Pour une agriculture saine et durable
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27 Fév 2020

Les impacts de la sensibilisation sur la gouvernance forestière dans la commune de Ndoga Babacar au Sénégal oriental

C’est dans un contexte où les cas d’accaparement de terres se multiplient dans la zone, et où l’exploitation abusive de la forêt en lien avec la Gambie voisine s’intensifie, conduisant à une forte dégradation de l’environnement, qu’Enda Pronat s’est engagée à travailler depuis plusieurs années avec la commune de Ndoga Babacar, avec l’objectif principal d’appuyer la mairie et les populations à s’inscrire dans une dynamique de gestion durable de leurs ressources naturelles. Cela passe par des sessions de formation et de sensibilisation de l’ensemble des acteurs pour une meilleure prise de conscience et un engagement citoyen pour la défense et la restauration de l’écosystème.

Plusieurs sessions de sensibilisation/formation ont ainsi été organisées en 2019 avec l’appui d’experts et une forte implication des conseillers municipaux, chefs de villages, notables, présidents d’associations d’agriculteurs, d’éleveurs, d’exploitants forestiers, de femmes et de jeunes et de personnes ressources de la commune. Les formations ont porté sur les enjeux fonciers, la législation foncière, la gestion forestière et le nouveau code forestier, notamment les opportunités qu’il offre pour une participation citoyenne à la gouvernance des ressources forestières. 

Dans ce processus, un rôle capital est attribué aux animateurs locaux qui ont été chargés d’animer des réunions thématiques villageoises avec la participation de l’ensemble des catégories sociales (hommes, femmes, jeunes, autorités religieuses et politiques, etc.). C’est ainsi que 1300 personnes ont été sensibilisés dans 26 villages de la commune, avec l’appui de Pronat et du service des Eaux et forêts.

 

Après un an de sensibilisation continue, le maire de Ndoga Babacar, M. Oumar Dème témoigne qu’il a noté de nombreux impacts grâce à la sensibilisation menée avec Enda Pronat.

« La population a une meilleure prise de conscience sur les enjeux liés à la préservation de la forêt ; 80% des villageois sont en train d’abandonner la coupe du bois. En revanche, les coupeurs venant de Koussanar, Sinthiou Maleme et Tamba continuent avec les tronçonneuses. »

Les villageois informent désormais le maire à chaque fois qu’ils voient passer un véhicule avec des troncs. En octobre dernier, le maire est parvenu à en intercepter un qui transportait trois troncs. Il a appelé les Eaux et Forêt qui ont saisi la voiture. Jusqu’à présent cette dernière est garée aux Eaux et forêt avec les troncs.

Les charbonniers qui étaient dans la forêt classée depuis des années ont été dénoncés par les populations sensibilisées et sont retournés en Guinée. Les Eaux et forêts ont évalué ce qu’ils ont coupé, ont dressé un Procès-Verbal, ont saisi le charbon et ont reversé 18% des ventes à la mairie.

La maire attire également notre attention sur le fait que certains coupeurs de bois sont particulièrement démunis et manquent d’alternative pour subvenir aux besoins de leur famille. D’où l’importance de soutenir les alternatives génératrices de revenus.

Grâce à la sensibilisation sur la foncier, les populations ont compris la loi sur le domaine national et commencent à demander des titres de régularisation pour leurs parcelles agricoles.

24 Fév 2020

Expérimentation de mécanismes et d’outils intégrés de gouvernance locale des ressources naturelles au Sénégal Oriental

 Depuis la fin des années 90, Enda Pronat accompagne des communautés du département de Tambacounda dans la promotion d’une agriculture saine et durable. Dans la continuité de ces actions et face au niveau avancé de dégradation de la forêt et des cas d’accaparement des terres, depuis 2017, Pronat expérimente avec la mairie et les populations de Ndoga Babacar des mécanismes et outils intégrés pour une gouvernance participative, équitable et durable des ressources naturelles.

Dans un contexte où la sécheresse des années 70-80 a fragilisé l’écosystème sahélien, l’action anthropique renforcée par des politiques agricoles basées sur les principes de la Révolution verte ont conduit à une forte dégradation des ressources naturelles qui accroit la situation d’insécurité alimentaire au Sénégal. Malgré le transfert de compétences aux communes rurales en matière de gestion des ressources naturelles, ces dernières manquent de moyens pour jouer leur rôle et impliquer les communautés de base.

Ces constats sont particulièrement visibles au Sénégal Oriental, notamment dans la commune de Ndoga Babacar, où l’implication des populations dans la gouvernance locale est très faible et le niveau de dégradation des ressources naturelles élevé. Les ménages pauvres ne parviennent, avec leur production, qu’à couvrir 6 à 7 mois de consommation. Ceux qui tentent de diversifier leur production rencontrent des difficultés liées au sous-équipement agricole.

Face à toutes les contraintes précitées, et dans la continuité du processus d’accompagnement mené avec la commune depuis plus de 20 ans, Enda Pronat s’est fixée pour défis de i) Promouvoir l’instauration de mécanismes et d’outils propices à une gouvernance participative, équitable et durable des ressources naturelles, ii) Soutenir le développement de systèmes de production alternatifs dans une perspective de contribuer à l’atteinte de la sécurité alimentaire et nutritionnelle de manière durable, iii) Poursuivre le plaidoyer auprès de l’Etat pour l’adoption de politiques agricole et foncière cohérentes qui permettent aux exploitations familiales d’améliorer leur accès sécurisé aux ressources productives.

Pour relever ces défis et accélérer la prise de conscience et les transformations, Enda Pronat mène des activités de sensibilisation et d’information des populations de la commune, met en place des mesures d’accompagnement et des alternatives, et soutient le plaidoyer au niveau national, pour une gestion plus durable et équitable des ressources naturelles.

Sensibilisations sur la gestion durable des ressources naturelles

C’est dans ce contexte qu’Enda Pronat s’est engagée à travailler avec la commune de Ndoga Babacar avec l’objectif principal d’appuyer la mairie et les populations à s’inscrire dans une dynamique de gestion durable des ressources naturelles.

  • Sessions de formation et de sensibilisation de l’ensemble des acteurs

Plusieurs sessions de sensibilisation/formation ont ainsi été organisées en 2019, pour une meilleure prise de conscience et un engagement citoyen pour la défense et la restauration de l’écosystème. Ces ateliers, organisés au niveau de la commune et portés par le conseil municipal, se sont déroulés dans une dynamique inclusive avec le Sous-Préfet et les agents du service des Eaux et Forêts, des experts foncier et forestier, les chefs de villages, notables, présidents d’associations d’agriculteurs, d’éleveurs, d’exploitants forestiers, de femmes et de jeunes, les animateurs de la commune et autres personnes ressources. Les formations ont porté sur les enjeux fonciers, la législation foncière, la gestion forestière et le nouveau code forestier, notamment les opportunités qu’il offre pour une participation citoyenne à la gouvernance des ressources forestières. 

Partant du principe que seul un travail à la base peut conduire à des changements et garantir la durabilité de ses actions, Enda Pronat a fondé sa stratégie d’intervention sur l’approche-village pour s’étendre progressivement à l’échelle du terroir. Ainsi, c’est suite aux ateliers de formation que les animateurs de la commune, spécifiquement renforcés par les experts, sont descendus dans les villages. Accompagnés par l’équipe locale d’Enda Pronat, ils ont animé des réunions thématiques villageoises avec la participation de l’ensemble des catégories sociales (hommes, femmes, jeunes, autorités religieuses et politiques, etc.).

C’est ainsi que 1300 personnes ont été sensibilisés dans 26 villages de la commune (sur un total de 107 villages et hameaux), avec l’appui d’Enda Pronat et du service des Eaux et forêts. Ces sensibilisations ont permis de : (i) mieux comprendre les causes des problèmes de gouvernance; (ii) vulgariser les textes législatifs auprès des populations notamment le code forestier et la loi sur le domaine national ; (iii) réfléchir avec les populations sur les solutions à adopter.

  • Classes d’alphabétisation fonctionnelle

Parallèlement à ces actions, Enda Pronat a mis en place 4 classes d’alphabétisation fonctionnelle dans la commune. Appliquée à la gouvernance locale des ressources naturelles, ce programme d’alphabétisation permet de préparer des jeunes hommes et femmes déscolarisés de 18 à 35 ans environ à participer de façon significative à la gestion de leur terroir, notamment en leur permettant de lire les documents écrits en Puhlar concernant la gestion des ressources naturelles et la gouvernance locale et en devenant de futurs animateurs et/ou conseillers municipaux.

Mesures d’accompagnement et alternatives pour une gestion durable des ressources naturelles

  • Vulgarisation de la Régénération Naturelle Assistée

La régénération naturelle assistée (RNA) consiste à protéger et gérer les repousses naturelles (pousses) que produisent les souches d’arbres et arbustes dans les champs. C’est une stratégie alternative agro forestière développée par Enda Pronat dans plusieurs de ses zones d’intervention, considérée à la fois comme une pratique agroécologique pour faire face à la baisse de la fertilité des sols, mais aussi comme une mesure d’accompagnement bien plus efficace que le reboisement pour améliorer la gestion des ressources forestières en luttant contre la forte régression de la densité et de la diversité végétale. Une bonne gestion des ressources naturelles est essentielle au développement de l’agriculture saine et durable promue depuis plus de 20 ans dans la zone par Enda Pronat.

Les 6 animateurs de la commune de Ndoga Babacar ont reçu une formation et intègrent la RNA dans les sensibilisations qu’ils mènent dans l’ensemble des villages de la commune. La formation et l’accompagnement des producteurs volontaires devraient être étendus progressivement à l’ensemble des villages de la commune.

  • Commissions domaniales et environnementales élargies

On dit qu’une commission qu’elle est élargie lorsqu’elle associe dans ses travaux d’autres personnes non élues et initialement non prévues par les textes.

Par exemple une commission domaniale est composée des conseillers élus dont un président, un secrétaire, un rapporteur et éventuellement un membre simple, accompagnés des services techniques (chef CADL), et le chef du village dans lequel se déroule la mission de la commission (celui-ci est membre d’office de la commission).

Mettre en place une commission domaniale élargie consiste à décider que désormais, en plus de ces membres, la commission est ouverte.

  • Soit à des personnes ressources issues de la commune, identifiées en fonction des particularités et besoins spécifiques de la commune Il peut s’agir du représentant communal des agriculteurs, des femmes, des jeunes, des éleveurs, un religieux, …
  • Soit aux représentants des villages concernés par l’opération foncière, regroupés au sein des comités villageois. Le comité villageois est alors le répondant de la commission domaniale au niveau du village et peut, au même titre que les autres membres de la commission, signer le procès-verbal.

Suite aux sensibilisations avec les élus sur la gouvernance foncière et forestière, la commune de Ndoga Babacar a choisi d’adopter des commissions environnementales et domaniales élargies. La mise en place des comités villageois n’étant qu’à un stade expérimental dans deux villages pilotes de la commune, il a été décidé que les commissions seraient désormais ouvertes aux comités villageois là où il y en a, et à toute autre personnes ressources déléguée par les villageois dans les villages où les comités villageois n’ont pas encore été mis en place. L’arrêté officialisant les comités villageois a déjà été publié, et celui concernant les commissions élargies le sera prochainement

  • Comités villageois paritaires

Le Cadre de Réflexion et d’Action sur le Foncier (CRAFS), dont Enda Pronat est membre active, recommande dans son document de position[1] l’institutionnalisation d’Instances Villageoises Paritaires, espace de dialogue et de concertation sur le foncier à l’échelon le plus proche des populations. Des comités villageois sont ainsi mis en place dans deux villages pilotes de la commune, d’une part pour favoriser un rééquilibrage des relations de pouvoir entre acteurs des communautés en améliorant la participation des femmes et de l’ensemble des catégories socio professionnelles dans la prise de décision, et d’autre part pour renforcer équitablement et durablement le contrôle citoyen sur la gestion des ressources naturelles.

Le comité villageois est ainsi un intermédiaire entre la commune et les populations. Dorénavant, les commissions municipales (dont la commission domaniale), ne pourront plus dialoguer uniquement avec le chef de village, elles devront s’adresser aux comités, garantissant une meilleure circulation de l’information et plus de transparence au sein du village, renforçant la prévention des conflits, prévenant les accaparements de terres, et préservant ainsi les ressources naturelles pour les générations actuelles et futures.

Un arrêté a été signé par le maire, pour officialiser la mise en place des comités. Il envisage également d’associer les comités villageois à certaines réunions du conseil municipal. Une formation de renforcement organisationnel et renforcement de capacités sur la gouvernance des ressources naturelles sera organisée pour préciser le rôle du comité, l’articulation avec le travail du conseil municipal, et garantir la meilleure gestion possible des ressources naturelles des villages concernés.

  • Caisses autogérées villageoises

La problématique de la déforestation ne pourrait se régler qu’à travers la sensibilisation. En effet, les populations qui sont confrontées à une pauvreté extrême sont contraintes de se rabattre sur les ressources naturelles. Ainsi, il est aussi nécessaire de soutenir des alternatives économiques génératrices de revenus. C’est dans ce sens qu’Enda Pronat soutient la mise en place de caisses autogérées villageoises pour faciliter l’accès des populations aux moyens de production (matériel agricole, semences,…). Les caisses sont une composante des comités villageois, elles viennent les renforcer en offrant la possibilité aux populations d’accéder à du crédit pour développer des activités économiques autres que la coupe du bois.

Témoignage du chef de village de Sinthiou Alhadji Mody Ba : « Je porte un intérêt important pour cette caisse, parce que nous sommes fatigués par les problèmes forestiers et ce serait difficile de faire fonctionner le comité sans ça. Quand il y a un besoin tu peux aller à la caisse et rembourser ensuite, ça va aider les gens à s’engager dans la lutte contre la déforestation. »

Les comités de gestion des caisses sont composés d’environ deux tiers de membres du comité villageois pour former les comités de crédit et de recouvrement, et un tiers de villageois extérieurs au comité pour former un conseil de surveillance, avec une répartition équitable entre hommes et femmes.

Les membres des comités de gestion des caisses des deux villages pilotes ont bénéficié d’une formation afin de définir les règles de fonctionnement de leur caisse, leur politique de crédit et de recouvrement, les rôles et responsabilités des différents comités internes. Ces comités de gestion seront accompagnés par les animateurs de la commune et l’équipe locale d’Enda Pronat.

Perspectives

  • Au niveau local

L’expérimentation de ces différents outils et mécanismes au niveau des villages pilotes, dans un premier temps, devrait permettre par la suite une mise à l’échelle dans l’ensemble des villages de la commune, et l’intégration de ces outils et mécanismes au sein d’un mécanisme plus global : une convention locale de gestion des ressources de la commune.

Dès les premières sensibilisations, la convention locale avait été identifiée comme étant l’outil le plus pertinent pour régler les problèmes de la commune en lien avec la gestion des ressources naturelles.

Le travail de construction de cette convention a commencé avec un diagnostic. Les animateurs ont profité de leurs sensibilisations pour identifier les modes d’organisation des villages, les éventuelles difficultés dans la gestion des ressources naturelles, les règles déjà mises en place par les communautés, et les propositions des populations pour renforcer durablement la gestion des ressources naturelles de leur terroir. Une cartographie des ressources de la commune est en cours.

L’ensemble de ces actions articulées et cohérentes contribuera directement à l’atteinte des ODD 2, 13 et 15, et formera un modèle de gouvernance des ressources naturelles qui pourra être adapté et reproduit dans l’ensemble des communes du pays.

  • Plaidoyer au niveau national

Les résultats des expérimentations menées dans le cadre de la gouvernance locale permettront de nourrir le plaidoyer mené au niveau national en faveur d’une gouvernance durable des ressources naturelles. Au cœur du plaidoyer, l’institutionnalisation des outils de gouvernance, telles que les conventions locales, sera prioritaire.

Enda Pronat et ses partenaires cherchent à faire porter le plaidoyer par la base, avec l’accompagnement de scientifiques et de leaders paysans du terroir. Le plaidoyer est principalement structuré autour de journées de sensibilisation des parlementaires, de visites de terrain avec les scientifiques et d’ateliers d’échange au niveau national avec l’ensemble des acteurs (OP, ONG, institutions de recherche et de formation, décideurs, etc.).

Le plaidoyer est renforcé par une forte médiatisation à travers la réalisation d’émissions radiophoniques pour informer les populations rurales et d’émissions télévisées en direction des décideurs qui sont alimentées par les vidéos réalisées sur le terrain.

Enda Pronat développe ainsi un plaidoyer fondé sur un argumentaire, la mobilisation d’alliances et le renforcement d’espaces de plaidoyer comme CRAFS, qui a eu une influence notable dans le processus de réforme foncière du Sénégal de 2014 à 2016 et dans la défense de victimes de l’accaparement des terres (ex. Dodel, Diokoul,…), et qui interpelle l’Etat pour la reprise du processus inclusif et participatif de la réforme foncière, et sur la loi n° 2017-06 portant sur les Zones Economiques Spéciales (ZES) qui menacent les droits, notamment fonciers, des sociétés paysannes.

[1] http://www.endapronat.org/wp-content/uploads/2018/06/Position-Crafs.pdf

 

06 Jan 2020

Le CRAFS en Assemblée Générale

Les 11 et 12 décembre 2019, le Cadre de Réflexion et d’Action sur le Foncier au Sénégal (CRAFS) a tenu son assemblée générale à l’hôtel Trarza du Lac rose, en présence des leaders et techniciens des organisations qui le composent et qui l’ont fait naitre une dizaine d’années plus tôt.

Le CRAFS[1] est une plateforme de la société civile sénégalaise qui œuvre pour une gouvernance foncière inclusive, transparente et équitable. Conscient des risques qu’encourent les communautés locales face aux accaparements de terres qui se multiplient suite aux crises alimentaires et énergétiques de 2008, le CRAFS mène des campagnes de sensibilisation et d’information des communautés, et un plaidoyer au niveau national pour la sécurisation des terres paysannes, en faisant remonter les idées et constats des terroirs jusqu’aux plus hautes instances du pouvoir.

Malgré plusieurs succès et avancées notables depuis sa création en 2010, comme la prise en compte d’une bonne partie des propositions paysannes dans le Document de Politique Foncière (DPF), ou encore la victoire des communautés de Dodel[1], les défis auxquels le CRAFS doit faire face continuent de s’accumuler. C’est pour les identifier précisément et mieux s’organiser que les organisations fondatrices et membres du CRAFS, (Organisations Non Gouvernementales, Associations et Organisations Paysannes) ont décidé de se retrouver en assemblée générale en cette fin d’année 2019. Cette assemblée a réuni pendant deux jours les organisations CNCR, Enda Pronat, Action Aid, IED Afrique, Gret, AJS, Congad, CICODEV Africa, ACCESS, FAPD, FONGS, Woobin, ASI, AVSF, Réseau National des Femmes Rurales du Sénégal, FENAB et Forum social sénégalais.

Lors de la première journée, les participant-e-s se sont concentré-e-s sur une analyse du contexte actuel au Sénégal, qui se résume principalement autour de deux axes :

  1. Abandon du processus participatif et inclusif de la réforme depuis 2017 avec l’absence de réaction suite au dépôt du Document de Politique Foncière en avril 2017 et la dissolution de la Commission Nationale de Réforme Foncière CNRF en juin 2017 ;
  2. Mise en œuvre d’une réforme en douceur, à travers d’une part le projet de cadastre et de sécurisation foncière PROCASEF, porté par l’Etat et la Banque mondiale, visant la généralisation de l’expérience de gouvernance foncière du PDIDAS à toutes les communes du Sénégal, sans évaluation préalable ; et d’autre part la promotion par l’Etat des Zones Economiques Spéciales (ZES).

En bref, un contexte où les risques d’immatriculation et de privatisation des terres du domaine national entrainant une systématisation de la vente des terres aux plus offrants, semblent particulièrement élevés et inévitables à moins d’une forte mobilisation de l’ensemble de la société civile.

C’est pourquoi la seconde journée a été dédiée au renforcement organisationnel et à l’élaboration d’une feuille de route pour l’année à venir.

La vision a été actualisée, pour devenir « Le Crafs une plateforme multi-acteurs de la société civile crédible et influente pour une gouvernance foncière participative, inclusive, transparente, équitable et paritaire qui améliore les conditions de vie des communautés ».

Trois objectifs stratégiques ont été définis et validés : i) Promouvoir un espace de la société civile approprié d’échanges et de valorisation d’expériences sur les questions foncières ; ii) Promouvoir la production de connaissances et la veille pour alimenter le dialogue politique et appuyer la mise en œuvre du plaidoyer pour une sécurisation des droits fonciers des communautés ; iii) Développer des dynamiques solidaires et complémentaires autour des initiatives de plaidoyer, de mobilisation sociale et d’engagement citoyen pour la sécurisation des droits fonciers des communautés.

Quatorze autres points ont été validés par l’Assemblée Générale, concernant la collecte d’informations, la participation à de grands événements, l’organisation de grandes mobilisations, la communication, l’élaboration d’une charte d’engagement des membres du CRAFS, l’identification et le financement d’une personne chargée d’animer le cadre, etc.

Il a été donné mandat au comité technique de préciser le plan d’action proposé pour l’année 2020, à partir du contexte et des enjeux partagés, et en fonction des orientations issues de cette AG.

[1] http://www.endapronat.org/annulation-de-loctroi-de-10-000-ha-a-une-agro-industrie-une-victoire-pour-les-populations-de-dodel/

[1] Plus d’informations sur le CRAFS : http://www.endapronat.org/crafs/

16 Oct 2019

Journée mondiale de l’alimentation – Enda Pronat pour la souveraineté alimentaire des peuples

Cette année, la Journée mondiale de l’alimentation (#WorldFoodDay) lance un appel pour un monde #FaimZéro, avec une alimentation saine, et durable. La @FAO rappelle ainsi que « l’intensification de la production vivrière et le changement climatique sont en train de provoquer une perte rapide de la biodiversité »[1], et que la sécurité alimentaire doit s’accompagner de mesures de préservation de l’environnement.

Alors que la production alimentaire mondiale par habitant n’a jamais été aussi élevée, la sous-nutrition repart à la hausse depuis 2015 après des décennies de baisse. Les systèmes alimentaires sont soumis à un ensemble de menaces qui tendent à s’accentuer et s’accumuler ces dernières années, particulièrement dans les pays dit du « Sud ». On peut citer la forte croissance démographique, les changements de régimes alimentaires en lien avec la mondialisation et la libéralisation, la pression sur les ressources naturelles (dont principalement l’eau, les terres et les semences) et la dégradation de l’environnement en lien les changements climatiques.

Pour parer à ces phénomènes, Enda Pronat travaille pour l’émergence d’un modèle de société basé sur la promotion de l’agroécologie et plaçant au centre de ses préoccupations la souveraineté alimentaire des peuples. C’est ainsi par exemple qu’elle accompagne depuis 2011 les communautés de Diouroup (région de Fatick, dans le bassin arachidier) dans l’adoption de pratiques agroécologiques et de gestion durable et équitable des ressources naturelles, pour promouvoir une meilleure adaptation et atténuation des effets des changements climatiques, et des systèmes alimentaires privilégiant une alimentation saine et locale.

Les pratiques agroécologiques les plus utilisées dans la zone sont l’autoproduction de semences (58%), la fertilisation organique (57%), et la valorisation des déchets organiques ménagers (56%).

Pour contribuer à la restauration de la fertilité des sols dans la zone, un accompagnement des producteurs dans la pratique de la Régénération Naturelle Assistée a également permis de reboiser 162 hectares de parcelles agricoles avec une densité de 35 pieds/ha contre 7 pieds/ha avant l’intervention, et une majorité d’espèces ayant un intérêt agronomique (fertilisation et augmentation de la diversité microbienne du sol) comme le Faidherbia albida.

Des études[2] ont montré que cet accompagnement a eu par exemple un impact majeur sur les rendements de mil (+ 17%), et que plus le niveau d’intégration des pratiques agro écologiques est élevé, plus le rendement de mil augmente. La transition agroécologique est donc une réponse adaptée pour fournir une alimentation saine et durable en quantité suffisante aux populations particulièrement impactées par les effets des changements climatiques. Enda Pronat travaille au niveau local, comme l’illustre cet exemple de Diouroup, et au niveau national à travers des partenariats multi-acteurs, pour accompagner la transition agroécologique qui s’inscrit dans l’atteinte de l’#ODD2 #SDG2 #FaimZéro, et plus spécifiquement de sa cible 2.4 : « D’ici à 2030, assurer la viabilité des systèmes de production alimentaire et mettre en œuvre des pratiques agricoles résilientes qui permettent d’accroître la productivité et la production, contribuent à la préservation des écosystèmes, renforcent les capacités d’adaptation aux changements climatiques, aux phénomènes météorologiques extrêmes, à la sécheresse, aux inondations et à d’autres catastrophes et améliorent progressivement la qualité des terres et des sols. »

[1] http://www.fao.org/world-food-day/theme/fr/

[2] Promouvoir l’agriculture saine et durable auprès des exploitations familiales – Voies durables pour un meilleur système alimentaire au Sénégal : http://www.endapronat.org/wp-content/uploads/2018/10/Etude_agroe%CC%81cologie.pdf ;

et Agroécologie : Capitalisation d’expériences en Afrique de l’Ouest – Facteurs favorables et limitant au développement de pratiques agroécologiques – Evaluation des effets socio-économiques et agro-environnementaux : http://www.endapronat.org/wp-content/uploads/2018/10/calao-2018-web-pages.pdf

30 Sep 2019

La Dynamique pour la Transition Agroécologique au Sénégal reçue par le Ministre de l’agriculture et de l’équipement rural

Reçue en audience par le Ministre Moussa Baldé le lundi 23 septembre 2019, une délégation de la Dynamique pour la Transition Agroécologique au Sénégal (DyTAES) a présenté la feuille de route de ce groupe multi acteurs engagé pour la transition agroécologique du Sénégal.

Cette délégation était composée entre autres de représentants de faitières paysannes (CNCR, Réseau National des Femmes Rurales du Sénégal), d’ONGs nationales comme Enda Pronat, du Réseau des villes et communes vertes et écologiques du Sénégal (REVES), de l’association de consommateurs CICODEV, de la Coalition sous régionale pour la protection du patrimoine génétique africain (COPAGEN), de l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ou encore du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD). L’objet de l’audience était de présenter la dynamique au sein de laquelle ce groupe d’acteurs est engagé pour la contribution à la transition agroécologique au Sénégal, ainsi que sa feuille de route, et de trouver chez le ministre et l’Etat un interlocuteur pour travailler ensemble à la mise en œuvre de cette vision forte.

En effet, depuis plusieurs années, ces organisations ont initié une diversité d’activités pour la promotion de l’agroécologie au Sénégal, telles que des sensibilisations, des expérimentations de terrain, la diffusion des bonnes pratiques et le plaidoyer envers les décideurs, notamment à travers l’organisation des Journées de l’agroécologie organisées avec l’implication du MAER depuis 2008. L’agroécologie est aujourd’hui reconnue comme un moyen de lutter contre les changements climatiques, de restaurer les sols, de fournir des produits de qualité, de créer des emplois et de la richesse.

Et lorsqu’en début d’année, le Président de la République avait affirmé sa volonté de faire de la transition agroécologique un axe prioritaire de son quinquennat, au sein du PSE Vert, les acteurs de l’agroécologie avaient décidé de se rassembler au sein de la Dynamique sur la Transition Agroécologique au Sénégal (DyTAES). Dans un souci de soutenir le gouvernement dans son ambition, et conscient que la Transition Agroécologique est un projet de société qui nécessite la mise en synergie de tous les acteurs, ce groupe multi acteurs avait alors pris l’engagement de conduire un processus de co-construction d’un document de contribution aux politiques nationales sur la transition agroécologique, en partant des préoccupations de la base, pour donner une contribution forte à cette vision en vue de faire du Sénégal un pays pilote dans la mise à l’échelle de l’agroécologie.

C’est dans ce sens qu’une série d’ateliers de consultation sont organisés entre aout et octobre 2019 dans les 6 zones éco-géographiques du Sénégal. Ces ateliers seront sanctionnés par un atelier national de validation du document de contribution aux politiques nationales sur la transition agroécologique, les 4 et 5 novembre 2019. L’idée étant de remettre ensuite ce document validé au Chef de l’Etat du Sénégal lors de la 3eme édition des Journées de l’Agroécologie qui devrait se tenir fin janvier 2020 en présence d’experts sous-régionaux et internationaux.

27 Sep 2019

Transition agro-écologique : consultation multi-acteurs dans la vallée du fleuve Sénégal

Dans le cadre du processus multi-acteurs pour une transition agroécologique, le groupe « Dynamique sur la Transition Agroécologique au Sénégal » (DYTAES) a lancé en août une série de sept ateliers zonaux pour consulter les populations locales et recueillir leurs propositions afin d’élaborer une stratégie d’accompagnement de l’Etat dans le processus de la transition agroécologique au Sénégal annoncé par le Président.

Après les zones de Niayes, le Bassin Arachidier et le Sénégal oriental, c’est au tour de la vallée du fleuve Sénégal d’être auditionnée. Le GITES s’est associé à cette rencontre qui s’est déroulée à Ndioum (Podor) du 17 au 19 septembre 2019 avec la DYTAS, EndaPronat et Action Contre la Faim.

La première journée de travail a consisté à réaliser une étude de terrain entre les terres autour du fleuve et l’espace pastoral. La première équipe a rencontré des acteurs du secteur agricole de l’île à Moprhile et s’est intéressé aux aménagements agricoles et aux terres de décrues. La seconde équipe est allé dans le diéri à la rencontré des groupements d’élevage et d’association pour la promotion de cultures fourragères et de la collecte de lait.

La deuxième journée s’est concentré sur un atelier participatif faisant remonter plusieurs thématiques atour des questions :

  • Comment faire revenir l’arbre dans l’agriculture ?
  • Comment améliorer l’accès aux aménagements hydrauliques responsables et équitables ?
  • Comment intensifier écologiquement l’élevage ?
  • Comment intensifier écologiquement l’agriculture ?
  • Comment améliorer l’accès à la formation en agro-écologie ?
  • Comment améliorer l’accès au crédit ?
  • Comment améliorer la gestion des aménagements hydro-agricoles ?
  • Comment améliorer la répartition de l’eau dans l’espace et le temps ?
  • Comment améliorer la coexistence entre agriculteurs et éleveurs ?

Cette initiative multi-acteurs, composée par des instituts de recherche, des acteurs de la société civile, d’organisations paysannes et les services techniques a été lancée dans un contexte où le Président de la République, dans son programme quinquennal, a fait de la transition agroécologique l’un des axes principaux du développement du Sénégal, « pour sécuriser l’alimentation des générations futures ».

Source: https://www.initiative-gites.org/transition-agro-ecologique-consultation-multi-acteurs-dans-la-vallee-du-fleuve-senegal/

25 Sep 2019

Ouvrages Biologiques pour renforcer la lutte contre l’érosion hydrique des sols

ENDA Pronat et la fédération Woobin accompagnent les populations de la commune Keur Moussa au Sénégal depuis une dizaine d’années, dans le développement d’une agriculture saine et durable, à travers des formations sur les techniques de productions agroécologiques, mais aussi des techniques de récupération des terres agricoles fortement dégradées et incultes, par la mise en place d’ouvrages de lutte anti-érosive et le reboisement.

La fédération paysanne Woobin est née en 2007, avec l’appui d’Enda Pronat, à partir de Comités Villageois de Développement des 36 villages de la Communauté Rurale de Keur Moussa (Région de Thiès) pour promouvoir une Agriculture Saine et Durable et notamment régénérer les ressources naturelles (sols, eau, végétation) de leur terroir. Depuis lors, Enda Pronat et Woobin mettent en œuvre un programme de renforcement de capacités des communautés de la zone afin de contribuer à l’atteinte de leur sécurité alimentaire et nutritionnelle. Cet accompagnement est axé principalement sur l’appui à la production agroécologique et la lutte anti érosive accompagnée de reboisement.

En effet, alors que le Centre et le Nord de la commune où l’eau d’irrigation est accessible, sont caractérisés par l’arboriculture et le maraichage principalement, les premiers diagnostics menés par les populations ont montré que la zone Sud, où les nappes d’eaux sont profondes, est soumise à une forte érosion hydrique qui emporte toutes les couches fertiles des terres et menace les villages.

Des formations et appui techniques et matériels sont fournis aux populations pour mettre en place des ouvrages antiérosifs mécaniques tels que des diguettes, fascines, demi-lunes, ponts filtrants et d’autres ouvrages.

De 2007 à 2017, ces actions ont contribué à la réduction du ruissellement, au retour de la végétation et à la récupération de 114,47 ha de terres dégradées dans sept villages. En 2015, une étude commanditée au cabinet GEODEF a montré dans son plan d’aménagement global des ouvrages de LAE qu’il ne suffisait pas seulement des ouvrages mécaniques pour lutter contre l’érosion mais aussi des ouvrages biologiques pour renforcer ces derniers.

Or, en parallèle de la mise en place des ouvrages, des comités observatoires composés des membres des villages qui interviennent dans les activités de lutte anti érosive (LAE), avaient été mis en place pour assurer le suivi des impacts de la LAE. Ces comités ont donc été formés par l’agent du Service des Eaux et Forêts de Pout sur les techniques de pépinières forestières. De 2014 à 2016, les membres des comités ont ainsi reboisé 28 675 plants d’acacia mellifera et acacia senegal, choisis par les comités pour leur résistance au stress hydrique. Ces arbres ont permis de contribuer à la préservation des sols mais aussi de sécuriser les exploitations agricoles des producteurs dans les villages.

Plus de 200 ouvrages antiérosifs ont été réalisés de 2007 à 2017, et plus de 80 supplémentaires de 2017 à nos jours. En 2019, les comités ont décidé de mettre en place 29 877 plants (d’acacia mellifera, acacia senegal, acacia nilotica, anacardier, moringa oleifera, prosopis juliflora, leuceana leucocephala).

Les populations ont pu constater elles-mêmes que les plants reboisés ont une action protectrice contre le vent et la pluie. La présence de racines abondantes dans le sol permet de fixer et de retenir les parties désagrégées de la roche, et donc de limiter considérablement l’érosion mécanique des sols. Les arbres permettent aussi qu’une partie de l’eau de pluie s’infiltre directement dans le sol pour alimenter les nappes phréatiques, mais aussi la production de litière pour la fertilité des sols. Grâce au phénomène de l’évapotranspiration, les arbres contribuent enfin à transférer de l’eau vers l’atmosphère, et participent ainsi pleinement au cycle de l’eau. Outre ces éléments positifs, l’aménagement des haies vives au niveau des exploitations agricoles réduit également les risques de conflits entre éleveurs et agriculteurs dans la zone, limitant les risques d’intrusion des troupeaux dans les champs.

 

 

23 Sep 2019

Contribution de la Société Civile à la Politique Nationale de Transition Agro-écologique au Sénégal : Consultation dans le Bassin arachidier

Dans le cadre du processus multi-acteurs pour une transition agroécologique, le groupe « Dynamique sur la Transition Agroécologique au Sénégal » (DYTAES), dont Enda Pronat est membre actif[1], a lancé en août une série de sept ateliers zonaux pour consulter les populations locales et recueillir leurs propositions afin d’élaborer une stratégie d’accompagnement de l’Etat dans le processus de la transition agroécologique au Sénégal annoncé par le Président. En effet, cette initiative multi-acteurs, composée par des instituts de recherche, des acteurs de la société civile, d’organisations paysannes et les services techniques a été lancée dans un contexte où le Président de la République, dans son programme quinquennal, a fait de la transition agroécologique l’un des axes principaux du développement du Sénégal, « pour sécuriser l’alimentation des générations futures ».

A la suite des ateliers tenus les 5 et 6 août et les 30 et 31 août respectivement dans la zone des Niayes et au Sénégal oriental, un troisième atelier a été organisé dans le Bassin arachidier les 12, 13 et 14 septembre 2019. L’objectif général de cette consultation des populations locales sur les questions agroécologiques est de faire un diagnostic sur le potentiel agrécologique et de recueillir les avis des populations pour une transition agroécologique durable et viable Des visites, échanges et témoignages ont permis de constater que la zone du Bassin arachidier regorge d’un fort potentiel et d’initiatives agro écologiques, et que dans certains villages, les populations se donnent à fond pour protéger leur patrimoine foncier et forestier.

En exemple, on peut citer le village de Tcheytou, dans la commune de Dinguiraye, où une forêt communautaire de 417 ha a été délibérée par le conseil municipal avec approbation par la sous-préfecture. Dans cette forêt, les espèces florales et animales sont bien protégées et des activités telles que l’agriculture, l’élevage, la cueillette y sont pratiquées avec le respect strict des règles établies dans la convention de gestion des ressources naturelles élaborées par les populations.

Dans la commune de Ndiob, plus de 345 producteurs ont été formés sur les techniques de régénération naturelle assistée (RNA). Dans le village de Thialé, l’ensemble des exploitations familiales sont engagées dans la production agroécologique des grandes cultures avec l’accompagnement technique de la ferme Beer Sheba.

Bref, les initiatives et potentiels agroécologiques dans le Baol, le Sine et le Saloum sont d’une importance cruciale. Néanmoins, la zone est confrontée à des problèmes d’eau (salinisation, indisponibilité et cherté), les effets des changements climatiques, la restauration des terres dégradée… Les ressources naturelles se dégradent et se raréfient de plus en plus, menaçant ainsi la satisfaction des besoins alimentaires des populations en quantité et en qualité.

La réponse à ces problématiques est d’encourager des systèmes de production et de consommation durables. Cela nécessite de mener un travail d’information, de conscientisation et d’accompagnement des populations locales et un plaidoyer vis à vis des autorités aux niveaux national, sous régional et international pour influencer les politiques de développement vers des pratiques durables.

[1] Plus d’informations sur la DYTAES et le rôle d’Enda Pronat dans cette dynamique dans ce précédent article : http://www.endapronat.org/2622-2/?fbclid=IwAR0EkfgXcr9nsUqpXQ3b7POtl3mXhkAZkYvI1hbGLKp5bXH4N0-pPT8AeSM

13 Sep 2019

Contribution de la Société Civile à la Politique Nationale de Transition Agro-écologique au Sénégal : Consultation dans les Niayes et dans le Sénégal oriental

Dans le cadre du processus multi-acteurs pour une transition agroécologique le groupe « Dynamique sur la Transition Agroécologique au Sénégal » (DYTAES), dont Enda Pronat est membre actif, a lancé en août une série de sept ateliers zonaux pour consulter les populations locales et recueillir leurs propositions afin d’élaborer une stratégie d’accompagnement de l’Etat dans le processus de la transition agroécologique au Sénégal annoncé par le Président. En effet, cette initiative multi-acteurs, composée par des instituts de recherche, des acteurs de la société civile, d’organisations paysannes et les services techniques a été lancée dans un contexte où le Président de la République, dans son programme quinquennal, a fait de la transition agro-écologique l’un des axes principaux du développement du Sénégal, « pour sécuriser l’alimentation des générations futures ».

La naissance de la DYTAES

Depuis lors, dans un souci de soutenir le gouvernement dans son ambition et consciente que la Transition Agroécologique est un projet de société qui nécessite la mise en synergie de tous les acteurs, Enda Pronat a initié une étude sur le partenariat multi-acteurs allant dans ce sens. Lors de l’atelier de restitution de l’étude, organisé à l’hôtel Good Rade le 8 mai dernier, les échanges entre les 80 participants issus de la société civile, de la recherche et de la formation ont confirmé le besoin d’harmonisation entre les différents cadres de l’agroécologie existants et plus particulièrement, la nécessité de mettre en place un groupe de travail pour appuyer politiquement ou sur le plan de la recherche la transition agroécologique (TAE) au Sénégal. C’est ainsi qu’est née, le 24 mai 2019, la DYTAES qui a pris l’engagement de conduire un processus de co-construction d’un document de contribution aux politiques nationales sur la TAE en partant des préoccupations de la base. Pour répondre aux défis actuels, il est crucial de mener des réflexions profondes avec les populations sur des modèles de production beaucoup plus durables qui visent une souveraineté alimentaire, la santé des êtres vivants, la création des richesses, la création d’emploi et la protection de l’environnement. C’est dans ce sens que les sept ateliers zonaux sont organisés en couvrant les différentes zones agroécologiques du Sénégal, en l’occurrence les Niayes, le bassin arachidier, la zone sylvo-pastorale, la vallée du fleuve Sénégal, le Sénégal oriental, la Casamance et la zone de Dakar.

Atelier de consultation dans la zone des Niayes

Le premier atelier de cette série s’est tenu les 5 et 6 août dans la zone des Niayes, plus précisément dans les communes de Keur Moussa, Diender et de Cayar (département de Thiès). Ces zones subissent aujourd’hui de plein fouet les effets des changements climatiques, des actions anthropiques et de politiques de développement peu soucieuses de l’environnement. Les ressources naturelles se dégradent et se raréfient de plus en plus, menaçant ainsi la satisfaction des besoins alimentaires des populations, en quantité et en qualité. Lors de la première journée des visites de terrain et des entretiens ont été effectués à Landou et à Diender pour échanger avec les populations locales. En plus, des restitutions et des séances de discussion ont été tenues, suite à des travaux de groupe, en présence des autorités locales et des services techniques.  

Consultation locale à Kédougou

Après l’atelier dans les Niayes, la DYTAES a organisé le deuxième atelier dans la zone de Kédougou les 30 et 31 août en suivant la même méthodologie. La zone de Kédougou est confrontée au problème de la gestion intégrée des ressources en eau, des effets des changements climatiques, de la régénération de la végétation naturelle et d’autres défis de développement tel que l’exploitation minière. Lors de la première journée, l’équipe d’animation a visité deux villages, Bakho et Madina Kenioto, et a mené des discussions avec les chefs de villages, les groupements des femmes et d’autres acteurs locaux sur les questions liées à la production agricole et au changement climatique. Plusieurs problèmes ont été relevés par les communautés, notamment la divagation des animaux, l’accès au foncier et à l’eau. Lors de l’atelier de restitution organisé le lendemain, les résultats des visites de terrain ont été partagés avec les autorités locales et les différents acteurs intervenant dans la zone.

« Il est important d’accompagner les communautés dans la mise en place d’un système de gestion de leurs ressources naturelles. » – Mamadou Sow, Agronome à Enda Pronat

Parmi les recommandations qui ont été élaborées lors de deux premiers ateliers, on peut citer les suivantes :

  • Faciliter l’accès à l’eau pour la consommation et la production agricole ;
  • Améliorer la gouvernance des ressources naturelles, notamment le foncier, l’eau et les ressources minières ;
  • Mettre en place des systèmes d’accès aux matières organiques ;
  • Mettre en place des mécanismes de financement adaptés à la situation des producteurs agroécologiques et élargir les interventions à l’ensemble des services techniques de l’Etat ;
  • Prendre des mesures pour faciliter la co-existence entre agriculteurs et éleveurs ;
  • Mener des études d’impact social et environnemental ;
  • Etablir des systèmes d’information sur les marchés ;
  • Identifier l’ensemble des acteurs du secteur ;
  • Favoriser la planification et la diversification des cultures ;
  • Renforcer les dynamismes multi-acteurs ;

Dans ce processus de consultations locales, les prochains ateliers se tiendront à Ndiob, dans le bassin arachidier, du 12 au 14 septembre et à Ndioum, dans la vallée du fleuve Sénégal, du 18 au 19 septembre 2019. S’en suivront les ateliers de la zone sylvo-pastorale, de Casamance et de Dakar, puis un atelier de synthèse et de validation du document de contribution politique sur la transition agroécologique au Sénégal, consolidé avec les conclusions de l’ensemble des ateliers zonaux.

05 Août 2019

4e édition du sommet international Désertif’actions à Ouagadougou

Du 19 au 22 juin 2019, Enda Pronat a participé au sommet international Désertif’actions à Ouagadougou au Burkina Faso. Cet événement, co organisé par l’ONG CARI[1], le SPONG[2] et la CNULCD[3], a regroupé environ 370 participant-e-s (ONG, scientifiques, collectivités locales, institutions internationales, acteurs des secteurs privés et publics…) de 40 pays du monde. Les échanges ont porté sur la problématique de la dégradation des terres, à travers les prismes de la désertification, de la protection de la biodiversité, de l’adaptation au changement climatique et de leurs conséquences au Nord comme au Sud.

Cette 4e édition du Sommet Désertif’actions était organisée pour la première fois sur le continent africain. Elle a vu la participation d’éminentes personnalités dont :

  1. Batio Bassiere, Ministre de l’environnement, de l’économie verte et du changement climatique du Burkina Faso, qui a présidé le sommet et a évoqué l’engagement du Burkina Faso à soutenir les acteurs de désertif’actions dans le plaidoyer pour la reconnaissance de leurs recommandations, notamment lors de la prochaine COP.

M Ibrahima Thiaw, Secrétaire Exécutif de la CNULCD, qui a interpelé l’assistance en ces termes : « Notre génération fait face à un défi existentiel. Le monde n’a jamais accumulé autant de richesses matérielles, mais il n’a jamais été aussi pauvre moralement. Nous n’avons jamais accumulé autant de connaissances, mais nous n’avons jamais autant ignoré les résultats de la science. Pourquoi marchons-nous sur la tête alors que nous avons des pieds ? »

M Patrice Burger, Président de l’ONG CARI qui a déclaré sur un ton grave que « Nous sommes à un point de basculement du changement climatique. Nous devons apprendre à vivre avec les mauvaises nouvelles, et questionner de manière critique l’avenir probable pour essayer de faire en sorte qu’un autre avenir soit possible. L’agroécologie porte des promesses importantes. » Il a conclu en scandant : « Nous sommes la terre qui se bat contre la désertification ! »

Les participant-e-s ont également eu le privilège d’échanger avec des militants et praticiens de l’agroécologie.

Ainsi, une grande variété d’acteurs a pu, pendant 4 jours, débattre et réfléchir sur l’enjeu majeur et mondial de la désertification. Les exposés et travaux de groupe ont porté sur la place des terres dans les initiatives en Afrique, l’agroécologie face à la désertification, l’Initiative de la Grande Muraille Verte, le pastoralisme en zone aride, la mise en œuvre de la neutralité en matière de dégradation des terres et en lien avec la gestion foncière, les multi-usages et la gestion intégrée des ressources en eau, ou encore les financements de la lutte contre la désertification. Enda Pronat a eu à partager son expérience notamment en termes de reverdissement à travers la pratique de la RNA, d’agroécologie, de gouvernance des ressources naturelles et de plaidoyer.

[1] http://www.cariassociation.org/

[2] http://www.spong.bf/

[3] https://www.unccd.int/ – La Convention des Nations Unies de Lutte Contre la Diversification a été adoptée le 17 juin 1994, suite au Sommet de la Terre de Rio. Elle vise à « l’amélioration de la productivité des terres ainsi que sur la remise en état, la conservation et une gestion durable des ressources en terres et en eau, et aboutissant à l’amélioration des conditions de vie, en particulier au niveau des collectivités ». En 2017, elle compte 197 Etats partis. La Conférence des Parties (COP) en est l’organe suprême décisionnel.