"Environnement Développement Action pour la Protection Naturelle des Terroirs"
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10 Déc 2018

Rencontre du CRAFS autour de la codification en texte de loi des propositions paysannes sur la réforme foncière

Le comité technique du Cadre de Réflexion et d’Action sur le Foncier au Sénégal (CRAFS)[1] s’est réuni le samedi 24 novembre 2018 dans les locaux d’Enda Pronat, avec un groupe de juristes, pour faire le point sur l’évolution de la participation de la société civile au processus de réforme foncière. En début de rencontre, le groupe est revenu sur sa dernière rencontre stratégique du mois de juin 2018. Ce fut l’occasion de discuter une nouvelle fois au sujet des Zones Economiques Spéciales (ZES) qui se multiplient sur le territoire national alors même que la réforme foncière semble gelée, et de faire le point sur la feuille de route du CRAFS concernant ladite réforme. Puis, le groupe de juristes, personnes ressources du CRAFS depuis plusieurs années, a présenté sa proposition de législation.

Rappel historique – Après avoir fait des études et autres recherches à partir de 2010, les organisations membres du CRAFS dont Enda Pronat, ont profité du contexte de relance du processus de réforme foncière entamé en 2012 pour organiser pendant plusieurs années des ateliers de sensibilisation sur les enjeux de la réforme foncière, et des formations sur la législation foncière, auprès de milliers de Sénégalais et Sénégalaises à travers tout le pays. C’est lors de ces ateliers que des propositions paysannes sont ressorties pour une réforme foncière qui soutient et accompagne les exploitations familiales tout en appuyant une politique de développement rural intégrée afin d’atteindre la souveraineté alimentaire. Un grand travail d’harmonisation de ces propositions a ensuite été fait, pour élaborer le Document de position du CRAFS, qui a été remis à la Commission Nationale de Réforme Foncière. La CNRF s’est fortement inspirée du Document de position du CRAFS pour formuler son Document de Politique Foncière, soumis au Président de la République en avril 2017 en présence du CRAFS.

Malgré tout ce travail participatif très positif, d’une part la CNRF a proposé dans son DPF l’immatriculation des terres du Domaine National en dépit des mises en garde du CRAFS qui y voit une main tendue à la marchandisation des terres paysannes, d’autre part l’Etat du Sénégal a dissout la CNRF en juin 2017, et le processus de réforme est au point mort depuis. Face à cette situation et à la multiplication des cas d’accaparement de terres, le CRAFS a décidé de continuer son travail de contribution à la réforme, en proposant une codification des propositions paysannes en texte de loi.

Le document élaboré comprend d’une part une proposition de Loi-cadre qui reprend la Loi sur le Domaine National (LDN), en y intégrant au fil des articles des précisions permettant de prendre en compte les propositions paysannes, et d’autre part un ensemble de décrets d’application prenant en charge plus en détails toutes ces préoccupations. L’application des grands principes contenus dans cette Loi-cadre sera précisée au niveau local à travers des conventions locales et Plans d’Occupation et d’Affectation des Sols, cadrant avec cette loi, et discutés au niveau de chaque commune.

Le comité technique du CRAFS a eu à faire plusieurs remarques sur le document, et le travail doit continuer dans les jours à venir, afin que les juristes puissent façonner un document traduisant exactement les propositions paysannes contenues dans le document de position du CRAFS.

Un atelier de validation est prévu en fin d’année, regroupant l’ensemble des membres du CRAFS et un groupe élargi de juristes, pour aboutir à un document complet et fidèle au travail effectué depuis des années. Cette proposition de Loi-Cadre sera ensuite partagée aux populations à travers le pays, et remise à l’Assemblée Nationale et au gouvernement, dans l’espoir de relancer le processus de réforme, et d’obtenir une législation favorable aux exploitations familiales et à la souveraineté alimentaire.

[1] http://www.endapronat.org/crafs/

10 Déc 2018

Journée Mondiale des Sols, le 5 décembre 2018

Historique du World Soil Day

La Journée mondiale des sols (WSD) se tient chaque année le 5 décembre afin d’attirer l’attention sur l’importance d’un sol en bonne santé et préconiser la gestion durable des ressources en sol. Recommandée par l’Union internationale des sciences du sol (IUSS) en 2002, la FAO a soutenu l’instauration du WSD en tant que plate-forme mondiale de sensibilisation. Et finalement, en décembre 2013, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté officiellement le 5 décembre 2014 comme la toute première journée mondiale des sols[1].

Une forte dégradation des sols au Sénégal

Depuis plus de trois décennies, on assiste au Sénégal à une dégradation continue de la terre avec pour conséquence un effondrement continu des performances de l’agriculture. En effet, le véritable mal de l’agriculture sénégalaise reste principalement la perte prononcée de la fertilité des sols. Ainsi, des études réalisées par le CILSS en Novembre 2010 indiquent que sur les 3 805 000 ha de terres arables dont dispose le pays, 2 400 000 ha sont fortement dégradés (soit 63%). Cette perte de fertilité des sols est due principalement aux effets conjugués de facteurs tels que l’utilisation d’engrais chimiques, la pratique de cultures sur brûlis, le déboisement massif, la surcharge de bétail mais surtout la baisse et l’instabilité des pluies en partie consécutive au recul des boisements naturels (20 000 ha de forêts perdues par an).[2]

En 2015, le Gouvernement du Sénégal a adopté la Stratégie Nationale de Développement Durable (SNDD) et le Cadre National d’Investissement Stratégique pour la Gestion Durable des Terres (CNIS/GDT), en vue d’inverser durablement, d’ici 2026, la tendance à la dégradation des terres dans tous les écosystèmes pour une productivité durable.  Cependant, en dépit des efforts consentis, force est de constater qu’il reste encore beaucoup à faire pour restaurer la fertilité des sols.

Comment restaurer la fertilité des sols ?

Depuis plus de 30 ans, Enda Pronat expérimente avec des organisations paysannes partenaires des pratiques agro écologiques comme alternative à une agriculture productiviste basée sur l’utilisation d’intrants de synthèse et la monoculture, en partie responsables de la dégradation des sols et de l’environnement. Parmi les pratiques agroécologiques expérimentées qui contribuent à la restauration des sols, nous pouvons citer :

  • La mobilisation de matières organiques
    • valorisation des déchets organiques ménagers,
    • valorisation des déchets agricoles,
    • valorisation du fumier des foirails ou des transhumants,
    • utilisation de bio-fertilisants prêts à l’emploi,
    • parcage du bétail au niveau des champs.
  • Le développement de la culture de plantes fourragères, pour compléter l’offre de fourrage, maintenir plus longtemps les animaux dans la zone, et faciliter leur parcage au niveau des parcelles pour enrichir les sols avec leur fumier ;
  • La Régénération Naturelle Assistée au niveau des parcelles agricoles, avec des espèces comme Faidherbia albida (kaad), Piliostigma reticulatum (guiguiss), Guieria senegalense (nger), Leucena (dans les vergers) ou encore Annageisus leocarpa (ngediane) ;
  • La lutte anti-érosive associée à la plantation de vetiver par exemple, pour fixer les sols ;

Exemples concrets expérimentés par les paysan-ne-s accompagné-e-s par Enda Pronat

Photo 1 : Lutte anti érosive – Sortie pédagogique avec les élèves de la Licence en agriculture écologique et biologique de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar[3], observation des ouvrages de lutte anti érosive au village de Landou (commune de Keur Moussa, département et région de Thiès). On peut voir ici un pont filtrant qui a presque complètement permis l’obstruction d’un ravin.

Photo 2 : Epandage de fumier de vache semi composté au niveau du jardin du GPF de Guédé Village (département de Podor, région de Saint Louis).

Photo 3 : Zone de régénération naturelle assistée protégée, commune de Diouroup (département et région de Fatick).

Photo 4 : Femme marquant un arbre pour signaler le fait qu’il est en RNA et qu’il ne faut pas le couper (département et région de Fatick).

Photo 5 : Montage avec 2 photos de parcelle de mil. Sur celle de gauche, aucune matière organique n’a été amenée, le mil est jauni et peu dense. Sur celle de droite, le producteur a écouté les conseils des techniciens d’Enda Pronat et a amendé sa parcelle en matière organique, le mil y est beaucoup plus vert et dense. Commune de Diouroup (département et région de Fatick).

Photo 6 : Champ de mil d’Ousmane Ba à Paniath (commune de Koussanar, département et région de Tambacounda) où le bétail est régulièrement parqué. La taille des épis fait le double de celle des champs non fertilisés. Certains producteurs qui n’ont pas de vaches ont commencé à ramasser le fumier des transhumants. Nous les encourageons à poursuivre leurs efforts.

Photo 7 : Comparaison de plants d’arachide produits avec et sans biofertilisants à Fass Thidy (commune de Koussanar, département et région de Tambacounda). A gauche, un plant de la parcelle témoin et à droite un plant de la parcelle avec les biofertilisants : on constate que les plants dans la parcelle témoin semblent contenir moins de gousses que ceux de la parcelle qui a été fertilisée.

Vous pouvez trouver plus d’exemples d’initiatives de fertilisation des sols et autres pratiques agroécologiques, développées par Enda Pronat mais aussi par d’autres acteurs nationaux de l’agroécologie, sur ce recueil de fiches de capitalisation produit de 2015 à 2017 par Enda Pronat : http://www.endapronat.org/annuaire-professionnel/1287/capitalisation-de-bonnes-pratiques-agro-ecologiques/

[1] http://www.fao.org/world-soil-day/about-wsd/fr/

[2] Analyse Intégrée du Contexte, PAM Sénégal, 2017 

[3] https://www.youtube.com/watch?v=sPRQ5i9sP68

26 Nov 2018

Processus de contribution du GDSP à la Revue Conjointe du Secteur Agro-Sylvo-Pastorale et halieutique

Le 18 octobre 2018, Enda Pronat a accueilli le Groupe de Dialogue Social et Politique (GDSP) dans ses locaux à Dakar pour l’atelier national de validation de sa contribution à la Revue Conjointe du Secteur Agro-sylvo-pastorale et halieutique (RCSA).

Le Sénégal, à l’instar d’autres pays membres de l’Union Africaine, s’est engagé à organiser annuellement la RCSA, un élément d’application du septième engagement de Malabo portant sur la responsabilité mutuelle[1]. Elle se décline par un processus de dialogues inclusifs entre le Gouvernement, le Secteur Privé, la Société Civile et les partenaires techniques et financiers. Elle offre donc un cadre de mutualisation pour : (i) évaluer les performances et résultats du secteur agricole, (ii) aider les groupes d’acteurs à asseoir des politiques et identifier les priorités pour le secteur agro-sylvo-pastoral et halieutique et enfin (iii) renforcer la participation des acteurs non gouvernementaux dans la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques publiques agricoles. Sous ce rapport, la revue conjointe revêt une importance capitale en ce sens qu’elle reste un moment fort de retour sur la dernière année de mise en œuvre de la politique agricole et de réflexion sur les résultats obtenus, les performances du secteur, mais également un exercice de renouvellement des engagements mutuels des groupes d’acteurs sur les perspectives du secteur. Elle constitue un cadre d’échanges où tous les représentants des groupes d’acteurs doivent examiner, de manière concomitante et concertée, les voies et moyens qui permettent au secteur agro-sylvo-pastoral et halieutique de jouer pleinement son rôle de levier pour une croissance soutenue, durable et inclusive. C’est la raison pour laquelle les Organisations de Producteurs et de la Société Civile, à travers le Groupe de Dialogue Sociale et Politique (GDSP), ont pris l’engagement de mener un exercice préparatoire indépendant afin de structurer et de documenter leur contribution à ladite revue conjointe. A cet effet, le GDSP a organisé cinq ateliers régionaux de consultation des Organisations de Producteurs et de la Société Civile (à Louga, St Louis, Kaolack, Ziguinchor et Matam) en septembre 2018 et une retraite pour synthétiser leurs contributions dans un document qui a été discuté et validé par les membres du GDSP au niveau national le 18 octobre dans les locaux d’Enda Pronat. Pour enrichir la contribution du GDSP, une étude d’approfondissement a été réalisée afin de mettre en exergue la contribution des exploitations familiales dans les performances du secteur. L’étude a montré qu’en 2017, sur ces 6 filières prioritaires (arachide, riz, coton, maïs, tomate industrielle), les exploitations familiales ont emblavé 1 818 000 hectares et mobilisé un investissement moyen de campagne 95 milliards de Fcfa pour l’achat des intrants (essentiellement semences et engrais). A l’atelier national de validation, les membres du GDSP ont apprécié l’intégration de ces données dans leur document de contribution et recommandé au comité technique d’approfondir l’étude et de prendre en compte un plus grand nombre de spéculations pour la prochaine RCSA. La contribution du GDSP a ensuite été partagée avec le Gouvernement à l’atelier de partage du 30 octobre 2018 à l’hôtel Good Rade à Dakar. Ce dernier a apprécié positivement la qualité de la contribution et projette de l’intégrer dans le document global de la RCSA dont l’atelier se tiendra avant la fin de l’année.

[1] http://ecowas-agriculture.org/sites/default/files/dc3a9claration-de-malabo-fr.pdf

22 Nov 2018

Nations unies: la Troisième Commission approuve la Déclaration sur les droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales

(Lundi 19 novembre 2018, New York) La Troisième Commission (questions sociales, humanitaires et culturelles) de l’Assemblée générale des Nations unies a voté en faveur d’une Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales, via la Résolution A/C.3/73/L.30. La résolution a été approuvée par 119 voix pour, 7 voix contre et 49 abstentions. C’est un immense pas en avant pour une campagne menée par La Via Campesina – le plus grand mouvement paysan mondial – et soutenue par de nombreuses organisations autour du globe, dont FIAN et le CETIM. La Déclaration des Nations unies vise à mieux protéger les droits de toutes les populations rurales, comme les paysans, les pêcheurs, les personnes transhumantes et nomades, les ouvriers agricoles et les peuples autochtones et à améliorer leurs conditions de vie tout en renforçant la souveraineté alimentaire, la lutte contre les changements climatiques et la conservation de la biodiversité. L’approbation de cette Déclaration est également une importante contribution à l’effort de la communauté internationale pour promouvoir l’agriculture familiale et paysanne. La Bolivie, qui présidait le processus, a insisté sur l’importance d’une telle déclaration pour parvenir à des sociétés humaines plus résilientes, durables et inclusives: « Nous pensons qu’il s’agit d’un pas important vers des politiques publiques qui reconnaissent non seulement les droits et les besoins des paysans, mais aussi leur contribution au bien-être et à la qualité de vie des sociétés qu’ils nourrissent quotidiennement par leur travail. Nous sommes convaincus que cet instrument jouera un rôle central dans le domaine des droits de la personne ainsi que dans l’éradication de la faim et de la pauvreté, conformément à l’Agenda 2030 pour le développement durable et à la Décennie pour l’agriculture familiale, sans laisser personne derrière. » Depuis son adoption par le Conseil des droits de l’homme à Genève fin septembre, La Via Campesina et ses alliés ont redoublé d’efforts pour que cette Déclaration des Nations unies soit adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies. Les déléguées et délégués de La Via Campesina présents à New York depuis le début de la session de la Troisième Commission ont exprimé leur joie à l’issue du vote.« L’assemblée est une victoire stratégique, non seulement pour les paysans mais aussi pour les peuples du monde entier. Nous allons continuer sur ce long chemin de lutte et d’unité, pour les droits et la justice sociale, convaincus que la pleine démocratie n’est possible que par la réforme agraire, la fonction sociale de la terre et la pleine jouissance des droits des paysans » a affirmé Diego Monton de La Via Campesina Amérique latine.  L’approbation de la déclaration par la Commission a été ponctuée de quelques débats mais a bénéficié du soutien conséquent des régions de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique latine. Quelques réactions négatives sont survenues de la part de l’Europe et autre régions, avec la délégation des USA rejetant le texte en raison de préoccupations de longue date au sujet de la Déclaration, qui chercherait à étendre des droits existants, en distinguant les droits humains des paysans de ceux d’autres groupes, ainsi que concernant les droits collectifs stipulés dans le contenu. Les pays européens se sont également montrés divisés dans leur réponse. « Au sein de la Troisième Commission, à laquelle participent tous les pays de l’ONU, nous avons assisté à une grande diversité de positions de l’Europe orientale et occidentale. Nous remercions vivement ceux qui nous ont soutenus. Vos votes en faveur de la déclaration mettent des valeurs humaines dans les droits de l’homme et donnent de l’espoir à des millions de paysans, hommes et femmes, à travers le continent. A ceux qui se sont abstenus ou ont voté contre, nous tenons à vous dire que les paysans et les petites familles paysannes de vos pays ne peuvent être laissés pour compte », a rappelé Ramona Duminicioiu de la Coordination Européenne de La Via Campesina.

Zainal Arifin Fuat, de La Via Campesina Asie a dit de cette déclaration qu’elle marquait un tournant historique dans l’histoire des luttes paysannes.

« La Déclaration reconnaît le rôle de premier plan que jouent les paysans dans la résolution des multiples crises auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui – alimentaires, environnementales, sociales et économiques. Les paysans ont un rôle essentiel pour la sécurité et la souveraineté alimentaires et pour la réalisation du droit à l’alimentation, en particulier dans les pays en développement, où ils fournissent jusqu’à 80% de la nourriture consommée localement. Cette Déclaration des Nations unies contribuera également aux efforts de l’humanité pour mettre fin à la pauvreté, à la faim et pour atteindre nos objectifs de développement durable. En Asie, nous pensons que si nos droits sont reconnus et mieux protégés, les populations pourront développer les zones rurales et éviter l’exode rural, cause de problèmes insolubles » a-t-il ajouté.

« La ruée sur les ressources qui se poursuit sur le continent africain comme ailleurs a mis les paysans dans une position d’extrême vulnérabilité. L’attaque en cours contre les systèmes semenciers paysans a des répercussions bien au-delà de ceux qui produisent la nourriture. Elle touche tout le monde. Depuis 17 ans, nous faisons patiemment campagne pour un instrument international qui puisse protéger nos droits en tant que paysans et empêcher que nos systèmes alimentaires ne soient démantelés au profit d’une poignée d’individus. C’est un moment de fierté aujourd’hui pour les millions de paysans du monde entier, qui n’abandonnent jamais face à l’adversité. » a affirmé Elizabeth Mpofu, coordinatrice générale de La Via Campesina.

« La force du mouvement paysan se fait sentir au plus haut niveau de la gouvernance internationale: pour cela, nous devons rendre compte du travail acharné et de la passion de tant de paysans du monde entier. La solidarité des paysans, à l’échelle internationale, témoigne du lien étroit qui nous unit et lie nos enjeux, peu importe où nous vivons. Cependant, aujourd’hui n’est qu’une étape sur le long chemin de la justice en matière de droits humains pour les populations rurales. Nous devons poursuivre sur cette lancée et mettre la déclaration en action à tous les niveaux de la société. » a déclaré Jessie MacInnis, La Via Campesina Amérique du Nord.La Déclaration des Nations unies sera formellement ratifiée par l’Assemblée générale des Nations unies en décembre 2019, à la suite de la décision prise par la Troisième Commission cette après-midi.


Une note d’information sur la Déclaration des Nations unies peut être téléchargée ici.
Le texte complet de la Résolution et de la Déclaration est disponible ici.
Pour plus d’information merci de visiter www.viacampesina.org

Contacts pour la presse:

Ramona Duminicioiu (anglais, français, roumain) : +40 746 337 022 , ramona@ecoruralis.ro
Jessie MacInnis: (anglais) : +1 (902) 292-1040 , jessiemacinnis@gmail.com
Diego Monton (espagnol) : +54 9 261 561-5062 , diegomonton@gmail.com

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22 Nov 2018

Deuxième édition de la Caravane ouest africaine, TERRE, EAU et SEMENCES PAYSANNES

Le lancement officiel de la deuxième édition de la Caravane ouest africaine de la Convergence Globale de Lutte pour la Terre et l’Eau Ouest Africaine (CGLTE-OA)[1], s’est tenu le samedi 10 novembre 2018 à Mamou, Guinée Conackry sous la présidence effective du Gouverneur de ladite région. Cette forte mobilisation a réuni plus de 200 personnes venant d’horizons divers tels que la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal. A l’issue de la rencontre, le porte-parole de la Convergence Globale, Monsieur Massa Konè est revenu d’abord sur l’esprit de la caravane qui est l’engagement citoyen et le militantisme. « Cette caravane prône la paix et se définit comme principal objectif la lutte pour le respect des droits humains sur la gouvernance des ressources naturelles, notamment l’eau et la terre. Ces deux ressources constituent la vie. Sans terre et eau, il n’aura pas de vie. Aujourd’hui la jeunesse ouest africaine s’est engagée par le plaidoyer pour un développement durable et viable qui profite à tout le monde. Quel qu’en soit le prix, ce combat sera mené dans la paix mais avec la détermination. Le développement de l’Afrique est entre les mains des Africains et il doit être arraché par la jeunesse. » Abondant dans le même sens, le Gouverneur de la région de Mamou, Monsieur Alpha Omar Diallo s’est réjoui de cette initiative. « L’Afrique est une et indivisible. La caravane est une belle initiative d’intégration des peuples, elle porte espoir puisqu’elle est en majorité portée par des jeunes. La jeunesse c’est l’espoir, l’espérance et le développement. En outre, il avoue la terre et l’eau sont indispensable à la vie. Mais aujourd’hui le phénomène est beaucoup plus global, c’est un problème environnemental. Le monde subit de plus en plus les effets des changements climatiques. Ensemble, nous devons unir nos forces pour une Afrique prospère. » Sur ces mots, il a lancé officiellement le démarrage des activités de la Deuxième Edition de la Caravane Ouest Africaine de Lutte pour la Terre, l’Eau et les Semences Paysannes. La caravane se déroule du 10 au 30 novembre. Elle a déjà fait étapes dans plusieurs localités de Guinée Conakry et Côté d’Ivoire, et se trouve actuellement au Ghana, avant de continuer vers le Togo, et enfin le Bénin. Les caravaniers doivent rencontrer le Président béninois M Patrick Talon, actuel Président de la CEDEAO, pour lui remettre le livret Vert de la CGLTE[2].

[1] https://africaconvergence.net/?lang=fr

[2] https://africaconvergence.net/spip.php?article4

03 Nov 2018

Magazine la Clef des terroirs N 10: Foncier et alimentation

Le droit à l’alimentation et á la terre est une base pour améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations rurales vulnérables tout en contribuant à la protection des moyens de subsistance de millions d’agriculteurs dans le monde. L’accès accru à l’eau, à la terre, aux pêches, aux forêts et aux autres ressources naturelles favorise , pour des milliards de personnes, l’accès à des denrées alimentaires suffisantes permettant ainsi une alimentation adéquate. Voilà pourquoi votre magazine la « La Clef des terroirs » concentre son dixième numéro sur cette question.

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30 Oct 2018

Une transition agroalimentaire s’impose

Ce texte fait partie d’un cahier spécial.

Alors que la population mondiale ne cesse de croître et que, corrélativement, les ressources naturelles s’amenuisent, le défi de la sécurité alimentaire s’intensifie à l’échelle planétaire. Face à cette conjoncture, de nombreuses organisations s’efforcent de promouvoir des modes de production et d’alimentation qui conjuguent performances économiques, environnementales et sociales et qui tiennent compte des impacts sur les milieux de vie. Cas de figure du Sénégal, en Afrique de l’Ouest, où cette démarche est étroitement liée à la lutte pour la sauvegarde des ressources foncières et à celle de la valorisation des produits locaux.

Comme c’est le cas dans de nombreux pays africains, l’insécurité alimentaire menace une part importante de la population du Sénégal. D’après l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, à l’heure actuelle, près de 750 000 Sénégalais seraient touchés par cette situation.

Il faut savoir que la population de ce pays d’Afrique de l’Ouest vit en majorité en milieu rural (53,5 % selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie) et qu’elle œuvre principalement dans le milieu agricole.

Or, le Sénégal connaît actuellement un important problème de dégradation des sols. D’après des études réalisées par le Comité inter-États de lutte contre la sécheresse au Sahel, sur les 3 800 000 hectares de terres arables dont dispose le Sénégal, 2 400 000 sont fortement dégradés.

Cela s’explique notamment par l’utilisation soutenue d’engrais chimiques, l’intensification des cultures industrielles et la réduction du couvert végétal, laquelle est due à la déforestation et aux nombreuses sécheresses qui ont affecté le pays depuis les années 1970.

L’accaparement des terres

Parallèlement, l’accès aux terres est de plus en plus difficile au pays. Actuellement, la loi sur le domaine national met la terre à la disposition des communautés de base, mais sans droits juridiques ; elle ne prévoit ni la transmissibilité, ni l’aliénabilité, ni la cessibilité des terres.

Ce que cela signifie concrètement, c’est que tant que les populations cultivent ces terres, elles peuvent techniquement les considérer comme leurs. Cependant, sur le plan juridique, elles ne leur appartiennent pas.

En vertu de la loi, l’État du Sénégal peut donc octroyer des terres à des investisseurs privés et spolier les agriculteurs de leurs parcelles s’il juge la transaction opportune pour des raisons d’utilité publique.

« L’accès au foncier est un problème qui s’accélère depuis la crise mondiale de 2008 », indique Mme Mariam Sow, présidente du conseil d’administration d’ENDA tiers-monde, une organisation internationale oeuvrant à la promotion d’une société plus juste et plus équitable par le changement politique, économique et social.

En effet, de plus en plus d’investisseurs étrangers convoitent les terres du Sénégal. Il s’agit tantôt d’États désireux d’assurer la sécurité alimentaire de leurs citoyens, tantôt d’acquéreurs intéressés par les retombées financières que leur exploitation peut rapporter.

« C’est très inquiétant, parce qu’ils récupèrent nos ressources foncières pour faire de grandes cultures, souvent destinées à l’exportation, qui engendrent une dégradation [des sols] encore plus forte pour les populations locales et qui contribuent à créer une insécurité alimentaire encore plus grande », souligne Mme Sow.

Sous la pression de la société civile, après son élection en 2012, le président Macky Sall a mis en place une commission nationale de réforme foncière chargée de proposer un texte de politique foncière. Ce dernier a bel et bien été élaboré et soumis aux plus hautes autorités, mais est demeuré sans suites après la dissolution de la commission.

« Nous attendons impatiemment l’adoption d’une réforme foncière, confie Mme Sow. La société civile, et ENDA en particulier, a développé une bataille très forte par rapport à ces multinationales. Mais ce qui est difficile, c’est qu’il y a une pression importante de l’international qui cherche toujours à garder une mainmise autour des ressources africaines. »

Pour une agriculture écologique et locale

Pour répondre au défi de la sécurité alimentaire, plusieurs estiment que le milieu agricole sénégalais doit effectuer une transition vers une agriculture plus écologique et plus durable.

Avec le soutien d’organisations comme ENDA, plusieurs agriculteurs ont amorcé un changement de pratiques, notamment en diversifiant leurs cultures, en adoptant des méthodes biologiques et en évitant de recourir aux produits chimiques, mais ceux-ci restent encore insuffisamment nombreux. « Si on n’accélère pas cette transition, nous sacrifierons tout un continent et toute une génération future, juge la militante d’ENDA tiers-monde. Il y a beaucoup de dispositifs à mettre en place pour soutenir cette transition. Il faut se doter d’une vision politique plus claire et instaurer des mécanismes de financement d’une agriculture plus durable. […] Il faut aussi se mettre à former des jeunes qui vont devenir des paysans intellectuels qui travaillent en connaissance de cause. » La valorisation des produits locaux figure également au palmarès des priorités. Considérant que les besoins alimentaires des Sénégalais sont aujourd’hui couverts à près de 70 % par des importations, principalement de riz, de blé et de maïs, le défi s’annonce de taille.

De passage au Canada

Mme Sow entame ces jours-ci un séjour au Canada. Le 30 octobre, aux côtés de l’organisation canadienne Inter Pares, elle prendra la parole à Ottawa lors du lancement officiel du plus récent rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Elle participera également à l’événement la Tablée des idées, le 10e forum du Réseau pour une alimentation durable, lequel aura lieu du 1er au 4 novembre. Elle y discutera de l’impact de l’agriculture industrielle et du besoin urgent d’une transition vers l’agriculture écologique en Afrique.

Source: https://www.ledevoir.com/vivre/alimentation/539763/une-transition-agroalimentaire-s-impose

 

26 Oct 2018

Identification et cartographie des couloirs de transhumance dans la zone du Delta et du lac de Guiers

Le projet BRACED (Building Resilience and Adaptation to Climate Extremes and Disasters -Programme de Renforcement de la Résilience et de l’Adaptation aux Episodes Climatiques Extrêmes et aux Désastres) a pour objectif général de renforcer les moyens d’adaptation aux changements climatiques des familles très pauvres et pauvres dans la bande Sahélo-saharienne par l’optimisation de la mobilité locale et transfrontalière des animaux. En effet, le fait de pouvoir circuler avec leur bétail le long des pistes transfrontalières aide les pasteurs et agropasteurs du Sahel à gérer les variabilités climatiques, à trouver des zones de repli en cas de sécheresse aigüe, et à accéder aux marchés. Le projet ambitionne donc de renforcer la résilience des pasteurs et agropasteurs (femmes, hommes, enfants) en sécurisant les pistes transfrontalières stratégiques, en fournissant des services de base, en aidant les communautés et les parties prenantes à mener un plaidoyer pour la mobilité transfrontalière du bétail et pour l’élaboration de politiques appropriées à l’échelle locale, nationale et de la CEDEAO (Afrique de l’Ouest). Le projet intervient au Mali, au Sénégal, en Mauritanie, au Burkina Faso et au Niger depuis 2014. Au Sénégal, sa zone d’intervention se limitait à la zone sylvopastorale jusqu’en 2017, et c’est pour étendre ses activités dans la zone du Delta et du lac de Guiers qu’Enda Pronat a été intégrée en début d’année 2018, avec le CIRAD en appui technique. Dans la zone du projet où Enda Pronat intervient, une des principales activités consiste à appuyer les collectivités territoriales dans l’identification et la sécurisation des couloirs et pistes de passage des animaux pour réguler le passage et atténuer les tensions entre agriculteurs et éleveurs, dans une zone où le front agricole et les agro industries envahissent de plus en plus de nouvelles terres, bloquant ainsi des passages. C’est pourquoi une mission du projet a été organisée fin septembre, pour faire l’identification des axes et couloirs prioritaires de transhumance dans chaque commune (Keur Momar Sarr, Syer, Ngnith) avec les conseillers municipaux, les agents fonciers et les chefs de villages des localités traversées par ces couloirs. Les couloirs ont donc été identifiés, et suite à une formation SIG (Système d’Information Géographique), une cartographie a pu être élaborée. La suite des activités consistera à partager les différents tracés avec les communautés et les collectivités, avant d’aller vers les négociations et les délibérations pour sécuriser avec des balises les pistes et toutes les autres ressources aux abords des couloirs (zones de pâturage, mares, points d’eau, parcs à vaccination, marchés à bétail, etc…). Le même travail sera ensuite effectué d’un côté dans les communes frontalières avec la Mauritanie pour prendre en compte la transhumance internationale, et d’un autre côté dans des communes de la zone sylvo pastorales pour faire la jonction avec les couloirs déjà matérialisés. Ainsi, ce maillage complet permettra d’éviter au maximum les conflits entre agriculteurs et éleveurs, et de protéger la ressource pastorale.

22 Oct 2018

Auto-évaluation de la Convention Locale dans la commune de Diouroup

Le mardi 9 octobre, l’équipe de Diouroup et des représentant-e-s de la coordination d’Enda Pronat ont facilité l’auto-évaluation de la convention locale de gestion durable des ressources naturelles, dans le terroir de Diop Ndoffene, dans la commune de Diouroup. Cette rencontre regroupait les veilleurs de la convention locale, les chefs de villages, des producteurs et productrices, l’agent local de l’ANCAR, l’agent des Eaux et forêt, un conseiller municipal et l’équipe de Enda Pronat. Diop Ndoffene est un village assez dynamique qui protège sa forêt depuis les années 80. La convention locale a permis de renforcer la légitimité des veilleurs et de renforcer la sensibilisation des populations sur la gestion durable des ressources naturelles. Mais après 18 mois de pratiques, certains points ne faisaient plus l’unanimité et ont été sujet à débat. C’est le cas de la règle qui concerne la limitation de la divagation des petits ruminants pendant la saison sèche. Après de riches échanges entre les différents acteurs et des apports sur l’évolution du contexte et la construction prochaine d’une autoroute non loin du village, les participant-e-s ont retenu de conserver cette règle. Un autre point important d’échange portait sur la volonté des villageois de voir la mairie s’impliquer davantage dans la délimitation des parcours de bétail, le respect des dates de la coupe de la paille et la dotation d’équipement pour renforcer les veilleurs. Les jours suivant, le même processus a été répété dans 4 autres zones inter villageoises. Une restitution de ce processus d’auto-évaluation est prévue avec l’ensemble des acteurs en présence des autorités locales, avant la fin du mois d’octobre, pour l’ensemble de la commune.