Histoire de la cuvette agropastorale du Waloyél et réhabilitation de l’ouvrage de régulation et de franchissement de Pommeyél à Lérabé, commune de Guédé Village

Situé dans le village de Lérabé, au sein de la commune de Guédé Village, la cuvette agropastorale du Waloyél héberge un ensemble de mares et canaux régulés à partir de Pommeyél (nom Puhlar signifiant petit pont). Ce dernier a été construit vers les années 1935 en même temps que la cuvette de Guédé Chantier pour les phases test de la culture du riz. C’est un ouvrage installé sur un chenal naturel qui alimente en eau de crue un grand bassin et des mares. Cette eau permettait l’irrigation gravitaire du casier agricole de Guédé Chantier, la régénération naturelle de la biodiversité, l’accès à l’eau pour le bétail et la création d’espaces de pâture de mars à juillet, la pratique de la pêche traditionnelle de juillet à octobre, puis d’octobre à mars, après le retrait des eaux, la mise en place d’une agriculture vivrière traditionnelle appelée culture de décru. Ce qui fait de cette cuvette une zone multifonctionnelle. Après la sècheresse des années 70 et la prise en charge du casier de Guédé par la SAED, couplée à l’introduction de moyens d’exhaures plus modernes (groupe motopompe), l’ouvrage du Pommeyel a été délaissé. La vétusté des aménagements en particulier du barrage de Pommeyél et des canaux, mixée aux actions anthropiques telles que le surpâturage et le déboisement, a progressivement et fortement affecté la rentabilité et la pérennité des activités socioéconomiques au niveau du Waloyél.

Dans le cadre de la promotion d’une agriculture saine et de gestion durable des ressources, Enda Pronat a appuyé les populations de Lérabé dans l’élaboration d’un plan de revitalisation écologique de la cuvette du waloyel. Ce plan prévoit notamment la mise en place d’un nouveau ouvrage de franchissement et de régulation des eaux de crue afin de contrôler les entrées et les sorties de l’eau en vue de protéger les cultures des inondations tout en permettant le remplissage des mares. Ce processus pourrait permettre de redynamiser les activités socio-économiques de la zone détaillée plus haut. De plus, il pourrait à terme se révéler être une alternative aux aménagements hydrauliques couteux (60% des coûts de production sont dus à l’irrigation avec les pompes à gasoil, ce qui implique de très faibles bénéfices à l’hectare), qui rendent l’agriculture d’aujourd’hui peu attrayante pour les jeunes qui s’en détachent de plus en plus et partent en ville ou à l’étranger pour se convertir dans d’autres métiers. Cette alternative pourrait également offrir aux populations la possibilité de produire sans intrants chimiques des légumes très nutritifs, mais aussi de pérenniser certaines cultures céréalières en voie de disparition. De plus la revalorisation des terres est une des seules alternatives à l’accaparement des terres, pratique malheureusement courante dans la vallée du fleuve.

 

Fort de ce constat, la problématique de revalorisation de la cuvette du Waloyel est devenue une préoccupation pour Enda Pronat et la SAED[1] qui toutes les deux témoignent d’un grand intérêt pour la zone. Pour appuyer la mise en œuvre du plan de revitalisation, Enda-Pronat a appuyé la l’opérationnalité de cet ouvrage et a facilité en parallèle l’implication de la SAED dans la réalisation d’un nouvel ouvrage solide et durable, en aval de l’ancien. Enda Pronat et la SAED ont également appuyé l’organisation des populations pour la gestion de ce nouvel ouvrage, en facilitant la création du comité de gestion du Pommeyél en juin 2018, en présence des autorités locales administratives, coutumières et religieuses, des représentantes de groupements de femmes et d’autres organisations paysannes locales, et de villageois-es. Le nouveau Pommeyél a été officiellement ouvert le dimanche 2 septembre en présence du comité de gestion, du Directeur d’Aménagement et de Gestion de l’Eau (DAGE)de la SAED, et du technicien de Enda Pronat. Depuis son ouverture, l’eau a commencé à inonder les mares et chenaux de manière très satisfaisante. Le comité de gestion doit à présent rester vigilant pour fermer l’ouvrage avant que l’eau ne commence à envahir les espaces cultivés, ou si la décrue débute.