Communiqué du Collectif des villages impactés par le projet marocain AFRI PARTNERS

Le protocole d’accord signé entre la société marocaine AFRI PARTNERS, la commune de Dodel et la commune de Démette octroie à ladite société une superficie de 10.000 ha (100.000.000 m2) pour la culture de riz haut de gamme destiné à l’exportation pour une durée de 40 ans renouvelable.

Ce protocole ne réserve que 2.000 ha à cultiver pour les 36 villages de la commune de Dodel.

Les populations ont exprimé leur désaccord et se sont dressées à travers de multiples actions contre l’exploitation de leurs terres par l’agro business qui n’apporte que recul et pauvreté. Car cette forme d’accaparement des terres ne profite pas aux populations et encore moins aux générations futures.

Ce protocole d’accord a été validé au cours d’un vote du conseil municipal de Dodel le 24/03/2017 et approuvé le 27/03/2017 par le sous-préfet de Gamadji Saare sans tenir compte d’un possible délai de recours. La plupart des membres du Conseil Municipal ont été induits en erreur, car aucune information ne leur a été donnée sur la dimension réelle des terres affectées au projet, les conséquences désastreuses que ce projet va avoir sur leur quotidien (plus de pâturage, voies de communication traditionnelles coupées, plus de culture de décrue,restriction de l’habitat, déplacement des villages …..)

Tout ceci sous l’influence du Gouverneur de la région de Saint Louis qui au cours de la réunion du 21 mars 2017 avec les populations de Dodel, leur a intimé l’ordre de répondre favorablement à ce projet funeste dans un délai de 24heures donc sans se reférer a leur base.Ce projet selon lui est une volonté du Président.

Pour que nul n’ en n’ ignore, il importe d’ attirer l’ attention sur le fait que le décret a désaffecté des terres effectivement mises en valeur, depuis des millénaires, par les populations qui à ce jour, y exercent des activités agricoles génératrices de revenus. Affecter ces terres pour une durée de 40 ans,renouvelable, à Afri Partner revient à chasser ces exploitants des terres héritées de leurs ancétres , ce qui va pousser les jeunes , par dépit , vers l’ émigration , à un moment où tous les pays ferment leurs frontiéres.

Lors d’un conseil interministériel d’investissement au mois de novembre 2017, le Président de la République décide d’examiner la question foncière de Dodel qui a engendré des violences entre autorités municipales, les populations, et les agents de AFRI PARTNERS envoyés pour la délimitation des terres.

A la session de l’assemblée nationale du mois de novembre 2017, le ministre du budget Mr BIRIMA MANGARA évoque devant les parlementaires la suspension du projet.

Le 3 décembre 2017, le Président de la République envoie le ministre des Infrastructures du Désenclavement et des Transports annoncer à la ziarra de Daara Hallaybé la suspension du projet marocain.

Les populations ont à l’ unanimité salué le geste du Président de la République, qui évite ainsi à Dodel la reproduction du cas de Fanaye et lui ont envoyé une lettre de remerciement le 12/02/2018, tout en lui demandant la formalisation de cette décision d’arrêt en l’assortissant d’ un programme d’aménagement et d’ exploitation de la zone

Le 11 MAI 2018, le Collectif a rencontré le Ministre des Infrastructures du Désenclavement et des Transports afin de s’informer de l’annulation du décretN°1503/2017 du 10/08/2017 attribuant les terres au projet marocain.

Ce dernier avait pris l’ engagement formel de faire sortir ce decret qui va annuler le précédent et ceci dans un délai qui ne saurait excéder 1 mois.

Depuis lors, le Collectif après avoir multiplié des contacts, des correspondances et des demandes auprès des autorités politiques, des chefs religieux, a décidé d’organiser le 28 juillet 2018 une journée de mobilisation rassemblant tous les villages impactes par le projet marocain, les ONG qui s’ activent dans le foncier, tous ceux qui soutiennent notre combat, afin d’amener les autorités gouvernementales à nous rendre nos terres

Cette manifestation n’ est que le second jalon «  pacifique « de notre combat.

Sur la question de nos terres, il n y aura ni concession, ni compromis et aucun sacrifice ne sera de trop.

LES TERRES DU FOUTA SONT PORTEUSES DE L’ HISTOIRE DE NOS ANCETRES, nous ne serons pas la génération qui aura trahi sa mission

Par ailleurs,les doléances les plus urgentes de ces villages exposées au ministre lors de cette rencontre, sont:

  • la confirmation de l’abandon du projet marocain à travers un décret d’annulation, à publier sans délai ;
  • l’accompagnement de l’Etat et de la SAED pour la réalisation d’un cadastre rural dans la zone, et l’actualisation du plan d’aménagement et d’occupation des sols, avec des engagements précis sur les délais de réalisation ;
  • l’application d’un programme cohérent et planifié pour la mise en valeur de ces terres, avec en priorité les investissements publics. Les crédits à cet effet doivent figurer dans le budget de 2019 ;
  • la programmation effective de la réalisation dans les meilleurs délais, des deux cuvettes de SINTHIOU et de WOWA prévues dans la zone.
  • l’engagement à réaliser dans le budget de 2019 d’ au moins 2 DAC (Domaines Agricoles Communautaires) pour lutter contre contre l’émigration sauvage ;
  • l’effectivité du financement par les micro-crédits, des activités des femmes et des jeunes oubliés par les pouvoirs publics.

la construction des ponts de DODEL 1 et 2, de KOYLEL afin de désenclaver une zone longtemps laissée en rade et permettre par ailleurs l’ évacuation vers la route nationale des productions agricoles ;

  • la construction du tronçon DODEL/R40 dans sa conception initiale par l’AGEROUTE, c’est-à-dire une jonction avec la R40 à SINTHIOU DANGDE ;
  • le renforcement en construction, en équipements médicaux et en personnel qualifié des postes de santé de la zone ; la création d’un centre de formation professionnelle aux métiers d’agriculture et d’élevage .
  • La dotation dans chaque grande localité d’ au moins un forage ou de points d’eau pour abreuver les animaux ;
  • le Collectif étant devenu un cadre de concertation entre les différents villages, souhaite que l’Etat l’associe à tout programme de développement initié dans la zone de l’ile à morphil.

En outre le Collectif sollicite auprès du Président de la République une audience pour lui présenter le contenu du plaidoyer renfermant des solutions alternatives qui permettent l’exploitation des terres de la commune de DODEL, de DEMETTE et de HAYRE LAO c’est adire la zone du BANDIE.

Enfin, le Collectif remercie nos partenaires qui luttent contre la spoliation et l’accaparement des terres, de leur appui et de leur accompagnement constant, les populations pour leur grande mobilisation et le village de DARA HALLAYBE de l’accueil magnifique qu’il a réservé à ses hôtes.

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