Nos acquis

Parmi les nombreux maux dont souffrent les communautés du Sud, l’insécurité alimentaire et la pauvreté ont toujours été majeures. À ce titre, au début des années 1970, dans un Sahel marqué par la sécheresse, a été menée une politique d’intensification de la production agricole appelée révolution verte basée sur l’utilisation abusive d’intrants chimiques, de semences hybrides et la promotion de monocultures destinées à l’export.

Les communautés paysannes se sont retrouvées dans un modèle sociétal imposé après la colonisation, qui continu à construire les inégalités et qui a détruit tout l’environnement. Afin de tendre vers une société co-produite, fondée sur l’égalité, la participation citoyenne et la convivialité avec l’environnement, une société où les droits économiques, culturels, sociaux et politiques des plus vulnérables sont garantis, ENDA PRONAT et ses partenaires paysans ont développé un certain nombre d’alternatives au fil du temps et se sont positionnés en force de proposition.

Le 1Er combat de ENDA PRONAT : des pesticides à l’Agriculture Saine et Durable

Née en 1982, d’une étude révélant les impacts négatifs de la révolution verte sur l’environnement et la santé des populations, ENDA PRONAT a développé une recherche-action avec des communautés paysannes au Sénégal pour promouvoir un modèle agricole alternatif, sain et durable. Cette démarche de recherche-action va l’amener à développer une stratégie d’accompagnement à la création d’organisations paysannes (OP) qui vont s’approprier progressivement et en pratique les concepts d’agro-écologie comme alternative au modèle agricole productiviste.

Ainsi, ENDA PRONAT et les OP encouragent, à travers l’expérimentation, l’adoption par les communautés rurales d’une approche basée sur i) des principes agro écologiques qui valorisent les savoirs et savoirs faire traditionnels et les renforce avec les connaissances scientifiques, ii) l’éducation et à la formation des jeunes sur la gestion durable des ressources naturelles, iii) le développement d’unités de transformation locales pour améliorer les revenus des agriculteurs/trices et générer des emplois, iv) la promotion du consommé local pour une alimentation saine et souveraine des populations.

Ce modèle de développement durable et intégré des sociétés rurales, pour une agriculture paysanne productive, rentable et respectueuse de l’environnement et de la santé humaine et animale a été baptisé par les producteurs et les productrices en 1999 : Agriculture Saine et Durable (ASD).

ENDA PRONAT a également appuyé la structuration de coalitions nationales et sous régionales pour promouvoir à tous les niveaux le concept de l’ASD. A travers son réseau d’alliances, ENDA PRONAT conduit une stratégie de capitalisation, de valorisation et de mise en commun des résultats des expérimentations locales afin de nourrir le plaidoyer visant l’intégration de l’Agriculture Saine et Durable dans les politiques nationales.

En 2008, 2016 et 2018, ENDA PRONAT a co-organisé avec le Ministère de l’Agriculture et d’autres partenaires des ateliers nationaux de plaidoyer pour une meilleure intégration de l’agroécologie dans les politiques publiques. L’un des résultats phares du plaidoyer est que l’Etat ait inscrit l’ASD dans sa politique agricole et dégagé, pour l’année 2010, une subvention pour appuyer la promotion des biofertilisants et des biopesticides. Un signal encourageant pour l’ASD.

Cette avancée dans la reconnaissance de l’ASD par l’Etat sénégalais a connue une perturbation quand le même gouvernement a commencé à favoriser la ruée des entreprises étrangères vers les terres sous prétexte qu’elles étaient les seules capables d’assurer la sécurité alimentaire, transformant ainsi les promoteurs de l’agriculture familiale en ouvriers agricoles sur leurs propres terres et menaçant de dégradation l’environnement. effet, alors qu’entre 2000 et 2007, seuls six cas d’accaparement des terres ont été constatés au Sénégal totalisant une superficie de 168 964 hectares; de 2008 à 2011, 30 cas seront recensés, pour une superficie totale de 630 012 hectares.

2nd combat de ENDA PRONAT: Reconquête de la gouvernance par les communautés, du Terroir au Pouvoir!

Dans un contexte où ces dernières années, les sociétés paysannes de nos pays sont menacées de disparition par diverses stratégies d’accaparement des ressources en milieu rural, notamment des terres, ENDA PRONAT s’est engagée dans le combat contre ce phénomène, parce qu’il balais d’un revers de main toutes les avancées menées auprès et avec les communautés rurales désireuses de promouvoir et de s’inscrire dans un modèle de société paysanne innovant sain et durable.

ENDA PRONAT s’est beaucoup mobilisée ces dernières années pour la défense des intérêts de la communauté et la préservation des ressources au profit des acteurs locaux. Profitant du contexte de réforme foncière entamée depuis 2012 au Sénégal, en collaboration avec d’autres acteurs de Cadre de Réflexion et d’Action sur le Foncier au Sénégal (CRAFS), ENDA PRONAT a entrepris des ateliers de sensibilisation sur les enjeux et la législation foncière avec les populations du Sénégal. A partir de ces ateliers, des plateformes de veille et de défense des droits des populations locales sur le foncier ont été créées en vue de contribuer au débat national sur la gouvernance foncière. Ainsi, avec un outil d’animation développé par des scientifiques, des propositions paysannes ont été formulées.

Les principes de base défendus par les paysans sont les suivants :

Conserver les ressources foncières entre les mains des communautés dans l’optique d’une politique agricole basée sur un système de financement favorable au développement des exploitations familiales. La réforme doit donc rétablir un Etat garant, qui soutient et accompagne les exploitations familiales tout en appuyant une politique de développement rural intégrée afin d’atteindre la souveraineté alimentaire.

Grâce au plaidoyer mené par le CRAFS, une bonne partie des propositions paysannes ont été prises en compte dans le Document de Politique Foncière (DPF) qui a été validé au niveau national en octobre 2016. Néanmoins, une inquiétude subsiste car la question cruciale de l’immatriculation généralisée des terres n’a pas été éclaircie au niveau du DPF. Donc la société civile, à travers le CRAFS reste mobilisée pour veiller à ce que la future loi foncière prenne en compte les préoccupations des sociétés paysannes, en particulier le maintien du principe de domanialité.

Ces premiers résultats encouragent ENDA PRONAT à poursuivre son appui auprès des populations dans la réappropriation de la gouvernance de leur terroir et la mise en oeuvre de stratégies de développement intégré qui les conduisent vers la souveraineté alimentaire.

Résultats
  • Des milliers de producteurs/trices formés (es) sur les pratiques agroécologiques;
  • 
Des centaines d’hectares restaurés (RNA, mise en défens, lutte anti-érosive, fertilisation organique,…) ;
  • Une licence professionnelle en Agriculture Ecologique et Biologique conçue et mise en oeuvre avec l’UCAD/ISAE ;
  • Des marchés créés pour valoriser les produits “ASD” ;
  • Des milliers de personnes (populations, élu-e-s,…) sensibilisées sur les enjeux de la gouvernance foncière ;
  • Des propositions paysannes pour une réforme foncière qui sécurise les sociétés paysannes;
  • Des coalitions pour porter le plaidoyer au niveau local, national et sous-régional (FENAB, RNFR, CRAFS, COPAGEN, REVES, Convergence, GDSP,…).