"Environnement Développement Action pour la Protection Naturelle des Terroirs"
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21 Sep 2021

Mise à l’échelle de l’agroécologie dans la région de Tambacounda

La Dynamique pour une transition agroécologique de la zone de Tambacounda continue son chemin. Un atelier et des visites de terrain ont été organisés les 15 et 16 septembre à Tambacounda avec une cinquantaine d’acteurs.

  Une rencontre de la DyTAEL Tambacounda organisée les 15 et 16 septembre a réuni une cinquantaine de participant-e-s d’organisations paysannes telles que le CNCR, Yakaar Niani Wulli, APROVAG et la FNPC ; des élus de communes des départements de Tambacounda et de Goudiry ; des chercheurs de l’Institut Sénégalais de Recherche Agricole (ISRA) ; des ONG comme Am Be Koun, Caritas Sénégal et Enda Pronat ; et des services techniques comme le Centre d’Appui au Développement Local (CADL), l’Inspection Régionale des Eaux et Forêts de Tambacounda, l’Inspection de l’Education et de la Formation de Tambacounda.

Ces journées s’inscrivent dans la continuité de l’atelier de lancement de cette DyTAEL qui s’est tenu en mars 2021. Plus spécifiquement, elles visaient à favoriser le partage d’expériences en vue de renforcer les synergies entre acteurs pour aller vers une mise à l’échelle de la transition agroécologique au niveau du département.

Présidée par la Préfet de Tambacounda, la première journée a été consacré à des échanges sous forme d’atelier qui ont permis de faire le point sur les avancées de l’agroécologie au niveau local, national et international, notamment grâce au plaidoyer porté par la Dynamique nationale pour une transition agroécologique au Sénégal (DyTAES) et qui est alimenté par les résultats des initiatives locales. Au niveau local, les acteurs ont eu la satisfaction de constater que la plupart des activités de la feuille de route élaborée en mars par la DyTAEL de Tambacounda ont été réalisées.

Certaines de ces activités ont fait l’objet de présentation au cours de l’atelier. C’est le cas notamment de la méthodologie de l’évaluation d’initiatives agroécologiques élaborée dans le cadre du projet Avaclim par un consortium coordonné par le CARI en collaboration avec Enda Pronat, IRD et ISRA et mise en œuvre dans le village de Saré Boubou, commune de Koussanar.

D’autres présentations ont permis de partager les résultats d’activités réalisées par le CIRAD, l’ISRA et Enda Pronat au sein du projet Desira FAIRS, telles qu’une étude sur les arènes de collaboration dans la région et la mise en place de champs expérimentaux visant à intensifier les pratiques agroécologiques.

Cette rencontre fut l’occasion de réfléchir aux perspectives pour intensifier la communication de la DyTAEL. Il a notamment été proposé de mieux documenter les résultats des initiatives agroécologiques en cours dans la zone et d’établir des conventions avec les radios communautaires pour diffuser des messages de sensibilisation sur l’agroécologie.

La seconde journée a été consacrée à des visites de terrain d’un périmètre agroforestier d’un groupement de femmes accompagné par Am Be Koun dans la commune de Sinthiou Malème, d’un champ villageois accompagné par CARITAS dans la commune de Koussanar pour alimenter une banque céréalière, et de champs expérimentaux mis en place par ISRA et Enda Pronat dans la commune de Ndoga Babacar.

D’importantes rencontres sont prévues dans la zone d’ici la fin de l’année, notamment une rencontre sur l’agroforesterie organisée par Am Be Koun.

Ces journées d’échange entrent dans la mise en œuvre de la feuille de route de la DyTAES dont la mission est de promouvoir la transition agroécologique au Sénégal. C’est ce qui justifie son plan d’action fondé d’une part par des actions concrètes d’appui en termes de renforcement de la production agroécologique, de la gouvernance durable des ressources naturelles, de la promotion des produits sains locaux, d’autre part par le dialogue politique pour la prise en compte des préoccupations des acteurs de l’agroécologie dans les politiques publiques de développement surtout agricoles.

 

20 Sep 2021

Etude – Pression foncière sur l’axe Dakar-Mbour-Thiès : Le triangle du mal

Par Ndèye Fatou NIANG (Correspondante) – En dépit de l’existence de textes de loi, la gestion durable du foncier demeure une problématique cruciale pour la plupart des communes du Sénégal. Parmi elles figurent celles situées dans le triangle Dakar-Mbour-Thiès, où de grands projets de l’Etat à impact foncier comme les Zones économiques spécialisées (Zes), le projet de Train express régional (Ter), le port de Ndayane, le projet de prolongement de la Voie de dégagement nord (Vdn) jusqu’à Saint-Louis, le prolongement des autoroutes à péage, l’installation des forages, des agrobusiness…sont mis en œuvre, augmentant la pression sur les ressources naturelles, notamment sur le foncier. C’est dans ce cadre qu’une étude a été sollicitée par Enda Pronat avec l’appui de L’Ong Heks-Eper, Acces et Fapd sur : «L’évolution des enjeux fonciers et les politiques publiques régissant la gestion de terres dans la zone d’intervention du projet.» Laquelle étude a démontré qu’avec l’installation de ces grands projets de l’Etat, il y a un risque de disparition des activités agro-silvo-pas­torales, indique Dr Alpha Bâ. Ce d’autant plus que, estime l’enseignant-chercheur à l’Eco­le nationale supérieure de l’agriculture (Ensa) de l’Univer­sité Iba Der Thiam de Thiès (Uidt), qui faisait hier une restitution de l’étude devant les populations impactées, «les réserves sont très minimes dans la zone. Et quand vous prenez le Plan national d’aménagement du territoire, les activités agro-silvo-pastorales sont classées en quatrième priorité par l’Etat dans la zone. Donc il y a d’autres priorités».

Les activités agro-silvo-pastorales menacées
En clair, poursuit le sociologue, «ce n’est pas une priorité pour l’Etat». Or argumente-t-il, «dans des pays comme le Sénégal, plus de 60% de nos populations dépendent de l’activité du secteur primaire, donc de l’agriculture. Il est important, comme nous n’avons pas un secteur tertiaire ou industriel très développé, de préserver ces secteurs comme l’agriculture. Sinon ce qui risque de se passer c’est que tous les producteurs de la zone risquent de se retrouver sans terre pour produire». Ce qui constitue un danger «pour l’agglomération de Dakar qui consomme 80% des légumes qui proviennent de cette zone». Pour simplement dire, selon Dr Bâ, «il faut penser de manière structurelle et préserver ces activités-là pour l’intérêt des producteurs de la zone mais aussi pour des questions de sécurité sanitaire pour ceux qui sont à Dakar et environs».
Revenant sur l’étude sur l’évolution des enjeux fonciers et les politiques publiques régissant la gestion de terres qui entre dans le cadre du projet «sécurisation du patrimoine foncier des communes de Diender, Cayar, Keur Moussa, Yenne, Diass, Sindia et Popenguine Ndayanne», Dr Alpha Ba note : «Ce qui est sorti de l’étude c’est qu’actuellement on a des projets comme des lignes à haute tension. Et souvent quand ces lignes sont mises en place, les gens ne voient pas trop l’impact, mais quand on les étale sur la longueur, on voit qu’elles sont des lignes avec les servitudes de sécurité qui peuvent avoir un impact foncier dans des zones où les réserves foncières ne sont pas importantes.» Aussi, «avec l’arrivé du gaz et du pétrole, il y a possibilité de construire des pipelines qui pourraient exister dans la zone et qui peuvent avoir un impact». Et ceci sans compter, «les petits projets structurants qui seront mis sur place à côté de l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd), mais également l’Etat qui envisage de développer l’exploitation minière dans la zone et de mettre beaucoup de projets de logements». Le spécialiste de conclure : «Ce sont tous ces projets-là que nous avons estimé partager avec les populations, pour les informer pour qu’elles puissent se préparer par rapport à tout ce que l’Etat envisage dans la zone. Ainsi pour voir avec elles les actions à mettre sur place pour atténuer les effets négatifs.»

20 Sep 2021

Tamba : Les acteurs de la Dynamique pour une Transition Agro Ecologique Locale (DyTAEL) en conclave

Les ONG, ENDA Pronat, Am Be Koun, ISRA et Caritas se sont retrouvées pour un atelier de partage d’expériences dans le cadre de la dynamique locale pour une transition agro écologique dans la région de Tambacounda. Une session qui s’inscrit dans la continuité de l’atelier de lancement de la DyTael (Dynamique pour une Transition Agro Ecologique Locale) de la région de Tambacounda.

Il a était question entre autres, de renforcer l’alliance entre les acteurs mais également de partager des informations permettant d’alimenter le dialogue politique, le plaidoyer au niveau local.

Ardo Sow de Enda Pronat de noter que la « Dynamique pour une Transition Agroécologique au Sénégal (DyTAES) est un réseau qui regroupe des organisations faîtières de consommateurs, des ONG, des institutions de recherches, des réseaux d’organisations de la société civile sénégalaise et un réseau d’élus locaux engagés dans la transition agroécologique. Cette mobilisation devrait se structurer au sein de cadres locaux, Dynamique pour la Transition Agroécologique au niveau Local (DyTAEL), qui seraient chargés de nourrir et d’outiller la DyTAES dans le dialogue national avec le gouvernement sénégalais.
«Nous avons senti que le changement de système de production est une nécessité aujourd’hui dans la mesure où, avec la pandémie qui sévit à travers le monde, l’alimentation est devenue de plus en plus difficile », explique Ardo Sow. Il s’agit pour lui, « de développer des stratégies qui permettent de voir comment retourner à une agriculture beaucoup plus résiliente, une agriculture beaucoup plus productive sans engrais ni pesticide. Car, qui parle d’agriculture sans engrais ni pesticide parle de santé humaine ».

Donc, précise Ardo, la rencontre de Tambacounda est un suivi qui intervient après la mise en place de la Dytael. « Une feuille de route a été élaborée avec plusieurs actions. Et chaque acteur avait promis de faire certaines actions. Nous sommes là pour voir le niveau d’avancement ou de réalisation de ces actions », souligne-t-il.
Source: http://echoriental.com/tamba-les-acteurs-de-la-dynamique-pour-une-transition-agro-ecologique-locale-dytael-en-conclave/

16 Avr 2021

Convergence Globale des luttes pour la terre et l’eau: Rencontre bisannuelle

La coordination de la Convergence Globale de Lutte pour la terre et l’eau en Afrique de l’Ouest s’est réunie du 1er au 3 avril 2021 pour faire le bilan des actions menées depuis 2019, et préparer la suite. Enda Pronat a pris part à cette rencontre.

C’est à Selingué, dans le Sud-Ouest du Mali, que les points focaux des plateformes nationales membres de la Convergence Globale de Lutte pour la terre et l’eau en Afrique de l’Ouest (CGLTE-OA) se sont réunis pendant 3 jours, pour la rencontre biannuelle de ce réseau d’organisations de la société civile ouest africaine.

La rencontre fut l’occasion de rappeler l’historique de la CGLTE-OA, dont la genèse remonte au Forum Social Africain à Dakar en 2014. L’idée s’est ensuite affinée en 2015 au Forum Social Mondial de Tunis, avant d’aboutir la même année à l’élaboration et à la validation d’un plan d’action lors d’une rencontre organisée au Centre international de formation en agroécologie paysanne de Nyéléni (CIFAN) au Mali. Cet événement fut le point de départ d’une véritable synergie d’actions sous régionales contre les accaparements des terres et de l’eau, baptisée Convergence des luttes pour la terre et l’eau ouest africaine (CGLTE OA), et structurée d’une commission de coordination régionale, d’une commission de communication, et de 14 plateformes nationales. Une analyse des forces et faiblesses de la convergence a été faites à travers des échanges entre les participants, notamment en lien avec son système organisationnel.

Des bilans ont été dressés concernant l’exécution du plan d’actions mis en œuvre lors de la dernière rencontre de la Convergence au Bénin en 2018, et les activités menées par les plateformes nationales. Des recommandations ont été formulées pour la suite des actions à mener en 2021, et un début de plan d’action 2022-2024 a été élaboré, divisé en six axes : 1) le renforcement de la convergence et des plateformes nationales, 2) le foncier, 3) la promotion de l’agroécologie paysanne, 4) la promotion des droits humains, 5) la promotion du genre, et 6) la communication.

Les participant-e-s ont également travaillé sur les préparatifs  de la 3e édition de la caravane sous régionale, activité phare de la CGLTE-AO, prévue du 28 octobre au 18 novembre 2021. Les deux caravanes précédentes ont chacune touchées environ 10 000 personnes et mobilisées 300 organisations, tout au long des pays traversés. La 3eme caravane devrait parcourir la Gambie comme pays de départ, puis le Sénégal, la Guinée Bissau, ensuite la Guinée, et enfin pour finir avec la Sierra Léone à Freetown.

Les Sénégalais ont prévu de se rendre très prochainement en Gambie, nouveaux arrivants dans la caravane, afin de bien préparer l’événement ensemble. Bien que certaines inquiétudes persistent, notamment en lien avec le contexte de pandémie, les membres de la CGLTE-OA restent confiants sur la tenue de l’événement.

Un « Document de plaidoyers communs pour une gouvernance foncière responsable inclusive et équitable en Afrique de l’Ouest sécurisant le droit des communautés dont les femmes et enfants » a été partagé et amendé par l’assemblée. Ce document devra être remis au Président en fonction de la CEDEAO, le Président de la République du Ghana, ainsi qu’aux différents chefs d’Etat de la CEDEAO.

Enfin, les participant-e-s ont échangé sur la mise en place d’un système d’alerte pour protéger les militants actifs de la CGLTE-AO ou autres activistes par des organisations de droits humains au niveau national, régional et international.

Prochaine étape : organisation d’un atelier au Burkina Faso au mois de mai 2021, pour mettre en place des mesures préventives de protection des personnes et des données, et réfléchir au format de système d’alerte le mieux adapté à la Convergence.

 

15 Avr 2021

L’agriculture conventionnelle, un modèle à l’agonie

Le modèle d’agriculture conventionnelle a, sur le long terme , affaibli les ressources naturelles productives et les acteurs s’accordent sur le fait que l’urgence , pour le Sénégal , c’est de passer à l’agroécologie . Une transition qui , cependant , requiert un accompagnement étatique.

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Source: Journal Enquête du mercredi 14 avril 2021, Sénégal

06 Avr 2021

Une Dynamique pour une Transition Agroécologique Locale (DyTAEL) en route à Tambacounda

Les 23 et 24 mars 2021, Enda Pronat et Am Be Koun ont tendu la main à d’autres acteurs de la zone de Tambacounda pour unir leurs efforts en vue de mettre à l’échelle la Transition Agroécologique dans la localité.

77 participant-e-s issus des organisations de producteurs, d’ONG, d’institutions de recherche et de formation, de privés, de collectivités territoriales et des services techniques des communes de Koussanar, Ndoga Babacar, Bala, Koar et Sinthiou Maleme ont répondu à l’appel.

L’atelier s’est déroulé sur deux jours au niveau de la mairie en présence des représentants du Préfet et du maire de Tambacounda et du sous-préfet de Koussanar. Cette rencontre a débuté par le partage du document de contribution politique de la  Dynamique pour une Transition Agroécologique au Sénégal. Puis quelques initiatives réussies en agroécologie dans la zone ont été présentées. Les participants ont ensuite échangé sur la vision, la mission et les objectifs de la DyTAES. Et finalement, une feuille de route pour la mise en place de la Dynamique pour la Transition Agroécologique au niveau Local, à Tambacounda, a été définie collectivement.

Au Sénégal, depuis plusieurs décennies, des organisations de la société civile, des institutions de recherche, certaines communes et l’Etat portent diverses initiatives pour développer l’agroécologie. Plus récemment, l’Etat sénégalais a placé la transition agroécologique parmi les cinq initiatives majeures du Plan d’Action Prioritaire de la deuxième phase du Plan Sénégal Emergent (2019-2023).

En effet, au Sénégal et plus globalement dans le Sahel, l’agroécologie apparaît de plus en plus comme une réponse pertinente à la problématique d’adaptation agricole de la région, que ce soit en matière de gestion de l’eau, de préservation du sol contre l’érosion ou de gestion de sa fertilité.

Ainsi, en mai 2019, faisant suite à la déclaration de l’Etat, les différentes organisations et plateformes engagées dans l’agroécologie au Sénégal ont décidé de se réunir au sein d’une seule alliance, la DyTAES, dans le but de mener une action de dialogue politique avec le Gouvernement.

La « Dynamique pour une Transition Agroécologique au Sénégal » (DyTAES) est un réseau qui regroupe des organisations faîtières de producteurs, de consommateurs, des ONG et des institutions de recherches, des réseaux d’organisations de la société civile sénégalaise et un réseau d’élus locaux engagés dans la transition agroécologique.

Issu d’un large processus de consultation dans les différentes régions du Sénégal, le document de contribution aux politiques nationales de TAE élaboré par la DyTAES[1], constitue un premier investissement collectif pour une TAE dont la nécessité fait l’objet d’un consensus national. Ce document a été partagé avec les décideurs lors des Journées de l’Agroécologie de janvier 2020.

A l’issue de ces journées, la DyTAES a inscrit entre autres actions dans sa feuille de route la mobilisation des acteurs au niveau local pour accompagner des dynamiques territoriales de mise à l’échelle de l’agroécologie, et ainsi construire des modèles afin d’alimenter le dialogue politique et améliorer les recommandations déjà formulées. Ainsi, cette mobilisation devrait se structurer au sein de cadres locaux – Dynamique pour la Transition Agroécologique au niveau Local (DyTAEL) – qui seraient chargés de nourrir et d’outiller la DyTAES dans le dialogue national avec le gouvernement sénégalais.

Dans les départements de Tambacounda et de Goudiry, situés dans la région de Tambacounda, des initiatives sont entreprises par plusieurs acteurs de développement, mais à des échelles réduites et de façon éparse dans l’espace.

Ces interventions généralement marquées par des moyens limités et un manque de concertation justifient aujourd’hui la mobilisation des acteurs autour d’une dynamique locale pour une véritable mise à l’échelle de la transition agroécologique. C’est dans ce sens qu’a été organisé un atelier de réflexion sur la mise en place d’une dynamique locale pour la transition agroécologique au niveau local (DyTAEL).

La feuille de route élaborée à l’issue de cet atelier regroupe des activités portées par une quinzaine d’organisations (OP, ONG, services techniques, mairies,…) désormais responsables de la réussite de cette dynamique.

« Nous avons le devoir de communiquer et de travailler ensemble pour réussir. Demain nous devrons tirer le bilan de nos actions » a rappelé le représentant du maire de Tambacounda lors de la clôture de la rencontre. Il a insisté aussi sur la nécessité d’organiser des sessions spéciales sur l’agroécologie avec les conseils municipaux pour favoriser une appropriation. Cela permettra à chaque conseiller d’être porte-voix de l’agroécologie dans son village.

Cet atelier a pu être financé grâce à l’appui des projets AVACLIM et Desira FAIRS, dont l’objectif est respectivement d’organiser des échanges sur les pratiques ou initiatives agroécologiques entre des praticiens ou acteurs de terrains, et de rassembler les acteurs engagés dans l’agroécologie pour porter le dialogue politique au niveau local

[1] https://www.endapronat.org/wp-content/uploads/2020/05/Contribution-aux-politiques-nationales-pour-une-TAE-au-Sénégal-_-DyTAES-_-Avril-2020.pdf

29 Mar 2021

One Planet Summit: Discours de Mariam SOW , Secrétaire Exécutive ENDA PRONAT

Au Sénégal, tous les acteurs  de l’agroécologie dans leur diversité  se retrouvent dans une dynamique  nationale  pour une transition agroécologique la DyTAES. Le souci est de mutualiser nos ressources, nos connaissances, et les résultats de nos recherches actions, et faire face aux enjeux  du moment que sont : la dégradation  de nos écosystèmes  et la perte de la biodiversité dues aux changements climatiques et à nos systèmes de production.

Notre DYTAES regroupe des organisations paysannes, des collectivités locales, des ONG et des institutions de recherche scientifique nationales et internationales  basées au Sénégal.

Nous sommes membres fondateurs de l’Alliance 3AO,  une plateforme de coopération, de plaidoyer et de diffusion de l’agroécologie dans la sous-région. C’est  dans  cet élan que nous, la DYTAES avons produit  un document de contribution et l’avons  remis  au chef de l’état du Sénégal, qui a fait de l’agroécologie le 4éme  axe  de son quinquennat.

Après notre structuration à la demande du ministre  de l’agriculture, nous sommes en négociations avec lui pour un cadre de  dialogue multi-acteurs pour la mise en œuvre de nos recommandations. Ce cadre va intégrer naturellement les différents  ministères, dès l’instant que  nous reconnaissons tous, que l’agro écologie  est un tout.

La  Covid  19, confirme  la nécessité d’un changement de paradigme et d’accélérer la mise à l’échelle de la transition écologique.

C’est de là que nous invitons tous les partenaires  politiques et financiers à des négociations sur des systèmes de financements adaptés et durables pour une  agroécologie portée par les peuples et pour les peuples, qui permette de rétablir les inégalités économiques et sociales, aspirer  á une souveraineté aux différents niveaux : nutritionel, alimentaire, sanitaire et bien sûr économique, au Sénégal et dans la sous-région, et ainsi sécuriser les communautés actuelles et futures.

Monsieur le Président, chers participants,  je demeure convaincue que le Sénégal va confirmer  son leadership en agroécologie, par des projets  structurants qui permettront aux dynamiques locales de passer à  l’échelle. Mais pourvu qu’il y ait une bonne gouvernance de nos ressources, une écoute mutuelle, des échanges égalitaires à tous les niveaux. On ne peut plus régler le problème tout seul, mais c’est avec la compréhension de tous et la participation de tous, de façon claire, que nous pourrons apporter une réponse à cette urgence qui est à l’échelle mondiale, pas seulement en Afrique et au Sénégal.

Je vous remercie monsieur le Président, et j’espère que j’aurai un moment beaucoup plus long pour parler de l’expérience du Sénégal qui n’est pas petite.

Version vidéo du discours https://youtu.be/JijaVXnfx60

 

 

08 Mar 2021

Quand tout un village s’initie à l’agroécologie sous l’impulsion d’une seule femme

DIEYNABA DIALLO est une productrice du Sénégal oriental, qui grâce à son leadership et son engagement, a pu entrainer avec elle tout son village dans la transition agroécologique, avec l’accompagnement d’Enda Pronat.

Dieynaba Diallo habite dans le village de Sinthiou Sambarou, dans la commune de Ndoga Babacar. Mère de 8 enfants, seconde femme d’un ménage polygame, c’est une paysanne fermement engagée dans l’agroécologie. C’est en 2017 qu’elle intègre le programme d’Enda Pronat, d’accompagnement des exploitations familiales (haatandé) dans la transition agroécologique. Elle est la seule à l’époque à croire à l’agroécologie. Mais grâce à son engagement, son leadership, sa détermination, et les résultats qu’elle a obtenus, elle a pu convaincre progressivement sa communauté villageoise de rentrer dans le processus.

D’après elle, « l’accompagnement d’Enda a permis de renforcer l’autonomie des femmes de toute la zone. Les femmes ont plus accès à la terre, elles contribuent davantage aux décisions concernant les exploitations familiales. Elles connaissent mieux leurs droits et devoirs, et les chefs de ménage se concertent avec elles pour les activités champêtres et pour prendre les décisions en lien avec le ménage. C’est grâce à Enda Pronat que j’ai eu cette opportunité de me sentir importante.”

Ainsi, avant d’être appuyée par Enda Pronat, elle se débrouillait seule dans ses champs avec ses enfants qui sont jeunes. Les enfants de sa co épouse étaient grands et ne s’occupaient que des champs de leur mère. Mais avec l’accompagnement d’Enda elle a eu du matériel et des semences pour l’aider à valoriser ses terres, et elle a réussi à acheter une charrette et un cheval pour emblaver une superficie plus importante. Elle ajoute qu’ « avant les hommes emblavaient leur champ, puis allaient emblaver les champs des femmes, mais maintenant les femmes peuvent semer à temps, et elles ne dépendent plus des hommes ».

 

D’autre part, elle et les autres femmes du village avaient tout le temps des problèmes en période de soudure, elles avaient

 des difficultés pour donner à manger à leurs enfants. Mais « avec l’appui des animateurs de la Fédération Yakar Niani Wulli et de Enda Pronat, les femmes ont pu faire une banque céréalière, et elles gèrent mieux la période de soudure. Chacune prend 50 ou 100 Kg dans la banque quand elle en a besoin, et après les récoltes elle rembourse avec des intérêts (10 kg / 50 kg empruntés). » Elles ont donc gagné en autonomie et ont renforcé la sécurité alimentaire de leurs enfants.

Elle-même présidente du GPF Kawral Sinthiou Sambarou qui regroupe 30 femmes autour d’activités d’agriculture et d’élevage, elle a remarqué que « l’accompagnement d’Enda Pronat a permis aux femmes d’être davantage dans les instances de décision. Par exemple certaines ont intégré activement les conseils municipaux. D’autres sont devenues Présidentes d’Union de producteurs, lors du récent renouvellement » (trois Présidentes sur un total de six unions).

Selon Dieynaba Diallo, « les pratiques agroécologiques ont un impact important dans la fertilisation et la santé des sols, mais aussi au niveau de la santé humaine ». Emmenées par Dieynaba, lesfemmes de son GPF ont leur jardin agroécologique aménagé et suivi par Enda Pronat, qui leur permet de subvenir à leurs besoins, de gérer l’étude de leurs enfants et d’avoir de l’aliment de bétail pour le petit ruminant. 

08 Mar 2021

AISSATOU HABY SENE, L’AMAZONE DE L’AGROECOLOGIE DANS LA COMMUNE DE KEUR MOUSSA

Aissatou Haby SENE, la cinquantaine passée, est née à Ndiobass et vit actuellement à Landou. Elle est membre active de la fédération Woobin de Keur Moussa dont elle fut présidente de la zone Sud. Plutôt bonne élève, elle a su tirer profit des formations et des connaissances acquises à travers la fédération tant dans le foncier que l’ASD et cherchant à appliquer au maximum ses connaissances. Malgré les contraintes liées à l’enclavement et au manque d’eau, elle fait preuve d’ingéniosité et d’adaptation et développe ainsi une agroécologie aux multiples facettes

Haby, la productrice en agricultrice saine et durable (ASD) : Dans ses champs, elle cultive en saison des pluies une diversité de cultures comme le niébé, le bissap, le gombo, les courges, des aubergines, etc. sans se décourager des dégâts parfois causés par la divagation animale. Elle produit ses propres bio-pesticides et fait ses traitements en cas d’attaques. Elle plante et protège également des arbres dans son champ promouvant ainsi la biodiversité. Elle passe la journée dans ses champs, ce qui lui permet de surveiller sa production.

Haby, l’experte en Lutte Anti Erosive (LAE) : Formée à la première heure, elle fait partie des  leaders et organisatrices de l’activité dans son village Landou. Avec le noyau de femmes leaders et l’animateur, elles suivent la programmation des journées d’investissement, procèdent à l’identification et à la réalisation des ouvrages. Elle a fait l’objet de plusieurs interviewes lors des reportages par des médias nationaux et internationaux pour expliquer leur activité de défense et restauration des sols (DRS), les types d’ouvrages de lutte anti-érosive, leurs utilités  et impacts sur la végétation, la restauration des terres, la sécurité du village, etc. Elle réalise également des ouvrages dans ses champs.

Haby, la défenseuse du foncier local : les sensibilisations faites pour la sécurisation des terres dans cette zone qui subit de fortes pressions foncières en raison de la réalisation des infrastructures (aéroport Blaise Diagne, autoroute à péage, cimenterie, etc.) et sa proximité avec Dakar ne l’ont pas laissée de marbre. Aussi raconte-t-elle fièrement l’anecdote où elle s’est mise sur le chemin du Caterpillar qui terrassait le sol pour des lotissements, pour préserver la terre de ses enfants. Elle (sa famille) a déposé une demande de délibérations pour régulariser leurs terres. Elle  contribue à la valorisation de leurs champs grâce aux activités agricoles développées.

Haby, la dame à la main verte, comme l’illustre la photo devant son goyavier. Elle achète régulièrement des fruits qu’elle donne aux enfants contre remise des pépins ou des graines qui passeront par sa main verte pour devenir de jeunes plantes. Tout est pour elle prétexte de pépinières, arbres fruitiers (papayers, citronniers, goyaviers, corossoliers, etc.) comme espèces forestières (kad, quinkéliba, ndiadame, kel, etc.). Elle contribue ainsi à la préservation des espèces en voie de disparition ou simplement utiles. Aussi fait-elle le bonheur des écoles, des paysans et de quelques citadins et même en dehors du pays, qui les achètent pour en faire des plantes de jardins. Elle a même acquis une cantine au site de recasement pour la vente de ses pépinières et de semences.

Toutes les personnes qui la connaissent, reconnaissent en elle ce don et cette passion que les contraintes de son environnement ne découragent guère. Elle gagne des revenus avec la vente de ses produits ASD diversifiés. Aussi s’exclame- t-elle souvent  « Si j’avais de l’eau » comme pour laisser deviner tout ce qu’elle aurait pu faire avec ce liquide précieux si rare dans leur village. Elle a également le soutien de ses enfants qui l’appuient dans les factures d’eau.

Puisse-t-elle continuer à vivre dignement de son engagement et de sa passion de praticienne de l’’agroécologie au service de sa collectivité et du monde.

08 Mar 2021

Les femmes, pionnières de l’agroécologie au Sénégal

Depuis ses débuts, Enda Pronat a développé une relation privilégiée avec les femmes rurales, premières à s’engager dans les expérimentations agroécologiques au Sénégal. Jusqu’à présent, elles jouent un rôle majeur dans la transition agroécologique, en tant qu’actrices de transformation au sein de leur communauté, et Enda Pronat les accompagne sur différents leviers.

Au-delà des aspects portant sur l’équité et la justice sociale qui tiennent à cœur à Enda et qui amènent l’organisation à intégrer naturellement les femmes au même titre que les hommes dans l’ensemble de ses interventions, le rôle majeur des femmes dans la transition agroécologique a poussé Enda Pronat à mener des actions spécifiques avec ces pionnières, dans ses différentes zones d’ancrage.

Un accès équitable aux ressources naturelles

Dans les années 80, alors qu’Enda Pronat lance des expérimentations pour chercher des alternatives aux produits agro-chimiques, les femmes sont les premières à répondre à l’appel. C’est en développant la recherche action avec elles que le problème de leur accès aux ressources productives, particulièrement au foncier, s’est posé.

En effet au Sénégal, en dépit de la Loi sur le Domaine National qui prône un accès équitable des hommes et des femmes aux terres, le droit coutumier continue d’être appliqué dans la plupart des régions. Les terres sont détenues par les hommes, et les femmes ne sont pas souvent consultées pour les prises de décisions concernant leur gestion.

Face à ces freins socio-culturels, Enda Pronat tente d’influencer progressivement les pratiques locales. Des sensibilisations sont ainsi organisées auprès des hommes et des femmes sur le bienfondé de l’accès des femmes au foncier, en lien avec la sécurité alimentaire des familles, mais aussi avec le bien-être global de la famille et de la communauté. Des échanges sont entrepris avec les hommes, notamment ceux qui exercent une influence ou sont impliqués dans la gestion foncière (les chefs coutumiers, les notables et religieux, les élus locaux, les autorités administratives locales…). Et les capacités politiques, civiques, intellectuelles et économiques des femmes sont renforcées, afin qu’elles puissent revendiquer leurs droits et engager des négociations dans leurs communautés.
C’est ainsi que le pourcentage de demandes foncières individuelles de femmes dans les communes d’intervention d’Enda Pronat augmente sensiblement : alors qu’il atteignait rarement 20% avant les sensibilisations d’Enda Pronat en 2018, le pourcentage de demandes des femmes dans les communes avec lesquelles Enda Pronat collabore atteignait ensuite 48 % à Chérif Lô, 55 % à Darou Khoudoss ou encore 41 % à Keur Socé.

A Tattaguine, là où les femmes n’avaient aucune délibération en leur nom il y a encore de cela 5 ans, en 2020, 17 % des délibérations accordées par la commune l’ont été à des femmes.

On peut aussi citer des femmes comme Haby Sene à Landou (commune de Keur Moussa), qui s’est dressée face aux tractopelles et a entrepris des demandes d’attribution pour sécuriser les terres de ses enfants face aux velléités foncières. Et toutes les femmes de son village et des villages alentour qui, en l’absence des hommes partis travailler en ville ou en migration, se sont organisées et ont remonté leurs manches pour pratiquer la lutte anti érosive avec l’accompagnement d’Enda Pronat, afin de restaurer 120 hectares de terres rongées par l’érosion, et les remettre en valeur avec l’agroécologie.

Ou encore les femmes de Lérabé (commune de Guédé Village) qui ont négocié 14 % des terres aménagées du périmètre irrigué villageois et se battent à chaque campagne agricole pour les conserver et les mettre en culture. Alors qu’avant elles ne cultivaient que les terres de leur mari ou de leur père, les femmes ont non seulement accédé à des terres, mais en plus elles ont gagné leur autonomie sur ces terres grâce à l’appui technique et financier d’Enda Pronat pour les mettre en valeur.

Et aussi Marie Hélène Sarr à Fayil (commune de Diouroup) qui chaque année cultive sa rizière, même quand personne d’autre ne le fait, car elle sait que sinon elle risque de s’ensabler, et elle craint surtout que si elle ne la valorise pas, cette terre lui soit reprise et que ses enfants ne puissent pas en hériter.

Leadership féminin et participation aux prises de décisions

Si l’accès aux ressources est un enjeu majeur, étroitement lié au pouvoir et au statut social, l’accès aux instances de gouvernance et la participation aux prises de décisions en leur sein est un autre levier essentiel pour que la voix des femmes et leurs préoccupations soient entendues.

Afin de renforcer le leadership des femmes, et faciliter leur accès et leur participation effective aux instances de décisions, Enda Pronat organise des ateliers de formation sur le leadership féminin et des actions de sensibilisation sur les droits des femmes. L’approche village permet également d’aborder la question avec l’ensemble des communautés, et de favoriser le dialogue et argumenter en faveur de la participation des femmes dans les mécanismes de gouvernance locale des ressources naturelles, notamment dans les bureaux des comités villageois paritaires. L’alphabétisation fonctionnelle est également une occasion, d’une part de renforcer les capacités de lecture et d’écriture des femmes pour leur permettre de mieux assumer les responsabilités liées aux postes qu’elles ont ou pourraient obtenir, et d’autre part de sensibiliser et informer sur les conséquences des mariages forcés ou précoces ou des grossesses précoces

C’est ainsi qu’à Saré Sambourou (commune de Koussanar), si un mariage non désiré est connu de la communauté villageoise, les femmes s’organisent et vont convaincre les hommes concernés de revenir sur leur décision. La présidente du GPF, Diouldé Sow, est également devenue conseillère municipale en 2014.

A Guédé Chantier, les conseillères ont bénéficié d’un programme continu de formation qui leur permet à présent de prendre librement et aisément la parole lors des séances du conseil municipal. Alors qu’avant elles n’osaient pas s’exprimer. Dorénavant, elles parlent au même titre que les hommes, et chacun donne son point de vue avant toute prise de décision. Elles se disent elles même outillées et déterminées, capables de prendre la parole partout pour défendre les préoccupations des femmes[1]. D’autre part, suite aux revendications des conseillères, le conseil municipal a récemment décidé de dédier 15% du budget municipal annuel à l’électrification de l’unité de transformation confiée à un groupement de femmes.

L’autonomisation économique des femmes à travers leur engagement dans la transition agroécologique

L’autonomisation économique est un autre enjeu majeur pour des transformations durables en faveur des femmes et de la transition agroécologique. En effet, même si elles réussissent à obtenir des terres au sein des exploitations familiales, les femmes sont souvent freinées par le manque de moyens économiques pour les valoriser. De plus, leur dépendance financière envers leurs maris au sein des ménages les maintient dans une position de dépendance et de subordination non propice à leur épanouissement et à leur empowerment.

Pour agir sur ce levier économique, Enda Pronat a notamment appuyé la mise en place de caisses villageoises autogérées dans la plupart de ses zones d’ancrage. Ces caisses sont organisées avec des comités de gestion mis en place par la communauté villageoise, renforcés en capacités de gestion, et accompagnés pendant une certaine période. Ces instances de gouvernance sont mixtes, et les femmes parviennent donc à obtenir des prêts au même titre que les hommes. D’autre part, Enda Pronat accompagne les femmes dans la production agroécologique, notamment au niveau des jardins des groupements de femmes. Enfin, d’autres activité génératrices de revenus sont mises en place pour diversifier les sources de revenus et renforcer l’autonomisation financière des femmes et leur résilience.

Ainsi, les premières caisses autogérées villageoises installées dans des villages de la commune de Keur Moussa avec 200 000 Fcfa seulement, et gérées à 90 % par des femmes, sont parvenues à rassembler aujourd’hui plusieurs millions de Francs CFA mis à disposition des communautés.

Dans les différents villages qui ont eu à bénéficier de la mise en place de caisses villageoises autogérées dans les zones d’ancrage d’Enda Pronat, les femmes ont souligné le fait qu’elles ont dorénavant un accès plus facile au matériel de production. Alors qu’avant elles devaient attendre que les hommes aient fini d’utiliser les semoirs pour les avoir à leur tour, là elles peuvent en bénéficier à temps, ce qui a un impact non négligeable sur leur rendement en fin de campagne.

A Sinthiou Sadio Aliou, la mise en place du forage solaire a non seulement permis d’amener l’eau potable au village et donc de réduire la corvée des femmes et leur libérer du temps, mais elles ont également pu développer leur jardin maraicher biologique, contribuant à la bonne santé des ménages, et leur permettant de participer aux dépenses quotidiennes avec leurs maris, ainsi que de répondre à leurs propres besoins et à ceux de leurs enfants.

A Diouroup, ce sont les GPF de Thiamène, Keur Mangari, Diouroup et Fayil qui ont développé des activités de transformation de l’arachide, sous forme d’huile et autres produits dérivés.

A Sinthiou Alhadji Mody BA (commune de Ndoga Babacar), la communauté villageoise s’est engagée dans une meilleure gestion des ressources, notamment forestières. Les femmes étant fortement impactées, le chef de village a plaidé pour qu’elles soient particulièrement soutenues dans cette épreuve, et un élevage avicole est en train d’être mis en place.

Au Fouta, les GPF de Lérabé et Guédé Village (commune de Guédé Village) ont développé une forte diversification dans leur production agroécologique, ce qui permet aux femmes de garantir la sécurité alimentaire et nutritionnelle de leurs familles, mais également de vendre les surplus sur le marché local. En 2020, le GPF de Lérabé a obtenu sur son jardin agroécologique fertilisé depuis des années avec de la matière organique et cultivé sans intrants chimiques, des rendements largement supérieurs à ceux des hommes exploitants le périmètre irrigué voisin.

Bien que les communautés dans leur ensemble soient affectées par les conséquences de l’utilisation des produits agro-chimiques et des techniques de production (déboisement, monoculture, etc), et par celles des changements climatiques, engendrant sécheresse et désertification, les femmes ont toujours été particulièrement impactées. En effet, ce sont elles qui sont contraintes d’amener leurs enfants avec elles dans les champs, les exposant ainsi à des intoxications aux pesticides par ingestion ou exposition. Ce sont elles qui doivent parcourir toujours plus de kilomètres pour trouver du bois de chauffe qui devient une denrée de plus en plus rare. Ce sont elles qui doivent développer leurs pratiques agricoles pour subvenir aux besoins des enfants et personnes âgées restées sur place quand les hommes sont partis en migration.

L’ensemble de ces facteurs nous permettent de comprendre le rôle précurseur des femmes dans la transition agroécologique au Sénégal. En effet, les consultations zonales organisée en 2019 par la Dynamique Nationale pour une Transition Agroécologique au Sénégal, ainsi que plusieurs études (voir par exemple Enda Pronat, 2017b ; Clavel et al.,2018), ont montré que les femmes sont des actrices incontournables de l’agroécologie et de l’agriculture de manière générale. Dans toutes les zones visitées, elles sont proactives et centrales dans les projets de transition agroécologique, et mènent diverses initiatives d’adaptation au changement climatique, souvent en groupements ou en associations. Et ce malgré les difficultés financières et logistiques existantes et les inégalités socioéconomiques dont elles sont souvent victimes.

[1] https://www.youtube.com/watch?v=rAoGSjMY0VQ&t=224s