"Environnement Développement Action pour la Protection Naturelle des Terroirs"
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13 Mai 2020

Le monde rural á l’agonie

La propagation du Covid 19 au Sénégal est entrain de dévaster les communautés rurales notamment les exploitations familiales (agriculteurs, éleveurs, pêcheurs) et le secteur informel (commerçants, tailleurs, mécaniciens, menuisiers…) qui souffraient déjà de faibles revenus, des effets du changement climatique, de la dégradation des ressources naturelles (eau, foncier et forêts…), de la concurrence des multinationales… Et pourtant, le SENEGAL, dépend de ces populations rurales pour assurer une bonne partie de sa souveraineté et de sa sécurité alimentaire. Or, la pandémie et les perturbations qui en découlent sur le plan des échanges commerciaux et des marchés réduisent considérablement la création de revenus.

Les mesures de prévention au niveau du transport prises par l’État du Sénégal pour limiter la propagation du Covid-19 ont des impacts économiques et sociaux. Des mesures venues au moment où toutes les spéculations horticoles, notamment l’oignon, la carotte, le chou, la tomate, etc. sont au pic de la production. Des milliers de tonnes pourrissent dans les mains des paysans par faute de marchés. Cependant, il est encore trop tôt me semble-t-il pour percevoir tous les effets de la pandémie, mais nous constatons déjà que l’interruption des chaînes d’approvisionnement met à mal les activités du monde rural.

Toutes les activités sont à l’agonie mettant ainsi des milliers de familles dans des situations de précarité extrêmement difficiles à surmonter.  Certes, nous devons appliquer toutes les mesures barrières pour éviter la propagation du virus Covid 19, mais nous devons aussi réfléchir à des stratégies d’adaptation afin que les activités économiques puissent continuer à faire vivre les populations rurales.  Si certains peuvent rester des mois sans travailler tout en continuant d’assurer leur sécurité alimentaire, ou ont la possibilité d’adapter leur façon de travailler (télétravail par exemple), d’autres n’ont pas ces possibilités. Le Sénégal, dans sa majorité, est constitué de « Goorgoorlu » et de « Fatou-Fatou » , c’est-à-dire de « Papas » et de « Mamans » qui gagnent leurs repas au quotidien. Il faut aller au marché, aux champs, au quai de pêche…récolter et vendre un produit pour pouvoir assurer le repas familial de 13 heures.

Comment-on peut envisager de confiner de telle catégories de familles sans pouvoir les nourrir ? La mort c’est la mort. Soit la covid 19 vous tue, soit la faim ou la famine vous tue. Entre ces deux options, je choisis de ne pas rester chez moi et de prendre toutes les mesures idoines contre tout risque de contamination pour ne pas mourir de la faim. Ce n’est pas que je suis insouciant du danger qui me guette, mais c’est tout simplement une question de survie.

L’heure est à la solidarité. Que les plus forts financièrement soutiennent les plus faibles. L’État ne peut pas tout faire, la solidarité nationale est devenue une condition sine qua non.

En effet, face aux insuffisances et à l’inadaptation des systèmes de solidarité, il devient urgent de concevoir et de mettre en place un mécanisme plus approprié et efficace, capable de trouver des solutions idoines à une demande sociale sans cesse croissante, conséquence de l’état de pauvreté dans lequel est plongé une frange importante de la population sénégalaise.

Il s’agit dès lors, d’apporter des réponses immédiates aux situations de crise et d’urgence mais également de revoir notre système de production et de consommation. Il est temps d’aller vers des modèles et des politiques qui nous mèneront vers la souveraineté alimentaire de façon durable, juste et équitable.

 

05 Mai 2020

Sénégal : La société civile s’engage pour la promotion d’un modèle agricole durable

La Dynamique pour une transition agroécologique au Sénégal (DyATES) a organisé une série d’ateliers de consultation sur l’ensemble du territoire pour dresser un état des lieux du secteur agricole sénégalais dans le but d’accompagner le gouvernement dans sa mise en œuvre d’une transition agroécologique au Sénégal.
Depuis plusieurs décennies, au Sénégal, des organisations de la société civile, des institutions de recherche, certaines communes et l’Etat portent diverses initiatives pour développer l’agroécologie. Plus récemment, l’Etat sénégalais a placé la transition agroécologique (TAE) parmi les cinq initiatives majeures du Plan d’Action Prioritaire de la deuxième phase du Plan Sénégal Emergent (2019-2014).
Ainsi, dans l’optique de soutenir le gouvernement du Sénégal dans son ambition, en mai 2019, les acteurs de l’agroécologie se sont engagés au sein d’une Dynamique pour une Transition Agroécologique au Sénégal (DyTAES) en vue d’engager un dialogue avec l’Etat afin de l’accompagner dans la mise en œuvre d’un modèle agricole durable.
Face à une démographie galopante, à un modèle agricole mondial à bout de souffle, aux effets croissants du réchauffement climatique : comment parvenir à assurer la sécurité alimentaire des populations de manière durable ?
Cette question d’ordre mondial est devenue d’autant plus préoccupante dans un contexte de pandémie du COVID-19 qui remet plus que jamais en question nos systèmes alimentaires. Cela l’est d’autant plus dans les pays africains qui sont en première ligne face aux changements climatiques. En Afrique de l’Ouest et notamment au Sénégal, ces enjeux interpellent de nombreux acteurs engagés dans l’expérimentation locale de modèles agricoles durables. Cependant, la société civile est consciente qu’une mise à l’échelle de ces techniques n’est possible sans une impulsion politique.
Le Plan Sénégal Emergent Vert du gouvernement du Président Macky Sall, mettant la sécurité alimentaire au cœur de ses préoccupations, nous fait comprendre que le Sénégal est sur la bonne voie vers l’engagement de la TAE dans le pays. Cette volonté est soutenue par une société civile engagée qui s’active depuis plus de 30 ans dans la recherche d’alternatives agroécologiques. Unis au sein de la DyTAES, cette diversité d’acteurs (paysans, ONG, chercheurs, élus, institutions internationales) a mis en commun ses connaissances pour co-construire un document de contribution politique pour une transition agroécologique au Sénégal.
Ce document a été enrichi via un processus de consultation de la DyTAES qui a mobilisé plus d’un millier de personnes, pendant près de 5 mois dans les 6 zones éco-géographiques du pays incluant l’ensemble des parties prenantes, allant des organisations internationales jusqu’aux organismes communautaires de base.
Dans ce document sont présentés 15 principaux défis du secteur agricole sénégalais et des recommandations politiques en faveur de la TAE donnant des résultats à court et long terme.
De ces recommandations, la DyTAES en retient 3 immédiates :
1) Mettre en place un cadre national de dialogue regroupant tous les acteurs pour la TAE
2) Encourager et appuyer financièrement des expérimentations impliquant la mise en œuvre de changements coordonnés et simultanés dans plusieurs secteurs d’activités (éducation, agriculture, alimentation, énergie, habitat, forêt…) à l’échelle de communes ou départements pour mettre en œuvre un plan territorial
3) Identifier des priorités pouvant avoir un effet de levier pour la TAE et les valoriser dans les expérimentations
Ce document et ses recommandations, constituent le premier pas d’un long cheminement avec l’Etat, dans le cadre d’un dialogue politique multiacteur auquel la DyTAES appelle afin de créer un sursaut national décisif pour une transition agroécologique irréversible.

Télécharger les deux versions de la contribution