préfet (en approuvant dans la précipitation) n’a pas donné à la population la chance de le faire.

L’affectation des 10 000 ha en un seul tenant aurait perturbé fondamentalement les conditions de vie des populations locales dans une commune dont le potentiel foncier est estimé à 26 485 ha. Cela veut dire que le groupe marocain aurait détenu près de 40% du potentiel foncier de la commune. La perte du seul outil de production (la terre) au profit du Groupe marocain aurait été synonyme d’un passage du statut d’agriculteur indépendant à celui d’ouvrier agricole pour les populations et les générations à venir.

Le Collectif reconnaît que des investissements sont essentiels si on veut améliorer de façon durable la sécurité alimentaire. Les populations ne refusent pas l’exploitation des terres, mais préfèrent des aménagements publics aptes à promouvoir une agriculture familiale modernisée, durable et équitable. Or, depuis 1990, l’Etat n’a réalisé qu’un seul aménagement de 380 ha dans la commune. En y ajoutant les périmètres villageois, la moyenne de terre aménagée par ménage est d’à peine 10 ares, ce qui ne permet pas d’assurer une autosuffisance alimentaire.

La SAED a réalisé des études techniques sur 2000 ha dans la zone. Sur ces bases l’Etat pourrait renforcer les aménagements hydro agricoles. Des conditions de réussite de ces futurs aménagements publics sont déjà réunies : l’eau, la terre et la main d’œuvre, constituée d’agriculteurs qui maitrisent la culture irriguée. Par ailleurs, les opérateurs économiques nationaux ou internationaux pourront signer avec les exploitants de ces aménagements agricoles des contrats de production. Cette stratégie consistera à vendre avant même de produire et ainsi de lutter contre l’émigration et l’exode rural.

[1] https://www.youtube.com/watch?v=DYd98nXxCN8&t=4781s

[2] Directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers applicables aux terres, aux pêches et aux forêts

[3] Cadre et Lignes directrices sur les politiques foncières de l’Union Africaine (Syrte, 2009)

[4] Décret n° 96-228 du 22 mars 1996 relatif aux attributions des chefs de circonscription administrative et des chefs de village

15 Avr 2019

Visite d’échange dans la ferme de Beer Shéba avec les producteurs de Ndiob

Dans le cadre de la mise en œuvre de sa mission d’accompagner les populations locales dans une vision de développement durable, ENDA PRONAT en collaboration avec le Conseil Municipal de Ndiob , a organisé une visite d’apprentissage et d’échange des producteurs Ndiob sur les bonnes pratiques agro-écologiques au niveau de la ferme de Beer Shéba. Pour rappel la ferme Beer Shéba forme des étudiants sur les techniques productions et de transformations durables en mettant l’accent sur l’agro-écologie, la permaculture, l’agroforesterie avec une forte dimension religieuse.

Cette visite a eu lieu jeudi 28 mars avec plus de 45 producteurs et productrices de la commune de Ndiob pour échanger avec les animateurs de la ferme sur les méthodes de production, transformation et valorisation des produits. Le groupe est accompagné par le maire de Ndiob, Oumar Ba, qui a lancé une ambitieuse initiative pour faire de sa commune la première « commune verte » au Sénégal. À Ndiob (département de Fatick) la production agricole est freinée par la pression foncière et la dégradation des ressources naturelles (effets des changements climatiques, actions anthropiques etc.).

Face à ces multiples défis, Enda Pronat travaille depuis 2017 en partenariat avec la commune, la coopérative des agriculteurs et les comités villageois de développement sur l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan de gestion agroécologique de la commune.

Cette visite était retransmise en direct par la radio communautaire de Ndiob pour une large diffusion des enseignements de cette visite. Parmi les leçons apprises on peut citer :

  • les systèmes de polycultures,
  • les techniques de compostage
  • agroforesterie,
  • la valorisation des feuilles de manioc
  • la production de viande (volailles, bovins, porcs) et de charbon bio.

Au terme de cette visite, les producteurs de la commune de Ndiob etaient tres satisfaits et ils s’intéressaient surtout sur la gestion durable de l’eau, les méthodes pour augmenter la fertilite des sols et la régénération des especes. En outre, Eric , gestionnaire de la ferme , a insisté en sensibilisant les visiteurs sur le rôle fondamental que joue un sol fertile dans la production et il a manifesté son souhait d’accompagner la commune de Ndiob dans sa vision agro-écologique.

29 Mar 2019

L’engagement Zéro Déchet au Sénégal

Le samedi 9 mars 2019, Enda Pronat a participé à une rencontre organisée par l’association Zéro Déchet Sénégal, portant sur la sensibilisation à la problématique des déchets dans le monde et au Sénégal, et sur la présentation de l’association.

Les profils des participant-e-s étaient très variés : particuliers, membres d’organisation de la société civile nationale et internationale, enseignant-e-s, salarié-e-s en hôtellerie, … Une quarantaine de personnes étaient présentes.

La journée a commencé avec un quizz, lors duquel l’assemblée a pu apprendre par exemple qu’au Sénégal en moyenne chaque habitant produit 190 kg par an de déchets ménagers, et que seul 9 % du plastique est recyclé dans le monde.

Les membres de l’association ont ensuite exposé la situation des déchets dans le monde, et les participant-e-s ont ainsi pu découvrir avec surprise que pour produire une bague en or de 5 g, 2700 kg de matières sont utilisés au total, ou que 434 kg de matière sont nécessaires pour produire un ordinateur portable de 2,8 kg… ils ont également découvert que 8 millions de tonnes de déchets sont déversées chaque jour dans les océans, dont 80 % provenant d’activités terrestres.

Au niveau du Sénégal, la gestion des déchets est un réel problème. La décharge de Mbeubeuss est la plus grande décharge d’Afrique et une des plus grandes du monde. Elle se rapproche de plus en plus de la mer (moins d’un kilomètre aujourd’hui). Le Sénégal est aussi un des principaux pays récepteur de déchets toxiques au monde.

Les discussions se sont ensuite orientées vers les solutions individuelles et collectives à mettre en place et à encourager.

Les membres de l’association ont présenté les grands principes de la démarche zéro déchet :

Pour éviter la création de déchets à la base :

  • Refuser : savoir dire non aux produits à usage unique (sachet plastique, pailles, …), aux publicités, …
  • Réduire: acheter moins de produits emballés, réduire la consommation d’énergie, …

Pour éviter de jeter :

  • Réutiliser: ce qui peut avoir une seconde vie (sac en tissu, contenants en verre, …)

Et ce qui ne peut être ni refusé, ni réduit ni réutilisé

  • Recycler: verre, papier, carton, métal, tissu, stylo, cartouches d’encre, bouchon
  • Composter le reste, les déchets organiques

Les participant-e-s ont ensuite identifiés les 5 déchets les plus courants à Dakar (sachets plastiques/sachets d’eau ; tasses en plastique ; emballages alimentaires ; tissus ; déchets organiques), et se sont répartis en 5 groupes de réflexion sur les solutions individuelles et collectives. De nombreuses idées ont été partagées (beaucoup d’informations pratiques sur le site de l’association http://www.zerowastesenegal.org/, sur le groupe facebook https://www.facebook.com/groups/zerodechetsenegal/, et la page facebook https://www.facebook.com/zerodechetsenegal/).

Ces échanges ont permis aux participant-e-s d’avoir des idées d’actions à mettre en œuvre au niveau individuel mais aussi au niveau de leur foyer ou de la structure où ils travaillent. L’importance de la volonté politique a également été soulignée, avec la mise en place d’actions concrètes portées par l’Etat et de lois pour venir renforcer et compléter les actions citoyennes. A cette occasion, l’engagement pris pendant la campagne électorale par le Président Macky Sall nouvellement réélu a été rappelé (https://sunuelection.com/programme-macky-sall/) et l’Association Zéro Déchet Sénégal a été invitée à interpeler le Président à ce sujet.

La rencontre s’est terminée par une présentation de l’association et de ses différents pôles (projet pilote, événements, communication et formation).