"Environnement Développement Action pour la Protection Naturelle des Terroirs"
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17 Déc 2018

Participation ENDA PRONAT à l’atelier de sensibilisation et d’information sur le Traité International sur les Ressources Phytogénétiques pour l’Alimentation et l’Agriculture (TIRPAA), le 12 décembre à Toubakouta

Au Sénégal, plus de 80% des semences utilisées par les communautés paysannes proviennent d’espèces et de variétés traditionnelles. Ce chiffre montre bien que la souveraineté alimentaire des communautés dépend fortement de l’accès aux semences et du droit de les sélectionner, conserver, utiliser et échanger librement selon les pratiques locales des communautés. Mais ces systèmes semenciers paysans sont de plus en plus menacés, car les gouvernements, les grandes entreprises multinationales et certains instituts de recherche ont commencé à promouvoir activement des semences commerciales et des droits de propriété intellectuelle. C’est pour cela qu’il est primordial de trouver des voies pour que les communautés aient une souveraineté semencière afin de rompre toute dépendance des paysans dans l’acquisition de semences non reproductibles et de garantir la diversité de leurs systèmes alimentaires. Face à ces dynamiques, la société civile et les organisations paysannes se sont mobilisées pour partager des informations sur le Traité International sur les Ressources Phytogénétiques pour l’Alimentation et l’Agriculture (TIRPAA)[1] et l’opportunité qu’il offre aux paysans d’assurer leur autonomie en matière de semences. C’est dans ce contexte que la Fédération And Liggey Niombato de Toubakouta (FALN) et le CNCR, avec l’appui de l’Église Luthérienne du Sénégal (ELS) et de Solidagro, ont organisé l’atelier « Carrément pour les Semences Paysannes » qui s’est tenu à Toubakouta le 12 décembre 2018 sous la présidence du Sous-Préfet et de la première adjointe du Maire. Cette activité s’inscrivant aussi dans le cadre du plan d’action de la société civile engagée pour la promotion des semences paysannes, a vu la participation d’autres organisations telles que l’Association Sénégalaise des Producteurs de Semences Paysannes (ASPSP), Nous Sommes la Solution (NSS), Jardin d’Afrique, Fahamu, Enda Pronat et l’Alliance pour la Souveraineté Alimentaire en Afrique (AFSA). L’objectif était de constituer un espace pour partager le contenu du TIRPAA avec les paysans, les autorités, les partenaires au développement et les mouvements sociaux, et de les sensibiliser autour des enjeux liés à la commercialisation des semences. Actuellement, la loi de 2009 sur la biosécurité, révisée en 2018, ne défend pas les semences paysannes, raison pour laquelle l’implémentation d’un traité international comme le TIRPAA, méconnu par les parlementaires, est devenue encore plus urgente au niveau national. Dans ce contexte le Directeur de l’Agriculture, Oumar Sané, point focal du TIRPAA au Sénégal, a néanmoins confirmé sa volonté de travailler avec la société civile.

[1] http://www.fao.org/plant-treaty/overview/fr/

13 Déc 2018

Participation à la 4e Conférence Africaine sur l’Agriculture Biologique

Enda Pronat a participé à la 4e Conférence Africaine de l’Agriculture Biologique (African Organic Conference – AOC)[1] à Saly au Sénégal du 5 au 8 novembre 2018. Cette conférence est une initiative du Réseau africain de l’Agriculture Biologique (AfrONet)[2], organisée tous les trois ans pour :

  • Mettre en valeur le potentiel de l’Agriculture Biologique (AB) au niveau i) du développement économique, ii) de la résilience face au changement climatique, iii) du renforcement de la souveraineté alimentaire, et iv) de manière plus générale au niveau de la réalisation des objectifs de l’Agenda 2063 de l’Union Africaine ;
  • Faciliter les partages d’expériences entre tous les acteurs de l’Agriculture Ecologique et Biologique (AEB) ;
  • Renforcer les organismes sous-régionaux d’AfrONet et réfléchir à la stratégie de mise en œuvre du Plan d’action africain pour l’AEB d’ici à 2025. L’événement a rassemblé plus de 150 participant-e-s d’horizons divers, évoluant dans et pour l’agriculture écologique et biologique : agriculteurs, consommateurs, acteurs de la société civile, chercheurs et universitaires, formateurs, professionnels de la vulgarisation, décideurs, partenaires techniques et financiers, médias, acteurs du secteur privé, étudiants, …

De nombreuses présentations y ont été faites en plénière, et des travaux de groupes ont permis d’approfondir les discussions, sur le commerce et les politiques en lien avec l’AEB, la production AEB, et la recherche scientifique en lien avec l’AEB. La conférence s’est terminée par la visite de la ferme-école agroécologique de Kaydara. Une des principales conclusions de la conférence est que l’AEB a la capacité de nourrir le monde si les gouvernements font confiance aux acteurs de l’AEB.

La Déclaration de la 4e Conférence de l’Agriculture Biologique[3] a été lue en fin de rencontre. Quelques recommandations fortes issues des échanges y ont été mentionnées, à l’endroit des Etats :

  • Accroître les efforts de production et de diffusion de l’information pour faire progresser l’AEB, et faire une solide analyse de rentabilité de l’AEB ;
  • Combler les lacunes de communication entre les scientifiques et les agriculteurs, afin d’assurer l’utilité des résultats de la recherche ;
  • Fournir des solutions qui pourraient faciliter l’engagement des institutions financières dans l’amélioration de l’accès au financement des activités d’agriculture biologique (particulièrement pour les petits producteurs) ;
  • Inclure l’AEB dans les programmes nationaux d’investissement ;
  • Participer à la mise à l’échelle de l’I-AEB dans tous les pays d’Afrique, partager les progrès et les enseignements tirés ;
  • Mieux intégrer les apports des organisations paysannes et améliorer la participation des agriculteurs / de la société civile aux initiatives liées à l’AEB.

Enda Pronat, en tant que membre de la FENAB et porteur du pilier recherche-formation-vulgarisation de l’I-AEB au Sénégal, était fortement impliquée dans l’organisation de cet événement.

Suite à un vote, il a été décidé que la prochaine conférence continentale aurait lieu au Maroc en 2021.

[1] https://www.aoc.afronet.bio/

[2] http://afronet.bio/

[3] http://eoai-africa.org/fr/4th-african-organic-conference-declaration-the-saly-2018-declaration/

13 Déc 2018

Suivi de la campagne agricole à Koussanar

 

Du 22 au 27 octobre 2018, l’équipe de coordination de Enda Pronat a organisé une mission de suivi de la campagne agricole à Koussanar (département et région de Tambacounda). Depuis 2014, Enda Pronat et les animateurs de la Fédération Yakaar Niani Wulli (FYNW) accompagnent des exploitations familiales dans la transition agroécologique. En février 2018, durant la dernière évaluation des résultats de production de ces exploitations familiales (appelées hantaandés en poular), l’accent avait été mis sur la gestion de la fertilité. Nous avions constaté que les hataandés ayant les rendements les plus faibles cultivaient de grandes superficies alors qu’elles n’avaient pas les capacités de les fertiliser correctement. De ce fait, une recommandation avait été formulée pour qu’ils privilégient l’intensification agro écologique plutôt que l’agriculture extensive, afin de concentrer les efforts et la matière organique sur de plus petites superficies en vue d’accroitre les rendements agricoles. L’activité de sensibilisation, portée par les animateurs de la Fédération Yakaar Niani Wualli, s’est poursuivie durant tout le 1er semestre auprès de tous les producteurs/trices intéressés dans les 9 villages ciblés. Cette mission de suivi a permis de constater qu’un certain nombre d’entre eux ont suivi nos recommandations en mobilisant du fumier laissé par les transhumants pour restaurer la fertilité des terres les plus dégradées. C’est le cas notamment dans la zone de Paniath. Pour appuyer les efforts de restauration de la fertilité dans les champs d’arachide, Pronat a facilité l’acquisition de 750 kg de deux fertilisants organiques et de biostimulants pour que les exploitations puissent le tester dans les conditions réelles (à raison de 1 t / ha). Déjà, les premières récoltes laissent présager de très bons résultats sur les parcelles fertilisés (voir photos de comparaison des plants d’arachide à Sinthiou Sambarou). Face au niveau avancé de dégradation des sols et du couvert forestier, la Fédération Yakaar Niani Wulli avec l’appui de Pronat a également mené des sensibilisations sur la Régénération Naturelle Assistée (RNA) à Koussanar auprès d’une centaine de producteurs. La RNA consiste à épargner et à entretenir dans les parcelles de culture les régénérations naturelles spontannées d’espèces ligneuses dans le but qu’elles contribuent à la restauration de la fertilité des sols et par ricochet, à l’augmentation des rendements agricoles. Cette technique agro-forestière a été privilégiée au reboisement car elle donne de meilleurs taux de survie à un coût moindre. Ainsi, grâce aux activités de sensibilisation et de formation menées sur les techniques d’élagage, ce sont 68 ha qui ont été mis en RNA dans 11 villages depuis 2017. La régénération de la fertilité des sols repose également sur le renforcement des cultures de légumineuses comme le niébé ou l’arachide qui tient une place de choix dans les systèmes agraires du Sénégal oriental, en rotation ou en association avec le vivrier de base. Ainsi, Pronat a également appuyé la reconstitution du capital semencier d’arachide à travers l’octroi de 9 tonnes de semences certifiées (R2) à 90 producteurs et productrices, à raison de 100 kg/producteurs/trice. A la fin de la campagne, chaque producteur/trice devra rembourser les semences reçues pour qu’un autre producteur puisse en bénéficier. Cela permet de renouveler les stocks de semences des paysan-nes qui tendent à disparaître les années où l’hivernage n’est pas favorable (ce qui fut le cas en 2016).  Dans l’ensemble, la campagne agricole 2018 a été satisfaisante dans la zone de Koussanar, malgré une pause pluviométrique importante durant le mois de juillet et une succession de fortes pluies en août qui a porté préjudice aux épis de mil qui étaient en pleine épiaison.

10 Déc 2018

Participation à la Conférence sur les Systèmes alimentaires africains

Une conférence de trois jours sur « Les systèmes alimentaires africains et les ODD[1] » a été organisée 03 novembre au 05  2018 au Sénégal, par l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA)[2], en collaboration avec ses membres nationaux et l’Initiative pour l’Agriculture Ecologique et Biologique (I-AEB / EOA-I)[3], AfrONet[4],et IFOAM International[5]. Cet événement a rassemblé une grande diversité d’acteurs – agriculteurs, pêcheurs, associations de consommateurs, médias, gouvernements et ONG – pour réfléchir sur la promotion de « la complexité, la diversité et la valeur nutritionnelle des systèmes alimentaires africains et lancer un plan d’action et une déclaration de changement pour de meilleurs systèmes alimentaires à l’intention du grand public et des organes décisionnels »[6]. Les discussions, facilitées par des moyens artistiques (très peu de projection de document), ont tourné autour de 5 grands thèmes :

  • Les systèmes alimentaires urbains ;
  • Systèmes alimentaires et changement climatique ;
  • Apporter un changement de politique sur les systèmes alimentaires ;
  • L’avenir des systèmes alimentaires dans un monde de plus en plus complexe ;
  • Protéger les systèmes alimentaires africains.

Pendant le discours d’ouverture, Mme Mariama Sonko, la Présidente du mouvement international « Nous sommes la solution », regroupant 800 associations de femmes rurales dans sept pays d’Afrique de l’Ouest, a insisté sur le fait que les paysans ont besoin d’avoir un accès libre aux semences, à l’eau, à la terre, au matériel agricole et aux financements. Elle a souligné l‘importance d’augmenter la quantité de produits régionaux sur les marchés, et de mieux approvisionner les petites boutiques dans les villages. Dans ce contexte elle a proposé la création de « boutiques communautaires« . Selon elle, pour promouvoir l’agriculture familiale, il faut améliorer les moyens de communication, l’éducation, le transport et le marketing des produits. Au cours de la deuxième journée de la conférence, Mme Heila Lotz-Sisitka de l’Université Rhodes en Afrique du Sud et coéditrice du journal « Learning, Culture and Social Interaction », a parlé de l’importance d’une transformation de la société avant tout pour aller vers l’agroécologie, la diversité et l’égalité. Pour elle, le changement climatique n’est pas une crise naturelle, mais une crise sociale. Il faut donc d’abord changer la société, c’est-à-dire les activités de la société, pour créer une base de « l’activisme collectif » et remplacer « les monocultures de notre esprit« . Selon elle, cette transformation est possible seulement à travers la mise en place d’un système éducatif qui permet aux gens d’échanger, de rencontrer d’autres personnes et d’être plus créatifs. Mr. Pat Mooney, fondateur du groupe ETC qui cumule plus de quatre décennies d’expérience dans la société civile internationale, a parlé du pouvoir des entreprises multinationales qui contrôlent de plus en plus les semences au niveau international. Depuis 2014 l’entreprise privée chinoise BGI – Global Genomics Organization (nommé Beijing Genomics Institute avant 2008), est devenue l’un des plus grands instituts de séquençage de l’ADN au niveau international avec la plus grande plateforme des variétés de semences de ce monde. Des entreprises comme John Deere, le plus grand constructeur de machines agricoles du monde, ont commencé à collecter des données sur les sols, le climat, etc. à travers les capteurs des machines vendues (= JD box) et ont contribué donc à la « robotisation des systèmes alimentaires« . Dans ce contexte la plus grande menace d’aujourd’hui selon Mooney c’est la dématérialisation des aliments, la digitalisation d’ADN/semences et de l’agriculture en général. Selon lui, les multinationales sont très bien organisées et c’est très important que la société civile unisse ses forces pour construire au sein du mouvement agroécologique un « business case » basé sur l’évidence scientifique que cette alternative est rentable, crée des emplois, produit des aliments de haute qualité, et contribue à la diversification de l’économie. Cette conférence a permis entre autres de faire la promotion des solutions agroécologiques face à la crise des systèmes alimentaires urbains et au changement climatique, et d’identifier des besoins de recherche à travers le continent africain dans toute sa diversité. Enda Pronat était membre du comité d’organisation de cette conférence internationale, et a activement participé aux 3 jours de rencontre, en tant que point focal national de la Coalition pour la Protection du Patrimoine Génétique Africain (COPAGEN)[7], qui est membre de l’AFSA. A la fin de cette conférence les participant-e-s se sont joint(e)s à ceux et celles de la 4e Conférence Africaine sur l’Agriculture Biologique pour …

[1] https://foodsystems.afsafrica.org/?lang=fr

[2] https://afsafrica.org/fr/

[3] http://eoai-africa.org/fr/

[4] http://afronet.bio/

[5] https://www.ifoam.bio/

[6] https://afsafrica.org/fr/hold-the-date-african-food-systems-conference-in-cameroon-3-5-november-2018/

[7] http://www.endapronat.org/copagen-2/

10 Déc 2018

Rencontre du CRAFS autour de la codification en texte de loi des propositions paysannes sur la réforme foncière

Le comité technique du Cadre de Réflexion et d’Action sur le Foncier au Sénégal (CRAFS)[1] s’est réuni le samedi 24 novembre 2018 dans les locaux d’Enda Pronat, avec un groupe de juristes, pour faire le point sur l’évolution de la participation de la société civile au processus de réforme foncière. En début de rencontre, le groupe est revenu sur sa dernière rencontre stratégique du mois de juin 2018. Ce fut l’occasion de discuter une nouvelle fois au sujet des Zones Economiques Spéciales (ZES) qui se multiplient sur le territoire national alors même que la réforme foncière semble gelée, et de faire le point sur la feuille de route du CRAFS concernant ladite réforme. Puis, le groupe de juristes, personnes ressources du CRAFS depuis plusieurs années, a présenté sa proposition de législation.

Rappel historique – Après avoir fait des études et autres recherches à partir de 2010, les organisations membres du CRAFS dont Enda Pronat, ont profité du contexte de relance du processus de réforme foncière entamé en 2012 pour organiser pendant plusieurs années des ateliers de sensibilisation sur les enjeux de la réforme foncière, et des formations sur la législation foncière, auprès de milliers de Sénégalais et Sénégalaises à travers tout le pays. C’est lors de ces ateliers que des propositions paysannes sont ressorties pour une réforme foncière qui soutient et accompagne les exploitations familiales tout en appuyant une politique de développement rural intégrée afin d’atteindre la souveraineté alimentaire. Un grand travail d’harmonisation de ces propositions a ensuite été fait, pour élaborer le Document de position du CRAFS, qui a été remis à la Commission Nationale de Réforme Foncière. La CNRF s’est fortement inspirée du Document de position du CRAFS pour formuler son Document de Politique Foncière, soumis au Président de la République en avril 2017 en présence du CRAFS.

Malgré tout ce travail participatif très positif, d’une part la CNRF a proposé dans son DPF l’immatriculation des terres du Domaine National en dépit des mises en garde du CRAFS qui y voit une main tendue à la marchandisation des terres paysannes, d’autre part l’Etat du Sénégal a dissout la CNRF en juin 2017, et le processus de réforme est au point mort depuis. Face à cette situation et à la multiplication des cas d’accaparement de terres, le CRAFS a décidé de continuer son travail de contribution à la réforme, en proposant une codification des propositions paysannes en texte de loi.

Le document élaboré comprend d’une part une proposition de Loi-cadre qui reprend la Loi sur le Domaine National (LDN), en y intégrant au fil des articles des précisions permettant de prendre en compte les propositions paysannes, et d’autre part un ensemble de décrets d’application prenant en charge plus en détails toutes ces préoccupations. L’application des grands principes contenus dans cette Loi-cadre sera précisée au niveau local à travers des conventions locales et Plans d’Occupation et d’Affectation des Sols, cadrant avec cette loi, et discutés au niveau de chaque commune.

Le comité technique du CRAFS a eu à faire plusieurs remarques sur le document, et le travail doit continuer dans les jours à venir, afin que les juristes puissent façonner un document traduisant exactement les propositions paysannes contenues dans le document de position du CRAFS.

Un atelier de validation est prévu en fin d’année, regroupant l’ensemble des membres du CRAFS et un groupe élargi de juristes, pour aboutir à un document complet et fidèle au travail effectué depuis des années. Cette proposition de Loi-Cadre sera ensuite partagée aux populations à travers le pays, et remise à l’Assemblée Nationale et au gouvernement, dans l’espoir de relancer le processus de réforme, et d’obtenir une législation favorable aux exploitations familiales et à la souveraineté alimentaire.

[1] http://www.endapronat.org/crafs/

10 Déc 2018

Journée Mondiale des Sols, le 5 décembre 2018

Historique du World Soil Day

La Journée mondiale des sols (WSD) se tient chaque année le 5 décembre afin d’attirer l’attention sur l’importance d’un sol en bonne santé et préconiser la gestion durable des ressources en sol. Recommandée par l’Union internationale des sciences du sol (IUSS) en 2002, la FAO a soutenu l’instauration du WSD en tant que plate-forme mondiale de sensibilisation. Et finalement, en décembre 2013, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté officiellement le 5 décembre 2014 comme la toute première journée mondiale des sols[1].

Une forte dégradation des sols au Sénégal

Depuis plus de trois décennies, on assiste au Sénégal à une dégradation continue de la terre avec pour conséquence un effondrement continu des performances de l’agriculture. En effet, le véritable mal de l’agriculture sénégalaise reste principalement la perte prononcée de la fertilité des sols. Ainsi, des études réalisées par le CILSS en Novembre 2010 indiquent que sur les 3 805 000 ha de terres arables dont dispose le pays, 2 400 000 ha sont fortement dégradés (soit 63%). Cette perte de fertilité des sols est due principalement aux effets conjugués de facteurs tels que l’utilisation d’engrais chimiques, la pratique de cultures sur brûlis, le déboisement massif, la surcharge de bétail mais surtout la baisse et l’instabilité des pluies en partie consécutive au recul des boisements naturels (20 000 ha de forêts perdues par an).[2]

En 2015, le Gouvernement du Sénégal a adopté la Stratégie Nationale de Développement Durable (SNDD) et le Cadre National d’Investissement Stratégique pour la Gestion Durable des Terres (CNIS/GDT), en vue d’inverser durablement, d’ici 2026, la tendance à la dégradation des terres dans tous les écosystèmes pour une productivité durable.  Cependant, en dépit des efforts consentis, force est de constater qu’il reste encore beaucoup à faire pour restaurer la fertilité des sols.

Comment restaurer la fertilité des sols ?

Depuis plus de 30 ans, Enda Pronat expérimente avec des organisations paysannes partenaires des pratiques agro écologiques comme alternative à une agriculture productiviste basée sur l’utilisation d’intrants de synthèse et la monoculture, en partie responsables de la dégradation des sols et de l’environnement. Parmi les pratiques agroécologiques expérimentées qui contribuent à la restauration des sols, nous pouvons citer :

  • La mobilisation de matières organiques
    • valorisation des déchets organiques ménagers,
    • valorisation des déchets agricoles,
    • valorisation du fumier des foirails ou des transhumants,
    • utilisation de bio-fertilisants prêts à l’emploi,
    • parcage du bétail au niveau des champs.
  • Le développement de la culture de plantes fourragères, pour compléter l’offre de fourrage, maintenir plus longtemps les animaux dans la zone, et faciliter leur parcage au niveau des parcelles pour enrichir les sols avec leur fumier ;
  • La Régénération Naturelle Assistée au niveau des parcelles agricoles, avec des espèces comme Faidherbia albida (kaad), Piliostigma reticulatum (guiguiss), Guieria senegalense (nger), Leucena (dans les vergers) ou encore Annageisus leocarpa (ngediane) ;
  • La lutte anti-érosive associée à la plantation de vetiver par exemple, pour fixer les sols ;

Exemples concrets expérimentés par les paysan-ne-s accompagné-e-s par Enda Pronat

Photo 1 : Lutte anti érosive – Sortie pédagogique avec les élèves de la Licence en agriculture écologique et biologique de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar[3], observation des ouvrages de lutte anti érosive au village de Landou (commune de Keur Moussa, département et région de Thiès). On peut voir ici un pont filtrant qui a presque complètement permis l’obstruction d’un ravin.

Photo 2 : Epandage de fumier de vache semi composté au niveau du jardin du GPF de Guédé Village (département de Podor, région de Saint Louis).

Photo 3 : Zone de régénération naturelle assistée protégée, commune de Diouroup (département et région de Fatick).

Photo 4 : Femme marquant un arbre pour signaler le fait qu’il est en RNA et qu’il ne faut pas le couper (département et région de Fatick).

Photo 5 : Montage avec 2 photos de parcelle de mil. Sur celle de gauche, aucune matière organique n’a été amenée, le mil est jauni et peu dense. Sur celle de droite, le producteur a écouté les conseils des techniciens d’Enda Pronat et a amendé sa parcelle en matière organique, le mil y est beaucoup plus vert et dense. Commune de Diouroup (département et région de Fatick).

Photo 6 : Champ de mil d’Ousmane Ba à Paniath (commune de Koussanar, département et région de Tambacounda) où le bétail est régulièrement parqué. La taille des épis fait le double de celle des champs non fertilisés. Certains producteurs qui n’ont pas de vaches ont commencé à ramasser le fumier des transhumants. Nous les encourageons à poursuivre leurs efforts.

Photo 7 : Comparaison de plants d’arachide produits avec et sans biofertilisants à Fass Thidy (commune de Koussanar, département et région de Tambacounda). A gauche, un plant de la parcelle témoin et à droite un plant de la parcelle avec les biofertilisants : on constate que les plants dans la parcelle témoin semblent contenir moins de gousses que ceux de la parcelle qui a été fertilisée.

Vous pouvez trouver plus d’exemples d’initiatives de fertilisation des sols et autres pratiques agroécologiques, développées par Enda Pronat mais aussi par d’autres acteurs nationaux de l’agroécologie, sur ce recueil de fiches de capitalisation produit de 2015 à 2017 par Enda Pronat : http://www.endapronat.org/annuaire-professionnel/1287/capitalisation-de-bonnes-pratiques-agro-ecologiques/

[1] http://www.fao.org/world-soil-day/about-wsd/fr/

[2] Analyse Intégrée du Contexte, PAM Sénégal, 2017 

[3] https://www.youtube.com/watch?v=sPRQ5i9sP68